Commerce de bois illégal : la Belgique ne fait rien…

Communiqué de presse - 9 septembre, 2015
Du bois tropical suspect continue de tracer sa route en Belgique. Telle est la conclusion d’une récente enquête de Greenpeace au Cameroun. A une dizaine de jours d’une table ronde sur le commerce de bois illégal, l’organisation environnementale rappelle aux autorités belges que l’application du Règlement Bois de l’Union européenne demeure insuffisante chez nous.

Mais qu’attend la Belgique pour prendre les mesures qui s’imposent ? Plusieurs enquêtes de Greenpeace en Amazonie brésilienne et en République Démocratique du Congo l’ont révélé par le passé : notre pays reste trop laxiste au moment d’appliquer le Règlement Bois de l’Union européenne. Ce dernier a beau interdire la mise sur le marché de bois illégal, du bois tropical à haut risque d’illégalité passe toujours entre les mailles du filet belge, avant d’atterrir chez des importateurs de notre pays.

Cinq entreprises belges impliquées

Récemment, Greenpeace a procédé à de nouvelles recherches, cette fois au Cameroun. Avec, de nouveau, un rapport accablant : en 2015, au moins cinq entreprises belges ont été impliquées dans le commerce de bois camerounais provenant de la compagnie CCT : Callens, Decolvenaere NV, Firma CRAS NV, Thys Hout et Vandecasteele Houtimport.

Or, CTT s’approvisionne auprès d’entreprises mêlées à l’exploitation forestière illégale. Pour Greenpeace, le risque d’illégalité pesant sur ce bois africain est dès lors trop grand. Car au Cameroun, l’exploitation forestière illégale et la corruption font rage, alors que les systèmes de contrôle, eux, présentent de nombreuses faiblesses [1].

"Ce n’est pas la première fois que Greenpeace tire la sonnette d’alarme", dit Sébastien Snoeck, responsable de campagne forêts pour Greenpeace Belgique. "Le SPF Environnement et la ministre Marghem doivent faire leur boulot. Le bois de CCT considéré comme étant à haut risque doit être saisi le temps de l’investigation et le Règlement Bois de l’Union européenne appliqué par les opérateurs du secteur. Les entreprises importatrices ont le devoir de mettre fin à leur contrat avec CCT jusqu’à ce que la légalité de l’exploitation soit prouvée. S’il s’avère qu’elles n’ont pas correctement évalué et atténué les risques d’illégalité avant de mettre du bois sur le marché, elles doivent être sanctionnées."

Table ronde : des mesures concrètes attendues

Rappelons que depuis l’entrée en vigueur du Règlement Bois de l’Union européenne en mars 2013, l’importation de bois illégal est interdite. Les entreprises sont contraintes de prendre des mesures pour ne pas risquer de commercialiser du bois illégal tandis que l’autorité compétente (SPF Environnement) a le devoir de strictement appliquer la législation. En un peu plus de deux ans, Greenpeace a demandé qu’elle soit concrètement exécutée pour 14 entreprises, parfois à plusieurs reprises dans le cas de certains importateurs. Des plaintes officielles ont aussi été déposées auprès de la police et du Ministère public. Pour combien d’entreprises belges sanctionnées jusqu’à présent ? Aucune !

Mis à part quelques déclarations, aucune mesure concrète n’a pour l’instant été prise par la Ministre Marghem. Greenpeace attend des autorités belges qu’elles prennent enfin le problème au sérieux et qu’elles annoncent des mesures concrètes à l’occasion de la table ronde sur le bois illégal, organisée le 21 septembre prochain par le Cabinet Marghem.

Note :
[1] Le think tank britannique "the Chatam House" annonçait dans un rapport cette année que la lutte contre l’exploitation forestière illégale n’avait pas évolué dans le bon sens au Cameroun, en raison d’un manque de volonté politique et de corruption touchant le secteur forestier.

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