magazine / novembre 2015

Climat: que font nos ministres?

Photo: Jean-Yves Leblon

Le Sommet sur le climat de Paris bat son plein. Les politiciens du monde entier tentent de parvenir à un accord pour que le réchauffement climatique reste inférieur à 2°C, voire 1,5 °C. Selon cet accord, chaque pays devra poursuivre une politique climatique ambitieuse durant les prochaines années. Mais qu’en est-il de la Belgique?

Tout savoir sur Paris? Suivez-nous!

Chez nous, nous avons beau avoir quatre ministres de l’Environnement, mais – peut-être précisément pour cette raison – nous n’avons toujours pas de politique climatique nationale. Après six années de négociations entre les régions et le niveau fédéral, nous attendons toujours un accord belge fixant la part de chacun dans l’effort climatique à réaliser pour 2020. Une véritable honte!

Ils prétendent faire de leur mieux...

Il y a six ans déjà, en 2009, un premier plan d’action européen pour le climat et l’énergie avait été adopté, avec trois objectifs à atteindre d’ici 2020. Pour la Belgique, il s’agissait de réduire de 15% ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990; de produire 13% de son énergie à partir de sources renouvelables; et d’économiser 20% d’énergie. A l’époque, ce plan était plutôt progressiste, bien que toujours insuffisant pour apporter une contribution équitable à la lutte de l’Europe contre le changement climatique.

Depuis, un nouveau plan européen a été adopté pour 2030. Pourtant, nos quatre ministres sont toujours à la recherche d’une réponse belge au plan de 2020. Ils affirment faire de leur mieux, mais cela semble s’arrêter là. Pour les inciter à enfin conclure un accord belge sur le climat, Greenpeace a mené une série d’actions sur la base du message "Je ne crois pas vraiment au changement climatique".

L’action climatique est encore trop souvent perçue comme un fardeau plutôt que comme une chance à saisir

Machine arrière

Nos ministres doivent répartir entre les régions et le fédéral les efforts pour atteindre les objectifs de 2020, mais ils ne sont toujours nulle part. Le problème vient du fait que l’action climatique est encore trop souvent perçue comme un fardeau plutôt que comme une chance à saisir. Investir dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique offre en effet des avantages considérables – ce que d'autres pays ont déjà bien compris (voir ci-dessous).

Sans accord climatique national, nos ministres se contentent de voir venir ou font carrément machine arrière. Au printemps, la Wallonie a revu à la baisse ses objectifs d’énergies renouvelables pour 2020. Peu après, la ministre fédérale Marie-Christine Marghem a annoncé vouloir présenter à Paris l’énergie nucléaire comme solution au problème du climat. Elle semble donc avoir mis au frigo son plan de pacte national pour un avenir énergétique durable. Quant au gouvernement flamand, il a finalement choisi d’acheter de "l’air propre" à l’étranger plutôt que de réduire suffisamment les émissions dans sa propre région. Ainsi, chaque région fait un peu ce qu’elle veut, sans aucune vision commune.

En conséquence de ce manque de volonté politique, nos émissions diminuent beaucoup trop lentement. Notre pays a été montré du doigt par l’Europe parce que nous mettons en péril les objectifs européens pour 2020 qui sont déjà peu ambitieux. La science délivre pourtant un message clair : en tant que pays industrialisé, la Belgique doit réduire ses émissions de CO2 de 80 à 90 % au moins d’ici 2050. À force de reporter éternellement le problème, nous augmentons le prix à payer pour atteindre cet objectif. Il est donc temps que nos ministres ôtent leurs œillères et travaillent à une politique climatique belge crédible.

 

Ils font mieux: le Costa Rica et l’Allemagne

Certains pays montrent qu’il est possible d’aboutir à de meilleurs résultats que la Belgique. Ils se démarquent par des objectifs ambitieux et une vision à long terme, deux éléments qui font défaut à nos gouvernements.

Costa Rica

Ce pays d’Amérique latine a réussi cette année pour la première fois à vivre près de 100 jours avec de l’électricité issue de sources renouvelables. Grâce à une utilisation intelligente de son grand potentiel de sources non fossiles comme les énergies hydroélectrique, éolienne et géothermique, le Costa Rica produit en moyenne 98 % d’électricité renouvelable.

En outre, ces dernières décennies, les propriétaires fonciers ont grandement contribué à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre par le reboisement d’une grande partie de leurs terres. En échange, ils ont perçu une rémunération financée principalement par des taxes sur les carburants fossiles.

En 2021, le Costa Rica veut devenir le premier pays totalement neutre en carbone au monde. Cela signifie que les forêts devront y absorber au moins autant de gaz à effet de serre que la quantité émise dans tout le pays. Mais il n’en est pas encore là. Pour y parvenir, il a besoin du financement international pour le climat. C’est une raison supplémentaire pour que les grands pollueurs historiques, comme la Belgique, tiennent leurs promesses d’aide climatique aux pays du Sud.

 

 

 

Allemagne

Le pays travaille depuis 2007 à une politique climatique à long terme, assortie d’objectifs ambitieux: 40% de réduction des émissions d’ici 2020, 55% d’ici 2030 et 80 à 95% d’ici 2050. En outre, elle veut consommer un cinquième d’énergie en moins d’ici 2020.

Depuis, ses gouvernements successifs ont systématiquement appliqué cette politique. Par exemple, quand il est apparu l’année dernière que les objectifs pour 2020 n’étaient pas encore à portée, l’Allemagne a pris des mesures supplémentaires pour éviter de revoir ses objectifs à la baisse. Après la catastrophe de Fukushima en 2011, elle a également opté pour une sortie du nucléaire d’ici 2022.

Elle produit déjà plus d’un quart de son électricité à partir d’énergies renouvelables, dont près de la moitié est dans les mains des citoyens et de petites coopératives. Le succès de la Transition énergétique allemande démontre qu’une politique fiable peut convaincre les citoyens et les entreprises de bâtir main dans la main un avenir basé sur les renouvelables.