Contamination radioactive en Irak

Après avoir effectué des mesures autour d'une centrale nucléaire, Greenpeace confronte les forces d'occupation avec la réalité

Communiqué de presse - 24 juin, 2003
Bagdad, le 24 juin 2003: Ce matin, des militants de Greenpeace ont rapporté aux forces d'occupation de l'Irak des matières radioactives collectées à proximité du complexe nucléaire de Tuwaitha. Ils ont profité de cette "livraison" pour demander la décontamination urgente des villages proches des installations, situées au sud de Bagdad, qui sont victimes d'une pollution radioactive.

Action de Greenpeace dans le cadre de la guerre en Irak

Un convoi de véhicules, arborant des banderoles de Greenpeace portant l'inscription 'Al Tuwaitha - Catastrophe nucléaire - Agissez sans attendre !' et précédé d'un militant portant un drapeau blanc, est allé à la rencontre des militaires états-uniens en faction à l'intérieur de la centrale nucléaire pour leur remettre un canister contenant de l'oxyde d'uranium (aussi appelée yellow cake). Ce canister, gros comme une petite voiture et contenant une quantité notable de matière radioactive, gisait sur un terrain très fréquenté, à proximité de la centrale. Bien que les militaires aient été au courant de sa présence, de nombreux témoignages recueillis auprès de la population locale concordent pour affirmer qu'il est resté ouvert, sans surveillance, pendant une bonne vingtaine de jours.

"Si la même chose se produisait en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou dans n'importe quel autre pays, les villages autour de Tuwaitha grouilleraient d'experts en radiologie et d'équipes de décontamination. La région serait considérée comme une zone nucléaire sinistrée et la population bénéficierait de secours médicaux d'urgence. Ici en Irak, ce n'est pas le cas et c'est parfaitement scandaleux. Quelque chose doit être fait immédiatement pour remédier à la situation", déclare Mike Townsley, spécialiste des questions nucléaires de Greenpeace International, présent en Irak.

Les experts en radiologie de Greenpeace ont retrouvé du 'yellow cake ' et localisé plusieurs sources radioactives dispersés dans la localité. Les autochtones, quant à eux, ignorent le danger que cela représente. En une semaine d'étude sur le terrain, Greenpeace a mesuré les taux de radioactivité dans plusieurs habitations. A un endroit, les radiations étaient jusqu'à 10 000 fois supérieures à la normale. Une radioactivité 3 000 fois supérieure à la normale a été mesurée à l'extérieur d'une école primaire accueillant 900 enfants. Des habitants ont encore chez eux des fûts et des couvercles radioactifs. De nombreux récits circulent qui indiquent des problèmes de santé inhabituels survenus après être entré en contact avec des matériaux provenant de la centrale de Tuwaitha. Plusieurs objets portant le sigle 'nucléaire' gisent encore à plusieurs endroits de la localité.

L'enquête effectuée et l'action menée ce matin (24 juin 2003) face aux troupes lourdement armées de l'armée états-unienne illustrent l'incapacité des troupes d'occupation à effectuer rapidement et correctement une estimation du matériel nucléaire manquant dans la centrale irakienne, à le confiner et à décontaminer le secteur (1).

Jusqu'à présent, les forces d'occupation ont interdit aux experts des Nations unies, travaillant à l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique), de mener leur propre enquête et d'entamer la décontamination de l'Irak. Les autorités états-uniennes à Bagdad insistent pour continuer de se charger de la protection la santé humaine tout en niant de manière récurrente les risques encourus par les autochtones (2). Qui plus est, ces deux derniers jours, l'Agence internationale de l'énergie atomique a indiqué que la plus grande partie des matières (l'uranium) a été localisée. (3)

"Depuis une semaine que nous sommes sur les lieux, nous avons pu mesurer des taux de radioactivité effrayants", indique Mike Townsley. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) doit être autorisée à revenir en Irak avec un mandat complet de contrôle et de décontamination. L'Agence peut affirmer qu'elle a localisé l'uranium

mais qu'en est-il du reste des matières radioactives ? "Il faudrait que les inspecteurs soient autorisés à sortir du giron des forces d'occupation pour pouvoir travailler correctement", précise encore Mike Townsley.

 

Notes: Deux membres de la mission de Greenpeace tiennent un carnet de bord sur Internet qui peut être consulté à l'adresse suivante : http://weblog.greenpeace.org/iraq(1) La centrale de Tuwaitha, au sud de Bagdad, laissée sans surveillance par les forces d'occupation après la chute de Saddam Hussein, a été lourdement pillée. Les oléoducs tout comme le ministère du pétrole ont par contre été immédiatement sécurisés. Quelques jours après le cessez-le-feu, des représentants du British Museum étaient sur place pour retrouver des pièces archéologiques volées. C'était près de deux mois avant que les experts de l'AIEA se voient enfin autorisés à revenir en Irak.(2) Washington Post du 6 juin 2003 : Les militaires états-uniens ont effectué une première mesure des radiations dans les villages, et une étude sanitaire va commencer dans les prochains jours. "Il n'y a aucunrisque sanitaire pour la population ou pour les soldats gardant le site", a déclaré Mickey Freeland, membre de l'équipe états-unienne chargée de retrouver les armes de destruction massive irakiennes.(3) Mohamed ElBaradei, directeur de l'AIEA, s'exprimant depuis la Jordanie le 22 juin dernier (Reuters).(4) Aucune des matières stockées à Tawaitah ne peut servir à fabriquer des armes nucléaires conventionnelles, ce type de composants ayant été retirés par l'AIEA à l'issue de la première guerre du Golfe.