Greenpeace fait campagne en Afrique de l'Ouest pour la mise en place d'un développement durable, l'impact politique de la pêche qui prend en compte les besoins et les intérêts des petits pêcheurs et les communautés locales qui dépendent de la santé des océans faible. © Pierre Gleizes / Greenpeace

 

Les choses sont allées très vite à l’avant dernier jour du tour. Il était 8h30, ce vendredi  24 février matin, quand nous avons aperçu un chalutier russe à 25 miles dans les eaux gambiennes. Un chalutier spécial : ses marquages ne sont pas visibles, tout est caché derrière des bâches. Son signal ARGOS éteint. Notre radar ne pouvait dans ces conditions, nous donner aucune information pouvant permettre de l’identifier. Etant donné à ma connaissance que la Gambie n’a pas d’accords de pêche privés avec les russes ; et ayant détecté la présence du drapeau russe ( ce qu’ils n’ont pas pu cacher) et la couleur bleu ciel(reconnue à leurs bateaux), je me disais qu’il y avait une irrégularité flagrante.

En équipe, nous nous sommes décidés d’envoyer l’hélicoptère chercher les indices pouvant nous aider à identifier ce grand chalutier. Après  que l’hélico ait soufflé un vent fort, la bâche qui cachait le signal d’appel a cédé et laissé une ouverture qui nous a permis de lire et d’identifier le bateau. Il s’agit du tout puissant Oleg Naydenov, chalutier présent dans les eaux sénégalaises depuis les accords controversés de 2010.

Pourquoi a-t-il caché son identité ? C’est simple. Il n’ avait  pas le droit de pêcher ni en Gambie ni dans la partie Sud du Sénégal (à sa frontière Nord avec la Gambie, cfr Art. 48 du Décret N°98-498 du 10 juin 1998 qui interdit la pêche au chalutage dans cette zone). En commençant sa pêche en Gambie pour tirer ses filets au Sénégal, le capitaine savait bien qu’il faisait de la piraterie.

Les grandes quantités de capture nocturne trouvées sur son pont à poissons, nous a laissé croire qu’il avait beaucoup pêcher la nuit précédente, mais où ? Pris par ces irrégularités, les activistes à bord du MYAS l’ont pris pour cible : modèle du pillage et de la piraterie dans les eaux ouest africaines. Il pêche là où il veut, il rejette dans l’eau ce qu’il peut. Sa chance est que nous lui avons ajouté des écrits  sur sa coque qu’il ne pourra du tout cacher : PILLAGE !

Ce qu’il faudra retenir ici est que la même ressource massacrée par ces chalutiers est partagée entre l’alimentation de milliers des sénégalais démunies ( qui ne peuvent plus manger les poissons nobles, leur rareté ayant entraîné une  augmentation de leur prix) et la fabrication de la farine et l’huile des poissons par ces bateaux usines pour nourrir les porcs et poulets. Dans ces conditions, la menace de la sécurité alimentaire et des emplois devient un risque réel pour les communautés de pêcheurs artisanaux.

Les futurs dirigeants du Sénégal n’ont pas d’autre choix que de casser cet élan machiavélique visant le bradage du patrimoine national marin.

Ayant été informé par les irrégularités observées sur ses eaux, les autorités gambiennes ont dépêché un navire de patrouille dans la zone hier ver 15h, c’est allé vite !

Cette action de protestation de ce bateau annonce également la fin de la partie sénégalaise du tour. Nous traverserons la frontière ce soir pour la Mauritanie où le tour se clôturera vers mi avril.