Déclaration des pêcheurs artisans du Sénégal sur les négociations Etat du Sénégal – Union européenne pour la reprise des Accords de pêche.

Communiqué de presse - mars 13, 2014
Nous, pêcheurs artisans du Sénégal, venus d’horizons et d’organisations professionnelles divers, réunis le 26 février 2014 à Mbour, sous l’égide de la Plateforme des acteurs de la pêche artisanale du Sénégal (PAPAS), pour discuter de la reprise des négociations sur les accords de pêche entre l’Etat du Sénégal et l’Union européenne :
  • Prenant  acte  du  choix  fait  par  les  autorités  du  Sénégal  de  coopter  les
    représentants des acteurs de la pêche artisanale sans consulter la base, dans
    le processus de négociation en cours;
  • Considérant  la  rareté  de  la  ressource  qui  se  manifeste  par  des débarquements  en  baisse,  une  hausse  du  prix  du  poisson,  une  baisse  des activités  et  des  revenus  des  acteurs  dans  tous  les  quais,  sites  et  unités  de transformation de produits halieutiques du Sénégal;
  • Considérant l’état de surexploitation dans lequel se trouve la quasi totalité des espèces présentes dans les eaux sénégalaises;
  • Considérant la politique de l’Etat du Sénégal visant à réduire l’effort de pêche
    (cf.  document  Lettre  de  Politique  Sectorielle  des  pêches  (LPS),   Conseil
    interministériel sur la pêche du 06 -06-  2013) et à accompagner les initiatives
    proposées par les acteurs à la base pour une gestion durable des ressources
    marines  et  côtières  (ZPP,  AMP  communautaires,  immersion  de  récifs
    artificiels, repos biologique, etc.);
  • Considérant  les  avis  scientifiques  du  CRODT,  de  la  CICTA  et  du
    COPACE/FAO sur les stocks disponibles et leur niveau d’exploitation dans les
    eaux sénégalaises;
  • Considérant  l’inexistence  de  surplus  constatée  par  les  scientifiques  des
    instituts  cités  plus  haut  et  la  nécessité  de  se  conformer  à  l’Article  62  de  la
    Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM);
  • Considérant  les  moyens  de  surveillance  limités  dont  disposent  les  services
    concernés de l’Etat (DPSP, DPM, etc.) et la nécessité de les renforcer pour un
    meilleur suivi des activités de pêche dans les eaux sénégalaises;
  • Considérant  les  limites  de  la  politique  d’accès  à  la  ressource  actuellement mise en œuvre et la nécessité de la rendre plus performante;
  • Réaffirmant  les  recommandations  contenues  dans  le  mémorandum  de  la pêche  artisanale  remis  au  Président  de  la  République  lors  de  l’audience accordée par ce dernier aux acteurs de la pêche, le 16 janvier 2014 à Kayar;


Déclarons  qu’en  l’état  actuel  des  données  scientifiques  et  de  la  situation
précaire  des pêcheries au  Sénégal, les conditions pour un renouvellement de
l’accord de pêche avec l’Union européenne ne sont pas encore réunies.


Ainsi, nous invitons l’Etat du Sénégal à :

  • Rester  cohérent  dans  sa  démarche  de  gestion  durable  des  ressources halieutiques.  Il  nous  semble  tout  à  fait  contradictoire  que  d’une  part,  le Sénégal  veuille  réduire  l’effort  de  pêche  en  nous  demandant  de  faire  des sacrifices et, d’autre part, vouloir autoriser l’arrivée d’une flotte étrangère ; 
  • Ouvrir de larges concertations  avec les acteurs à la base afin de les associer
    dans tout processus de négociations ;
  • Mobiliser  des  ressources  suffisantes  pour  appuyer  et  renforcer  les  services compétents en matière de recherches et de suivi, contrôle et surveillance ;
  • Respecter  ses  engagements  notamment  dans  le  cadre  des  conventions régionales  et  internationales   relatives  à  la  gestion,  la  conservation  et  la préservation  des  ressources  halieutiques ;  et  initier  des  démarches nécessaires au sein de la Commission Sous-Régionale des Pêche (CRSP) en vue d’une approche commune de gestion de la ressource ;
  • Entreprendre  les  reformes  nécessaires  pour  réglementer  l’accès  à  la ressource.  Ces  règles  devront  se  faire  sur  la  base  de  critères environnementaux et sociaux transparents, objectifs et mesurables, tels que :

                  -  Impacts  environnementaux:  niveau  de  prises  accessoires,
                     dommages causés à l’environnement marin et côtier ;
                 -  Quantités  à  prélever dans  les  permis  de  pêche,  les  licences  et
                     les accords éventuels ;
                 -  Respect du règlement en vigueur par les navires ;
                 -  Quantité et qualité des données fournies ;
                 -  Consommation d’énergie par unité de capture ;
                 -  Qualité du poisson débarqué et mis sur le marché ;
                 -  Bénéfices  socio-économiques,  en  particulier  pour  les
                    communautés côtières.
                                                                              Fait à Mbour le 26 février 2014