magazine / avril 2017

De l'iode pour tous

Vous pourrez bientôt aller chercher gratuitement des comprimés d’iode chez votre pharmacien. Cela fait partie des nouveaux plans d’urgence nucléaire. C'est une bonne choise. La moins bonne nouvelle est que la zone de préparation d’évacuation reste limitée à 10 km.

En savoir plus sur notre campagne nucléaire

La Belgique disposait déjà de plans d’urgence nucléaire, mais la catastrophe nucléaire de Fukushima a montré qu’ils étaient totalement insatisfaisants. C’est pour cette raison qu'il a été décidé de les améliorer.

Notre pays est particulièrement vulnérable. On ne compte pas moins de 20 grands réacteurs nucléaires sur notre territoire ou à proximité de nos frontières (à Gravelines, Chooz, Cattenom et Borssele). Aucun autre pays ne possède des centrales nucléaires implantées aussi près de grandes agglomérations urbaines. Il y a dix fois plus d’habitants autour de Doel et Tihange qu’autour de Fukushima. Par ailleurs, notre pays est régulièrement traversé par des transports contenant des déchets hautement radioactifs. Et last but not least, la culture de sécurité dans nos centrales nucléaires laisse à désirer. Tout ceci fait que nous ne pouvons pas nous estimer satisfaits de voir notre pays suivre tout simplement les recommandations internationales ou les normes plutôt moyennes de nos pays voisins. La Belgique doit disposer d’un plan d’urgence nucléaire bien plus élaboré et appliquer les normes les plus strictes.

La justice refuse de se prononcer

Peu après la catastrophe de Fukushima, nous avons lancé une campagne pour améliorer le plan d’urgence nucléaire de notre pays.

Le laboratoire indépendant français ACRO a ensuite demandé de comparer les plans d’urgence nucléaire en Belgique avec la manière dont s’est véritablement déroulée la situation après la catastrophe à Fukushima. En janvier 2015, l’expert David Boilley a présenté un rapport en sous-commission nucléaire au parlement. Le ministre Jan Jambon a alors promis que le nouveau plan d’urgence serait prêt pour fin 2015. Pendant ce temps, nous avons continué à mitrailler d’arguments les instances concernées telles que le cabinet du ministre, l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire ainsi que le centre de crise fédéral. Ce n’est qu’en janvier 2017 que le projet d’actualisation du plan d’urgence nucléaire a été présenté au parlement. Il devrait enfin être opérationnel pour le printemps prochain.

Des comprimés d’iode pour tout le monde

Certaines des modifications les plus importantes des plans répondent à nos exigences. Dorénavant, tous les citoyens de Belgique pourront recevoir des comprimés d’iode préventifs. Cette mesure n’immunise évidemment pas les personnes contre l’impact radioactif qui suit un accident nucléaire, mais, si les directives sont correctement suivies, la prise d’un comprimé d’iode en temps voulu dans un pays aussi peuplé que la Belgique peut prévenir des milliers de cancers de la thyroïde.

 Nous incitons chaque personne à aller chercher sa boîte de comprimés d’iode chez le pharmacien

Nous incitons chaque personne à véritablement aller chercher sa boîte de comprimés d’iode chez le pharmacien et à la conserver dans un endroit sur à la maison.

Zone d’évacuation limitée à 10 km

Les comprimés, c’est une bonne chose. Mais comment comprendre qu’un gouvernement, qui pousse à la prolongation de la durée de vie de vieux réacteurs nucléaires et autorise le redémarrage de réacteurs fissurés à risques, ne parvienne pas à tirer les leçons de la catastrophe à Fukushima? Contre toute raison, le gouvernement reste persuadé qu’une grave catastrophe nucléaire, provoquant la dispersion de grandes quantités de matières radioactives sur de longues distances, n’aura jamais lieu en Belgique. Cette arrogance peut nous coûter très cher.

Malgré le fait qu’à Fukushima, 80% des émissions radioactives aient migré vers l’océan, certains villages situés jusqu’à 50 km de la centrale ont dû être évacués. Si nous transposons cela à la Belgique, cela signifie qu’après un accident à Doel, il faudrait évacuer par exemple les communes au nord de la région bruxelloise. Les villes d’Anvers et de Liège se situent respectivement à peine à 10 et 25 km de Doel et de Tihange. Il est très probable qu’elles doivent être évacuées après une catastrophe nucléaire. Le nouveau plan d’urgence ignore cette vérité gênante et limite la zone d’urgence prévue dans laquelle l’évacuation est planifiée, préparée et entraînée à 10 km à peine.

Délit de négligence

Une ville comme Anvers, peuplée d’un demi-million d’habitants, ne peut pas juste être évacuée comme ça. Même avec un plan solide, une préparation et des entraînements, il s’agira d’une tâche extrêmement difficile. Mais si le gouvernement estime que cette tâche de protéger un demi-million d’habitants après un accident nucléaire est trop complexe et coûte trop cher, il doit alors le dire ouvertement au lieu de donner l’illusion qu’une telle catastrophe est impossible dans notre pays. Ce point de vue doit faire partie du débat public et politique concernant la place de l’énergie nucléaire dans un pays aussi peuplé que la Belgique. Des comprimés d’iode, c’est bien, mais c’est insuffisant.