La  campagne que nous menons en Afrique de l’ouest contre la surpêche m’a permis, aujourd’hui, de voir et de comprendre les nombreuses facettes de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) dans cette partie du monde. Ses effets dévastateurs chez les communautés de pêcheurs artisans et les populations locales sont incommensurables. .

Depuis quelques années, nous avons multiplions les demandes et appels auprès des dirigeants ouest-africains afin qu’ils prennent des mesures concrètes pour éradiquer ce fléau

Aujourd’hui, ces appels ne sont pas restés vains. Ils sont repris par de hautes institutions du continent. La dernière en date est l’Africa Progress Panel (AAP), dirigé par l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, le Ghanéen Koffi Annan.

Dans son rapport 2014 [http://africaprogresspanel.org/wp-content/uploads/2014/05/APP_Summary_AR2014_french_6may_LR1.pdf] intitulé «Agriculture, Pêche et Capitaux : Comment financer les révolutions vertes et bleues de l’Afrique», ce groupe d’experts et d’anciens chefs d’Etats a placé la Pêche INN au rang des priorités auxquelles les dirigeants africains doivent apporter des solutions pour le bien-être de leurs peuples et la santé des océans.

Ce rapport a consacré un chapitre entier, substantiellement inspiré du travail accompli par Greenpeace dans cette région, à ce fléau qui ravage les communautés des côtes ouest-africaines et occasionne des pertes financières colossales (près de 1,3 milliard de dollar US, selon leurs estimations) aux économies de la région. 

Ce document vient s’ajouter aux initiatives déjà entreprises par certains Etats ouest-africains pour apporter des réponses efficaces et durables aux activités des navires responsables de pêche INN. Au Liberia, le cas du navire Sud-Coréen FV Premier (http://bit.ly/1m8VnPN) et, récemment, les actions fermes prises par le Sénégal, dans l’affaire du navire russe, Oleg Naydenov (http://bit.ly/1rjj2Az ) sont deux exemples de ce début de prise de conscience, par certains dirigeants de la région. Pour moi, cette prise de conscience, par certaines autorités, est une étape cruciale pour stopper la pêche INN dans la région.

 Mais elle n’est pas suffisante ! Elle doit faire tâche d’huile au-delà du Sénégal et du Libéria. Pour venir à bout de ce fléau, la coopération régionale et internationale est indispensable.

Au plan régional, les choses commencent à bouger. Les opérations de surveillance conjointe initiées par les pays de la Commission sous-régionale des pêches (CSRP), qui regroupe le Cap Vert, la Mauritanie, la Gambie, le Sénégal, la Guinée Bissau, la République de Guinée et la Sierra Leone, est un bon exemple de cette coopération régionale qui doit impérativement être renforcée.

Pour être plus efficace dans leurs actions et apporter des solutions idoines à ce crime organisé, beaucoup d’étapes restent encore à franchir par les différents pays de la région. L’une de ces étapes est la ratification de l’Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port visant à prévenir, contrecarrer et éliminer la pêche illicite, non déclarée et non  réglementée de la FAO. Hélas, sur ce point-ci les choses n’avancent guère. Aucun pays de l’espace CSRP ne l’a encore fait.

L’amélioration de la transparence dans la gestion des cas de pêche INN par les administrations locales des différents pays est aussi un autre défi qui doit être relevé. Le partage de l’information entre Etats, à travers la mise en commun d’une liste régionale de navires "voyous", ne doit pas être une simple déclaration mais une réalité.

Enfin, il est indispensable que la communauté internationale, notamment les Etats de pavillon, assiste ces pays dans cette lutte en prenant des mesures concrètes contre leurs navires qui s’adonnent a des actes illégales dans les eaux de pays tiers.

Ainsi, l’Afrique de l’ouest sera une partie prenante dans l’effort global de lutte contre la pêche INN dans les océans du monde.