Le palmier à huile grignote jour après jour un peu plus de la forêt tropicale.
Pourtant, il existe des solutions pour mettre un frein à cette expansion. Par exemple, l’Agence Française de développement (AFD) qui gère la plupart des fonds publics français pour la coopération internationale de la France, vient d’adopter sa nouvelle feuille de route pour la biodiversité, on y trouve cette annonce longtemps attendue :

Le groupe AFD veillera à ce qu’aucun projet agricole qu’il finance, quels qu’en soient les porteurs, ne contribue à la dégradation des forêts ni a la déforestation

mercredi 23 octobre 2013

Vue aérienne de la plantation de palmiers a huile d'Herakles Farms

 

Exit donc, la conversion forestière pour la culture du palmier à huile! On ne peut qu’applaudir. Mais si l’AFD prend aujourd’hui cet engagement, son action n’a pas toujours été aussi vertueuse pour les forêts et pour les populations forestières. Cela fait des années que nous le savons et que nous le dénonçons (en République Démocratique du Congo notamment), et cette expérience nous pousse à rester prudents : au-delà de l’effet d’annonce, quelles sont les garanties que la France tiendra son engagement ?

Le nouveau rapport du CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) paru ce mercredi 16 octobre et intitulé Investissements agricoles : Sécurité alimentaire ou financière ? illustre bien les manquements de l’AFD en la matière. Deux noms ont particulièrement retenu mon attention dans ce rapport : ceux des compagnies productrices d’huile de palme Socapalm au Cameroun, et Feronia en RDC.

Qui a peur de Vincent Bolloré ?

La première a derrière elle une longue histoire d’exactions commises vis-à-vis des populations locales et de dégâts causés à l’environnement. C’est bien simple : je ne peux pas me rendre au Cameroun sans qu’au détour d’une conversation quelqu’un ne me rapporte un nouveau scandale lié à la Socapalm.
Or, révèle le CCFD, cette compagnie a bénéficié à plusieurs reprises ces dernières années de fonds de la coopération française. Comment peut-on considérer que financer la Socapalm relève d’une politique de développement, quand on sait que cette compagnie est une filiale du groupe Socfin, groupe détenu à plus de 38% par la compagnie Bolloré, l’une des plus florissantes de l’hexagone ? Et comment, d’autre part, la France peut elle ignorer ce que tout le monde sait en Afrique : que cette compagnie est loin d’être un modèle de vertu ?

Il faut dire que Vincent Bolloré sait se faire respecter. Sa défense ? L’attaque. Le moindre article associant son nom à ses intérêts dans l’huile de palme débouche sur une plainte pour diffamation. Mardi 15 octobre, deux journalistes de Bastamag étaient mis en examen pour un article sur les accaparements de terre dans lequel son nom était cité. Est-il utile de préciser que ces plaintes n’aboutissent pas toujours et qu’elles ont pour effet principal de maintenir la société civile dans la crainte permanente d’une action en justice longue et coûteuse?
Voilà les partenaires de la coopération française jusqu’à aujourd’hui.

Féronia : un passé sanglant

On peut espérer que les choses changent à l’avenir, mais les plus récents investissements de l’AFD en Afrique restent préoccupants : Féronia est une société Canadienne qui vient d’acquérir les Plantations et Huilerie du Congo, société historique en république Démocratique du Congo, dont la création remonte au début du 20e siècle.

Le dernier ouvrage d’Emmanuelle Grundmann “Un fléau si rentable”, consacré à l’huile de palme, relate la fondation sanglante de cette compagnie dans un chapitre dramatique à vous faire douter de l’humanité.
Les questions se bousculent : qui sait aujourd’hui ce que seront les conséquences de la reprise de cette plantation ? Deviendra-t-elle comme tant d’autres un vecteur important de déforestation et d’injustice sociale, ou saura-t-elle s’orienter vers un modèle plus durable ?

Espérons que la présence parmi ses investisseurs de l’AFD sera l’occasion pour la France de promouvoir avec vigueur ses nouveaux engagements, et de tracer deux lignes rouges pour le développement du projet : aucune conversion de forêts naturelles, et strict respect des droits des communautés locales.

Sur l’huile de palme en Afrique, l’accaparement des terres et le dossier Herakles, notre page : Afrique, la dernière frontière de l’huile de palme