En Afrique, la société civile est quotidiennement victime d’intimidations. A travers le continent, loin des medias, des organisations locales sont harcelées, souvent violemment, à la fois par des administrations et des entreprises. Leur seul tort est de défendre les droits de leurs communautés et leur environnement.

Au Cameroun, Greenpeace Afrique travaille en étroite collaboration avec deux de ces groupes pour essayer d’informer des menaces causées par un projet d'huile de palme irresponsable. Ce projet détruit les forêts naturelles et les moyens de subsistance des populations dans la région Sud-Ouest du pays. Piloté par la société américaine d’agroalimentaire Herakles Farms, le projet a été mené illégalement pendant plus de trois ans, jusqu'à ce qu’un bail foncier (tel que requis par la législation nationale) ait finalement été signé l'année dernière - mais pour une superficie beaucoup plus réduite que les 73 000 hectares attribués à l'origine.

The Struggle to Economize the Future Environment (SEFE) et Nature Cameroun sont deux organisations basées dans la région ciblée par Herakles.  Ces associations sont composées de membres des communautés locales préoccupés par le devenir de leurs terres. SEFE, avec des méthodes pacifiques, a mené campagne contre la plantation dès que le projet a été annoncé en 2009 et a été à plusieurs reprises harcelée à la fois par l'entreprise et les représentants locaux de l’administration.

En 2012, Nasako Besingi, le directeur de SEFE, a constaté à ses dépens les conséquences que peut avoir le fait de s’opposer à ce projet. Arrêtés avant même d’organiser une manifestation pacifique dans la ville de Mundemba (Sud-Ouest), Nasako et deux de ses collègues ont passé plusieurs jours dans une prison humide et sombre, sans qu’aucune charge ne leur soit énoncée

L’été dernier, Nasako a été pris dans une embuscade et agressé lors d'une tournée dans la zone ciblée avec une équipe de télévision française par des hommes qu'il a reconnu comme étant des employés d’Herakles Farms. Actuellement, lui et son organisation font face à de nombreuses accusations, y compris la tentative d'organiser une réunion illégale.

Nature Cameroun est une autre organisation basée dans le village de Nguti. C’est une petite structure mais ses membres sont déterminés. En septembre 2013, ils ont reçu une lettre officielle les informant qu'ils n'avaient plus le droit d'organiser des réunions publiques. Cette décision était motivée par le fait que Nature Cameroun aurait organisé des réunions «non autorisées par l'administration» - l'administration s'est bien gardée de spécifier quelles étaient ces prétendues réunions.

Cette suspension est en fait une réponse directe à l'intervention de Nature Cameroun auprès des communautés de la région. Tout au long de l'été, l’association a été invitée par les chefs de village pour discuter les implications - potentiellement désastreuses - des projets d’Herakles Farm pour les communautés, le genre de réunions que l'entreprise aurait eu pour devoir d’organiser au préalable. Ces rencontres avec les communautés, dans la plupart des cas, ont été très bien accueillies et se sont déroulées dans le calme.

Les multiples appels pour annuler l'ordre de suspension sont tombés dans l’oreille d’un sourd. Il est désormais bien évident que les actes de répression et d'intimidation à l’encontre de ces deux organisations sont ubuesques et sont ainsi perçus aux niveaux régional et continental.

Tenter de punir et réduire au silence des individus et des militants qui luttent sans relâche pour la protection des droits des personnes et la préservation de l'environnement et des forêts naturelles au Cameroun va à l’encontre des principes et convictions de Greenpeace Afrique.

Voilà pourquoi Greenpeace Afrique fait partie des nombreuses organisations locales et internationales qui ont cosigné cette semaine une lettre adressée aux rapporteurs spéciaux des Nations unies pour le droit à l'alimentation, les droits humains, l'environnement et ​​le droit à la liberté de rassemblement pacifique et d'association, les appelant à ouvrir immédiatement une enquête au sujet des abus relatés ci-dessus.

Si une telle répression continue de passer inaperçue, les gouvernements et les entreprises vont continuer à imposer leur volonté en toute impunité, même si elle est contraire à la volonté et au bien-être des communautés.