Le bassin du Congo abrite la deuxième plus grande superficie de forêt tropicale sur terre.
Une étude récente publiée cette semaine a présenté les conclusions selon lesquelles le taux de déforestation dans cette région est effectivement en nette diminution.

A vrai dire, les conclusions de cette étude ne reflètent ni la réalité scientifique ni les observations pratiques faites sur le terrain. Il faudrait les considérer avec précaution et les replacer dans leur contexte.

En effet, un grand nombre d'articles scientifiques publié ces dix dernières années montre que la déforestation est en nette augmentation dans la même région. A titre d’exemple, un article publié par un chercheur belge a montré que la déforestation a doublé dans cette région dans les périodes entre 1990 à 2000 et 2000 à 2005.

L’équipe de cartographie de Greenpeace en collaboration avec d'éminents scientifiques et le World Resources Institute ont publié au courant de ce mois dans la revue Environmental Research Letters, les conclusions d'un modèle qui prédit que la dégradation des paysages des forêts intactes va doubler cette décennie en République Démocratique du Congo.

Les paysages des forêts intactes sont des étendues ininterrompues d’écosystèmes naturels qui ne présentent aucun signe détectable à distance de l'activité humaine ou de la fragmentation ; et ils sont assez grands pour maintenir toute la biodiversité indigène.

La nouvelle étude publiée cette semaine, indiquant que le taux de déforestation est en considérable diminution, étonne plus d’un environnementaliste et provoque le doute sur  la pertinence des méthodes scientifiques utilisées. Les conclusions de cette étude confirment également la nécessité  pour les chercheurs de faire des sorties sur le terrain pour bien observer et comprendre ce qui se passe réellement dans les forêts. Lorsque vous voyagez en RDC, par exemple, vous n'avez pas besoin d'aller loin pour voir la destruction des forêts tout le long du trajet.

Lors d’un récent voyage à  Kinshasa,  une équipe de Greenpeace a vu du bois Wengé, espèce précieuse et menacée, être abattu illégalement pour exportation vers les marchés internationaux. Ainsi, comme Greenpeace l'a signalé à maintes reprises, un grand nombre de projets de plantation de palmiers à huile menacent de vastes superficies de forêt tropicale dans le bassin du Congo.

Certes, le taux général de déforestation dans le bassin du Congo est encore bas, mais en le comparant à des régions comme l'Amazonie et l’Indonésie, on se rend compte que le bassin du Congo est le seul bassin des forêts tropicales dans le monde où le taux annuel de variation de déforestation tend à la hausse. Et s’il serait encore autour de 2000 km2 par an, selon le nouvel article, ce qui n’est absolument pas durable. En outre, dans le bassin du Congo il faut aussi considérer la dégradation des forêts comme un autre facteur de menace.

 

La RDC abrite plus de la moitié de toutes les forêts intactes du bassin du Congo, et une recherche récemment publiée a montré que ces zones sont de plus en plus menacées. La fragmentation et l’exploitation sélective étant citées comme les principales causes.

La protection des paysages des forêts intactes est vitale pour prévenir les conséquences dangereuses du changement climatique au niveau global, dans la mesure où elles constituent d’énormes puits à carbone et elles sont aussi très importantes pour le climat régional et local. Le stock total de carbone de la RDC à elle seule est estimé à environ 27 milliards de tonnes. Or, aussi bien la dégradation des forêts que la déforestation entraînent des émissions de carbone.

Une autre source d'inquiétude est que l'ouverture des paysages des forêts intacts est fortement susceptible d'évoluer vers la conversion des forêts à grande échelle. Conclusion de notre étude récente qui montre que le taux de perte de carbone dans les zones des forêts qui ont été dégradées est 12 fois plus élevé que celui d'une zone restée intacte.

Déjà en 2000, lorsque Greenpeace et ses partenaires menaient une recherche, ils avaient constaté qu’environ 39% des forêts primaires du bassin du Congo avaient déjà été fragmentées ou affectés par l’exploitation sélective. 

Sur base de notre travail en RDC et des données scientifiques disponibles, il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. Bien au contraire, il est temps d’arrêter l'exploitation forestière illégale et la conversion à grande échelle des forêts en plantations industrielles. Il faut également protéger les paysages des forêts intactes et  promouvoir l'exploitation durable des forêts par les exploitants artisanaux et les communautés qui pourront continuer à profiter de cette précieuse ressource.