Corruption et impunité sont les maitres mots dans le secteur forestier au Cameroun

Communiqué de presse - août 20, 2014
Yaoundé, le 20 août 2014. De grandes quantités de bois illégal émanant de projets de conversion des forêts accèdent aux marchés internationaux au vu et au su du Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) et l'Union européenne (UE), selon Greenpeace Afrique.

Greenpeace Afrique a obtenu des preuves qu’Uniprovince, une société détenue par Herakles Farms, a abattu au moins 10 000 m3 de bois de valeur commerciale. Alors que des documents officiels[1] du port de Douala montrent qu’une cargaison de plus de 3000 m3 a déjà quitté Douala pour le port chinois de Zhangjiagang.

"C’est sans surprise que nous avons appris que ce bois trace son chemin vers la Chine malgré toutes les preuves de son illégalité», a déclaré Irène Wabiwa, Responsable de la campagne forêt à Greenpeace Afrique. Dans un rapport publié en mai, Permis de piller, Greenpeace Afrique a documenté comment Uniprovince a obtenu une vente de coupe sans passer par la procédure d’enchères publiques, en violation de la loi camerounaise.

"Trois procureurs de l'État camerounais ont reçu des informations prouvant l’illégalité de l'exploitation forestière d’Uniprovince, mais aucune mesure n'a été prise à notre connaissance», explique Wabiwa. "Le MINFOF et l’UE, en charge de la mise en œuvre de l'accord de partenariat FLEGT[2], ont également été informés à plusieurs reprises; mais malheureusement, cela n'a pas empêché le bois d'être exporté ".

Le 19 Août, Greenpeace Asie de l'Est a présenté ces preuves aux autorités compétentes[3] en Chine, en leur demandant d'enquêter sur la société chinoise impliquée dans l'importation de ce bois illégal d’Herakles Farms/Uniprovince.

Malheureusement, le cas de la Vente de Coupe d’Uniprovince n'est que la partie apparente de l'iceberg. Il y a de fortes chances que l’attribution de treize autres ventes de coupe, à diverses sociétés d’exploitation forestière cette année dans la région de Kribi, n’aurait pas respecté la procédure non plus.

Une grande proportion du bois issu des ventes de coupe au Cameroun a pour destination la Chine via le port de Zhangjiagang. Profitant ainsi du fait que le pays ne dispose pas encore d'une législation interdisant l’importation de bois illégal.

"Si ces opérations se poursuivent en toute impunité, cela va ébranler la crédibilité de l'accord de partenariat FLEGT, ratifié en décembre 2011, accélérer la destruction de la forêt et priver les communautés de leurs moyens de subsistance», alerte Wabiwa.
Le Cameroun s'est engagé à vérifier la légalité de tout le bois et produits dérivés, couverts par l'accord, nonobstant leur destination : que ce soit le marché intérieur, l'UE ou des marchés extérieurs à l'UE[4].

Dès lors, il est de la responsabilité des autorités camerounaises et de l'UE de veiller à ce que l'accord de partenariat soit appliqué et respecté à la lettre et dans l’esprit. Greenpeace demande à ce que les autorités camerounaises annulent la vente de coupe d’Uniprovince et tous les autres permis illégaux, et empêchent le bois coupé illégalement de quitter le Cameroun pour l'UE, la Chine ou toute autre destination. Tout le bois illégal doit être saisi au Cameroun ou au pays de destination et toutes les personnes impliquées dans l'octroi illégal des permis ou leur utilisation doivent être poursuivies.

Contact

Najia Bounaim, Chargée de communication, Greenpeace Afrique, , +27 79 93 047 43

Note pour l’éditeur

Pour lire le rapport Permis de Piller

http://www.greenpeace.org/africa/Global/africa/publications/Herakles_Permis%20de%20piller.pdf



[1] Documents disponibles à la demande

[3] State-owned Assets Supervision and Administration Commission of the State Council (SASAC); Ministry of Commence; State Forestry Agency (SFA)

[4] Article 9, http://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=CELEX:22011A0406%2802%29&from=EN