Couvrir les risques du nucléaire : on n'y a pas pensé, sorry !

Communiqué de presse - 23 juin, 2009
Un ensemble de cartes simulant – sur base de données météorologiques réelles – le nuage radioactif qui s’échapperait de Tihange (Huy) ou de Doel (Anvers) en cas d’accident nucléaire grave a été développé par l'Université de Vienne. Selon la direction des vents, un territoire aussi grand que la Belgique pourrait être déclaré inhabitable pendant plusieurs décennies. Or, la couverture d'Electrabel pour le risque nucléaire est plafonnée à 300 millions d'euros. Greenpeace propose de récupérer auprès de l'électricien les montants dus pour la non-couverture de ses centrales nucléaires. Une adaptation de la législation a été rédigée en ce sens après consultation de divers juristes.

Prolonger la durée de vie des centrales nucléaires (pour certains réacteurs, plus de dix ans en plus des trente années initialement prévues) augmente le paramètre « risques ». Electrabel bénéficie cependant d'une couverture minimale 1) pour ses centrales de Tihange et de Doel: moins d'un millième du risque est assuré. 2).

« En imposant à Electrabel une couverture réaliste pour les risques que ses centrales représentent pour la population belge, le débat sur la sortie du nucléaire s'oriente différemment, commente Jan Vande Putte de la campagne Climat/énergie. Le nucléaire n'est pas assurable et en sortir le plus rapidement possible est l'option la plus raisonnable. Parallèlement, les Belges sont demandeurs d'une évolution vers les renouvelables. 3) »

Cartographie du risque

Greenpeace a fait appel à l'Institut météorologique de l'Université de Vienne pour estimer l'ampleur de la contamination radioactive (césium-137) qui suivrait un accident nucléaire à Tihange ou à Doel. 4) La dispersion du nuage potentiel y est simulée ainsi que l'impact de celui (exprimé suivant une gamme de couleurs). Il ressort de cette simulation que :

-selon la direction des vents, la dispersion se ferait à l'intérieur et hors des frontières belges;

-en Europe, des zones d'une superficie équivalente à la Belgique pourraient être déclarées inhabitables pour plusieurs décennies (couleur 'rose' utilisée sur les cartes);

-les Pays-Bas et l'Allemagne sont particulièrement concernés par cette dispersion. La dispersion s'observerait jusqu'en Hongrie;

-en Belgique, les villes de Liège et de Namur seront particulièrement exposées en cas d'accident grave à Tihange, mais Bruxelles et Anvers pourraient aussi être déclarées inhabitables; outre Anvers, un accident grave à Doel pourrait se solder par l'évacuation de Gand, Namur, Liège et Bruxelles.

Pour informer la population de cette situation, des bénévoles de Greenpeace ont distribué 80.000 lettres rédigées sous une forme ludique et visant à dénoncer la nonchalance d'Electrabel en matière d'assurance.

Responsabilité industrielle d'Electrabel

En se basant sur des estimations réalisées dans d'autres pays (e.a. France et Allemagne), on peut déduire qu'avec la densité et le taux d'industrialisation de la Belgique, l'impact économique du risque nucléaire est énorme. Il est également acquis que si le coût d'une couverture tenant compte de ce facteur économique était intégré au prix de l'électricité, le nucléaire ne serait financièrement plus concurrentiel. En Belgique, la responsabilité de l'exploitant a été historiquement limitée 5), ce qui équivaut à une subsidiation indirecte du nucléaire et renvoie à un marché de l'électricité régulé et incompatible avec un marché libéralisé.

Pour amender cette situation, Greenpeace a interrogé divers juristes et défini une proposition de texte de loi qui devrait permettre de répondre aux déséquilibres dénoncés en matière de responsabilité industrielle via un système de « taxe sur les risques nucléaires » destinée à alimenter le fonds Kyoto. Ce fonds pourrait servir à investir dans les renouvelables et l'efficacité énergétique.

Sortie du nucléaire

Le récent sondage réalisé pour Greenpeace par Ipsos démontre que les Belges sont prêts à plébisciter les énergies renouvelables. Le gestionnaire du réseau Elia a, par ailleurs, recensé « des prévisions d'évolution des capacités de production » qui permettent d'envisager sérieusement la première phase de la sortie du nucléaire 6). Ce qui vient confirmer les estimations réalisées ces dernières années par Greenpeace dans différents scénarios énergétiques. La publication des cartes de contamination au césium-137 et la proposition de « taxe sur les risques nucléaires » doivent inciter nos décideurs politiques à sortir du flou sciemment entretenu autour de la sortie du nucléaire. Le risque est trop important pour s'en tirer avec un « sorry, on n'y a pas pensé »...