Belgique, porte d’entrée paradisiaque pour le bois illégal

Communiqué de presse - 15 janvier, 2015
Le SPF Santé publique a décidé d’autoriser la mise sur le marché de bois amazonien fourni par une scierie brésilienne impliquée dans le blanchiment de bois illégal. Six containers étaient, jusque-là, bloqués au port d’Anvers. Une décision surprenante que le SPF justifie au travers de documents qui n’attestent nullement de la légalité du bois. Greenpeace a déjà saisi la justice et pointe à nouveau le manque de volonté de notre pays au moment de strictement appliquer la législation européenne.

Le bois originaire de scieries impliquées dans l’exploitation forestière illégale peut être mis sur le marché européen sans la moindre sanction. C’est en tout cas le message que fait passer le SPF Santé publique, lui qui a décidé hier d’autoriser la commercialisation de containers de bois amazonien de la scierie brésilienne Rainbow Trading. Du bois commandé pour les entreprises belges Vandecasteele et Lemahieu et qui était bloqué au port d’Anvers depuis le mois d’octobre 2014. Pour Greenpeace, le constat est clair : par cette décision absurde, notre pays fait une nouvelle fois preuve d’un criant manque de volonté pour strictement appliquer le Règlement Bois de l’Union européenne [1].

« Ce n’est pas la première fois, depuis l’entrée en vigueur du Règlement Bois de l’Union européenne, que notre pays épargne des importateurs qui s’approvisionnent auprès de fournisseurs criminels. La Belgique préfère visiblement rester une porte d’entrée paradisiaque pour le bois illégal », commente Jonas Hulsens, responsable de campagne forêts pour Greenpeace Belgique [2].

A travers une enquête récemment menée au Brésil, Greenpeace a pourtant prouvé que des scieries brésiliennes, dont Rainbow Trading, étaient impliquées dans l’exploitation forestière illégale. Ce qui a d’ailleurs été ensuite confirmé par les autorités brésiliennes, celles-ci infligeant quatre amendes à Rainbow Trading : deux pour la vente de centaines de mètres cubes de bois illégal, une pour blanchiment de bois illégal et, enfin, une pour transmission de fausse information au registre officiel [3]. Autant de faits concrets qui devraient inciter la Belgique à refuser toute mise sur le marché de bois originaire de cette scierie brésilienne.

La fédération belge des importateurs de bois l’a compris, puisque ses membres ont récemment décidé de ne plus traiter avec Rainbow Trading. « Rainbow Trading n’est toutefois que la face visible de l’iceberg », prévient Jonas Hulsens. « Le taux d’abattage illégal en Amazonie brésilienne est extrêmement élevé et le blanchiment de bois illégal y est monnaie courante. Des papiers officiels attestant de la légalité du bois ne suffisent donc pas. Tant que le système de contrôle de l’exploitation forestière ne sera pas profondément réformé au Brésil, des mesures telles que celles prises vis-à-vis de Rainbow Trading s’imposent pour plusieurs autres fournisseurs de cette région. »

Greenpeace, qui a saisi la justice dans cette affaire, rappelle aux importateurs leurs obligations dans le cadre de la loi européenne : ceux-ci doivent appliquer la diligence raisonnée et prendre des mesures afin d’éviter tout risque de commercialiser du bois illégal. Ce qu’ils n’ont visiblement pas fait dans le cas du bois amazonien libéré hier par le SPF. Sans quoi, ils auraient déjà coupé tout lien commercial avec Rainbow Trading. Et les autorités belges ? En ne sanctionnant pas les importateurs visés comme stipulé par le RBUE, elle a une fois de plus renoncé à son devoir : la stricte application de la loi européenne.

Notes :

[1] Ce règlement interdit la mise sur le marché de bois illégal et oblige celui qui met du bois ou des produits dérivés sur le marché à faire preuve de diligence raisonnée. Ce qui implique : récolter des informations, faire une évaluation des risques et prendre des mesures pour atténuer ces risques.

[2] Greenpeace a tracé le trajet de cargaisons de bois illégal vers Europe (via la Belgique) à plusieurs reprises. Voir ici.

[3] Copie des amendes disponibles chez Greenpeace.

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