Kinshasa, le 22 février 2011 - La légalisation de 15 titres forestiers remet sérieusement en cause les conclusions de la revue légale de novembre 2008 et rendues publiques au début de 2009. Cette décision revient à littéralement donner aux compagnies industrielles une superficie totale de 15 millions d’hectares de forêts– cinq fois la taille de la Belgique.
Il faut rappeler que tous les titres forestiers exploités à l’époque du lancement de la revue légale – débutée en 2005 et qui était censée assainir le secteur forestier en RDC - se voit maintenant officiellement légitimés par l’annonce du Ministre et désormais voués à l’exploitation forestière industrielle.
Au final, le long et coûteux processus de revue légale des titres forestiers aura totalement échoué à assainir une industrie très régulièrement pointée du doigt pour ses pratiques illégales, l’évasion fiscale, les nombreux conflits sociaux engendrés par ses opérations, mais aussi la fragmentation de blocs de forêts intactes.
De plus, la levée du moratoire annoncée par le Ministre ouvrirait la porte à l’exploitation de 10 millions d’hectares supplémentaires, si l’on en croit des documents officiels émanant du Ministère de l’Environnement lui-mêmei. Ce serait donc jusqu’à 25 millions d’hectares de forêts au total qui seraient sacrifiés à l’industrie forestière, au lieu de considérer sérieusement d’autres options pour un meilleur futur pour les populations forestières et pour le climat.
« Non seulement la légalisation des 15 titres forestiers est inacceptable en soi, mais elle sape la crédibilité du Gouvernement de la République Démocratique du Congo, de la Banque Mondiale et des autres bailleurs de fonds impliqués dans le développement d’un plan national REDD (Réduction des Emissions de gaz à effet de serre due à la Déforestation et à la Dégradation forestière) » explique Irène Wahiwa, chargée de campagne Forêts pour Greenpeace Afrique.
« La décision de lever le moratoire mettrait non seulement en danger 10 millions d’hectares de forêts supplémentaires, mais fragiliserait fortement la position du gouvernement de RDC dans les négociations climatiques. Il en va de la responsabilité du gouvernement et de la Banque Mondiale de prévenir toute augmentation des émissions de gaz à effet de serre dues à la déforestation ou à la dégradation forestière dans un proche futur. »
Un mécanisme REDD viable devrait absolument inclure des mesures pour protéger les forêts les plus importantes pour la biodiversité et le climat, parmi lesquelles les « paysages de forêts intactes ». Ceci doit aller de paire avec une stratégie pour un vrai développement socio-économique durable pour les communautés locales.
« Greenpeace estime qu’il serait scandaleux de lever le moratoire dans les conditions actuelles. L’exploitation industrielle n’est en aucun cas une solution pour protéger les forêts. Elle ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Aucune décision concernant l’allocation d’espaces forestiers à telle ou telle activité en RDC ne devrait être prise avant l’élaboration d’un vrai plan d’aménagement du territoire, avec la participation des populations locales. Pour l’heure, ce n’est pas le cas » conclut René Ngongo, conseiller politique pour Greenpeace Afrique.
Greenpeace appelle donc le gouvernement congolais et la Banque Mondiale à s’engager pour un maintien du moratoire sur l’allocation de nouvelles concessions forestières. Un tel engagement est vital pour l’élaboration d’un plan national REDD, qui devra alors être financé par les bailleurs de fonds internationaux pour la protection des forêts congolaises.