20ème anniversaire de Tchernobyl

Un rapport sur l’impact sanitaire de Tchernobyl cerne l’ampleur véritable de la catastrophe

Communiqué de presse - 18 avril, 2006
Un rapport, publié par Greenpeace, démontre la sous-estimation de l’impact sanitaire de Tchernobyl par l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA). Rassemblant les contributions de près de 60 scientifiques réputés du Bélarus, de l'Ukraine et de Russie, il contient des données jamais publiées en anglais. Si des incertitudes subsistent quant à l'ampleur exacte de la catastrophe, les résultats d'études récentes indiquent que plus de 250.000 cancers seront provoqués par la catastrophe. Près de 100.000 de ces cancers seront mortels. Or, l’AIEA table sur 4.000 décès à venir ; une sous-évaluation grossière des souffrances humaines découlant de l’accident du 26 avril 1986.

Originaires de Gomel, au Bélarus, Irina et Yelena Patuchenko y ont rencontré le photographe Robert Knoth et la journaliste Antoinette de Jong. Elles ont ainsi participé à l'élaboration de Certificate No. 00358/ (livre et exposition) et souhaitent partager davantage leur vécu.

Basées sur les statistiques nationales du Bélarus en matière de cancers, les nouvelles données contenues dans le rapport (1) prévoient environ 270.000 cancers supplémentaires, dont  93.000 cancers mortels (2).  Le rapport conclut également, sur base de données démographiques, que 200.000 décès additionnels dus à la catastrophe ont déjà été constatés ces quinze dernières années en Russie, au Bélarus et en Ukraine (3).

Le rapport examine également les impacts sanitaires continus de Tchernobyl et conclut que les radiations ont eu d'innombrables effets dévastateurs sur les survivants, dont des atteintes aux systèmes immunitaires et endocriniens; un vieillissement accéléré; une augmentation des déformations chez les foetus et enfants; des aberrations au niveau des chromosomes, ainsi que des maladies cardio-vasculaires, sanguines et psychologiques.  

Si des incertitudes demeurent quant à l'ampleur exacte de Tchernobyl, de solides preuves démontrent l'importance de l'impact de l'accident sur la santé de millions de personnes, largement réparties dans le monde. Outre l'impact direct des radiations sur la santé des habitants de l'Ukraine, du Bélarus et de la Russie, on y déplore également de graves perturbations sociales et économiques, notamment liées à l'augmentation du coût des soins de santé; à la perte de terres agricoles; au déplacement forcé d'environ 300.000 personnes. La catastrophe a par ailleurs été suivie par un affaiblissement de la force de travail et une crise économique.

L'ensemble de ces conclusions contrastent fortement avec les affirmations de l'AIEA (4). L'AIEA tente de minimiser le coût humain de la catastrophe en avançant le chiffre de 4.000 cancers mortels, sans spécifier qu'il renvoie à un groupe restreint de personnes. Ce chiffre se réfère en réalité aux 600.000 'liquidateurs' et aux personnes déplacées suite à l'accident. Or, plusieurs centaines de millions de personnes de par le monde ont été touchées par les retombées radioactives.

L'AIEA a aussi omis de se pencher sur les impacts non liés aux cancers et a tenté d'expliquer ceux-ci par une 'radiophobie' généralisée, alors qu'il est médicalement prouvé que l'exposition à des radiations (par exemple via la thyroïde) peut avoir des effets psychologiques directs.

«  Il est regrettable que l'impact du plus grave accident nucléaire soit ainsi minimisé par l'AIEA, souligne Ivan Blokov, du bureau russe de Greenpeace. Un tel déni des implications réelles est non seulement insultant pour les milliers de victimes, mais remet également en question le mandat de l'AIEA.  Comment, en effet, peut-elle prétendre au rôle de gendarme mondial du nucléaire, si elle ne peut même pas admettre qu'il  a anéanti autant de vies? »

Un Tchernobyl en Belgique ?

Peu avant la catastrophe, la centrale de Tchernobyl avait été estimée comme 'sûre' par les instances internationales en la matière. L'impossible a donc eu lieu...  Il est dès lors opportun de se demander quels risques nous courons en Belgique.

Si le type de réacteurs présents à Tchernobyl n'est pas le même que ceux qui équipent les centrales de Tihange et de Doel, ces derniers ne sont cependant pas exempts de dangers.  Des problèmes de fissures dans les pénétrations de la cuve du réacteur sous pression ont ainsi été identifiés dans des réacteurs du même type en France, Suède, Suisse et aux Etats-Unis (5).

Le vieillissement des réacteurs, construits pour fonctionner trente ans, provoque également l'affaiblissement graduel des matériaux, avec comme conséquence une fragilisation qui pourrait provoquer des ruptures catastrophiques. On constate déjà un accroissement du nombre d'incidents dans les centrales belges, par exemple des petites fuites, des fissures ou des courts-circuits, comme le révèlent des rapports de l'organisme de contrôle indépendant (AVN). Ce dernier souligne également la diminution, ces dernières années, de la culture de la sécurité dans nos centrales.  

« Vingt ans après Tchernobyl, il est temps de tourner la page du nucléaire et de construire une autre politique énergétique, estime Jean-François Fauconnier, responsable du dossier 'énergie' pour Greenpeace en Belgique.  Il est ainsi possible d'opérer, avant le déclin marqué de tous les combustibles fossiles et de l'uranium, une véritable transition vers un système énergétique basé sur l'utilisation efficace des différentes sources d'énergies propres, locales et renouvelables. »

Notes:

1) Cliquez ici pour consulter le rapport 'The Chernobyl Catastrophe - Consequences on Human Health'

2) Joint Institute of Power and Nuclear Research, Académie nationale des Sciences du Bélarus, Dr.Michail V.Malko, chercheur principal.

3) Centre of the Independent Environment Assessment, Académie des sciences de Russie, Dr. Veniamin Khudoley (et al.).

4) Communiqué de presse du 5 septembre 2005.

5) L'exemple le plus préoccupant en date est celui du réacteur David Besse, aux Etats-Unis. Malgré les contrôles réguliers, des fissures n'y ont été découvertes qu'après une dizaine d'années, et on a frôlé l'accident grave.