mardi 13 mars 2012 AN XING HAI, BALE, DALIAN. Chinese fishing trawler 30 miles off the coast of Mauritania.

D’énormes quantités de poisson sabre sont déposées sur le pont de ce bateau chinois, au large des côtes mauritaniennes. Considéré comme "bycatch" ou prises accessoires, ce poisson est jeté par dessus bord, mort ou mourant, par les chalutiers étrangers. Au même moment, les pêcheurs artisans sénégalais et mauritaniens qui en ont besoin pour nourrir leur famille peinent à le trouver.

Il y a deux semaines tout juste,  avant que l’équipage de l’Arctic Sunrise ne quitte le port de Dakar  pour un long périple de 40 jours dans les eaux ouest-africaines, j’étais à Kayar, un village de pêcheurs situé à une soixantaine de kilomètres de la capitale sénégalaise, sur la grande côte.

Alors que les premières pirogues, parties la veille en mer, regagnaient la terre ferme, l’information avait déjà fait le tour de la bourgade. La pêche n’a pas été bonne cette nuit. Le poisson sabre («Talar» comme l’appellent les pêcheurs sénégalais), dont c’est la période de pêche, n’était pas au rendez-vous.

Avant-hier, l’hélicoptère, à bord de l’Arctic Sunrise, est parti en mission pour documenter les activités de pêche au large des côtes mauritaniennes. L’infatigable photographe Pierre Gleizes y était. A son retour il avait, comme à son habitude, immortalisé les activités qui se déroulaient sur le pont d’un chalutier-usine chinois opérant dans la Zone économique exclusive (ZEE) mauritanienne.

Les images étaient insoutenables : des quantités énormes de poisson sabre étaient en train d’être jetées par-dessus bord. Ne correspondant pas à leur cible  on les appelle « bycatch» ou prises accessoires.

Et c’est là où réside l’un des plus grands maux de la pêche industrielle par les chalutiers-usines étrangers y compris européens, russes ou chinois. Les prises accessoires !

Des pratiques inacceptables

Ils auront beau contester - comme l’a fait l’Association de Chalutiers pélagiques congélateurs (PFA) dans son communiqué datant du 27 février 2102, après une action de protestation menée par des activités de Greenpeace sur le navire hollandais Maartje Theadora dans les eaux mauritaniennes,  dans lequel elle qualifie de non-nécessaires les actions non violentes de Greenpeace -  Greenpeace exposera toujours ce côté pervers de la pêche industrielle.

Car, la vérité est là. Et, elle est inoxydable. Au moment où les pêcheurs artisans de Kayar rentrent les pirogues vides, les chalutiers-usines européens, russes et asiatiques rejettent en mer ce qu’eux cherchent pour nourrir leur famille, envoyer leurs enfants à l’école et les soigner. Quel paradoxe!  

Dans son dernier rapport «Le vrai prix du pillage des océans : Quand l’argent du contribuable européen finance la razzia des chalutiers-usines sur les eaux d’Afrique de l’ouest»,  lancé il y a quelques semaines, Greenpeace expose la perversité et l’incohérence de la politique Commune des Pêches (PCP), soubassement de la présence des navires européens dans les eaux étrangères notamment en ouest-africaines.

Ce rapport revient également en grande partie sur les prises accessoires occasionnées par les navires de la PFA. Selon le rapport, un navire de la PFA tournant en plein régime rejette, en une seule expédition, une quantité de prises accessoires (poisson mort ou mourant) équivalant en moyenne à la consommation annuelle de poisson de 34 000 mauritaniens!

Certes l’Europe n’est la seule responsable du pillage des eaux ouest-africaines, elle doit cependant donner le bon exemple. La reforme de la PCP est l’occasion rêvée pour le faire. 

De leur côté, les gouvernants ouest-africains doivent également prendre le train en marche et reconsidérer leurs politiques des pêches.  L’heure n’est plus au bradage des ressources halieutiques car des millions de citoyens en dépendent pour leurs emplois et leur sécurité alimentaire.