6000 individus ont apposé l’empreinte de leur main sur les 11 bâches prévenues à cet effet. Ils ont tous rejoint l’appel de Greenpeace des pêcheurs artisans pour une gestion durable des ressources halieutiques.

 

Ce n'est plus un secret : les mers d'Europe, jadis riches et grouillantes de vie, sont aujourd’hui dans l’incapacité à fournir du poisson à tous ses citoyens. Les Gouvernements de l'UE et l'industrie de la pêche savent depuis des décennies qu'ils pêchent plus que ce que leurs mers peuvent fournir, à tel point que la Commission européenne, elle-même, a reconnu que près de 90% de tous les stocks de poissons sont surexploités en Europe. Il n’est également plus un secret que, face à la diminution des stocks, les flottilles de pêche vont de plus en plus loin pour assurer l'approvisionnement en poisson des pays européens. Aujourd'hui, près de la moitié de tout le poisson vendue dans l'UE est prise en dehors des eaux communautaires. 

Les côtes de l'Afrique occidentale sont une destination de choix pour les plus grandes flottes européennes. Non loin de l'Europe et avec une richesse marine extraordinaire, cette partie du monde a toujours été idéale pour la pêche. L'UE a longtemps conclu des partenariats avec les États africains afin de permettre à ses bateaux d’accéder à une pêche lucrative. Pour eux, cela semble équitable; l'UE verse de l'argent aux pays africains pour leurs ressources. Mais en y regardant de plus près, la réalité est toute biaisée et injuste. Les eaux ouest-africaines ne sont plus les mers abondantes qu'elles étaient autrefois. Cette région a trop souffert des décennies de surpêche, en particulier du fait des  flottes étrangères. Ces 20 dernières années, voire plus, ont été marquées par une poussée de l'industrie de pêche – avec parfois des navires de la taille d’une usine - russe, asiatique et européenne vers l'Afrique occidentale.

Au même moment, les communautés côtières de l’Afrique de l’Ouest sont de plus en plus dépendantes de leurs mers pour leur subsistance, leurs revenus et, tout simplement’ pour leur nourriture. En tant que Chargée de campagne océans à Greenpeace et travaillant en Europe et en Afrique de l'Ouest, j'ai eu le privilège de rejoindre notre équipe à Dakar pour visiter plusieurs communautés de pêcheurs au Sénégal, en Mauritanie et au Cap-Vert ; et de voir et entendre de vives voix comment la surpêche fait des ravages tant dans nos océans et sur les gens qui en dépendent.

Partout où vous allez, les histoires sont les mêmes. Les pêcheurs locaux assistent au pillage de leurs mers par les chalutiers étrangers. Résultat : ils sont obligés d’aller plus loin en mer, au péril de leur vie, pour revenir avec seulement une fraction de ce qui était autrefois une prise normale. Les Chalutiers étrangers déchirent le plancher océanique, détruisent des habitats entiers et aspirent littéralement les poissons de toute valeur.

La reforme en cours de la Politique communes des pêches (PCP) qui guide la façon dont l’UE gère ses pêcheries est une occasion unique pour son amélioration. Une partie de cette refonte doit être l'abandon de la pêche destructrice et excessive aussi bien en Europe qu’ailleurs. Nous avons besoin des ressources halieutiques d'une manière qui ne compromet ni l'intégrité de nos écosystèmes océaniques, ni les moyens de subsistance des communautés locales.

Au début de l’année 2011, nous avons invité les pêcheurs de l'Afrique occidentale dans neuf villes, à travers l'Europe, pour raconter leurs histoires aux décideurs, y compris ceux au sommet de Bruxelles. Bien que le Sénégal ait mis un terme à son partenariat officiel avec l'UE en 2006, le pays souffre encore de la surpêche actuelle et passée du fait des flottes industrielles étrangères. Notre équipe à Dakar continue de travailler avec les pêcheurs locaux. La semaine dernière, plus de 6000 signatures ont été recueillies à travers les communautés de pêche du Sénégal pour envoyer un message clair à leur gouvernement en leur demandant de regarder vers l'avenir et protéger nos océans des mains de grandes flottes de groupes industriels.

Pendant ce temps, nos équipes en Europe ont révélé à quel point des millions d'euros ont été consacrés à la subvention et au maintien dans l’eau de certains bateaux de pêche les plus grands et les plus sophistiqués au monde - ces vaisseaux mêmes qui font partie de l’incessante flotte incessante qui continuent à piller les eaux de Afrique de l'Ouest. Ces bateaux iraient à perte s'il n'y avait pas la générosité des contribuables de l'UE!

Malheureusement, comme presque partout dans le monde, il y a maintenant trop de bateaux pour capturer des poissons aujourd’hui trop peu en Afrique occidentale. Les gens qui en souffrent le plus sont ceux qui dépendent presque exclusivement des mers saines pour leur survie.

L’espoir est toutefois permis: l'Europe peut changer la face des choses en revoyant sa politique de pêche afin d’assurer une pêche réellement durable et équitable pour tous. Les scientifiques estiment qu'il y aurait 80% plus de poissons dans nos mers si nous réussissons à gérer correctement nos pêcheries.

L'UE doit mener le monde vers un avenir plus durable pour les ressources halieutiques et la pêche . Cela signifie qu’elle devra réduire la taille de sa flotte, en adéquation avec les ressources halieutiques disponibles, et supprimer les bateaux les plus destructeurs en premier. Les décideurs doivent se conformer aux avis des scientifiques. L'UE devrait changer la façon dont elle négocie l'accès aux eaux étrangères. Au lieu d'envoyer leurs plus grands bateaux vers l'Afrique, l'UE devrait soutenir le développement de la pêche et de la transformation locale. Enfin la priorité doit être donnée aux activités à faible impact et à la durabilité des pêches qui fournissent la plupart des avantages pour les communautés côtières, à la fois en Europe et en Afrique.

Farah Obaidullah est chargée de campagne océans avec Greenpeace International.