Jeux d'ombres politiques à propos des transports militaires

La vraie nature des accords bilatéraux entre la Belgique et les États-Unis. Document : le texte des accords de 1971...

Communiqué de presse - 29 mars, 2003
Ces dernières semaines, on a assisté à des jeux d'ombres chinoises autour des accords bilatéraux passés entre notre pays et les États-Unis, accords gardés secrets. Selon notre Premier Ministre, c'est sans broncher que nous devons accepter le transit de matériel militaire en route vers une guerre illégale, qu'il faut nous rendre complices de crimes de guerre.

Tout cela parce qu'un Pierre Harmel a apposé, par un beau jour de l'été 1971, le 16 juillet pour être précis, sa signature au bas d'un accord secret avec les États-Unis. Les parlementaires éveillés qui voudraient en vérifier le contenu sont renvoyés vers les coffres du ministre Michel. Il faut savoir (car nous en savons tout de même quelque chose) que ces accords secrets contiennent également des plans militaires (plus secrets encore) pour défendre l'Allemagne des troupes soviétiques. Il est parfaitement irresponsable d'en toucher un mot à des parlementaires tout aussi irresponsables... L'ennemi intérieur rôde...

Quelques recherches historiques nous ont permis de récolter les informations suivantes. Un certain Mark Eyskens, à l'époque à la tête des Affaires étrangères, répondait de la manière suivante à une question parlementaire : {} des accords techniques pour le temps de crise ont été conclus avec les Etats-Unis d'Amérique afin de faciliter le passage et le séjour en Belgique de ces forces. Ces accords préservent les droits souverains que notre pays exerce sur son territoire. A propos des activités de l'aéroport d'Ostende, le ministre de la Défense de l'époque, Guy Coëme, précisait encore : Une autorisation diplomatique est donnée pour les transits techniques en vue du ravitaillement des appareils de l'aviation civile américaine avec lesquels les troupes sont acheminées dans le cadre de la Guerre du Golfe. (traduction libre).

Aujourd'hui, le même Eyskens tente de nous faire croire qu'il s'agit d'obligations contractées dans le cadre de l'OTAN auxquelles nous ne pouvons nous soustraire. Évoquant l'aéroport d'Ostende, le Premier Ministre déclare que des armes transportées dans des avions civils ne constituent pas des transports militaires et ne nécessitent donc pas d'autorisation spécifique. Quelqu'un pourrait-il nous expliquer ce qui a changé entre la première et la seconde version de la Guerre du Golfe ? Mark Eyskens semble aussi avoir oublié que l'article 7 du Traité de l'Atlantique Nord précise que :

Le présent Traité n'affecte pas et ne sera pas interprété comme affectant en aucune façon les droits et obligations découlant de la Charte pour les parties qui sont membres des Nations Unies ou la responsabilité primordiale du Conseil de Sécurité dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

A l'approche des élections, certains ministres semblent avoir perdu le Nord ou plutôt l'Est. Les accords ont été explicitement rédigés pour régler le transport des troupes vers l'Allemagne, dans le cadre du 'Rapid Reinforcement Plan'. Et qu'observe-t-on actuellement ? Les tanks américains arrivent par l'autre côté et ne serviront pas à nous protéger des Soviets. Nous aurions pu tomber en 1981, sur un accord similaire passé entre l'Allemagne et les États-Unis et concernant le 'Host Nation Support during Crisis or War'.

L'article 1 précise de quoi il s'agit : 'le renforcement de la présence militaire en Allemagne'.

Il n'y a rien de plus simple que de continuer à utiliser par habitude les accords signés du temps de la guerre froide... Le gouvernement des Pays-Bas a déclaré en 1990 que le 'Host Nation Support' était utilisé pour le transport de matériel américain vers le Golfe via Rotterdam car 'cela servait à bâtir de l'expérience en matière de navigation à grande échelle'.

Les changements survenus en matière de géopolitique ne sont pas passés inaperçus pour les Américains et les Belges. Un nouvel accord a été conclu en 1994. Un document confidentiel de 1996, 'Défense militaire du territoire', nous a permis d'en approcher le contenu. C'est ailleurs que l'on cherche l'ennemi potentiel pour la défense de transports militaires. On parle "d'incidents déclenchés par les groupes de pression, les manifestants..." ayant l'intention "d'influencer par le biais de l'opinion publique des décisions politiques". Les communautés étrangères constituent maintenant un ennemi potentiel important.

Pas d'étonnement donc quand, après les actions menées à Anvers par Greenpeace et le Forum voor Vredesactie, est soudain tombée du ciel une 'directive contraignante' du ministre Antoine Duquesne faisant état de mesures répressives encore jamais vues à ce jour. Ceci s'inscrit dans le cadre particulier auquel le Premier Ministre Martens faisait déjà référence en 1989. Ces mesures ont été dictées par le CPND (Commission pour les problèmes nationaux de défense - intégrée au centre de crise - ministère de l'Intérieur) fantôme qui est à présent opérationnel dans le cadre du centre de crise.

Nous observons que les accords datant de la Guerre froide ont fait leur temps.

Deux familles politiques au moins (les Verts et la famille socialiste) se sont formellement engagées à revoir ces accords pour le moins obscurs. Ceci n'est pas suffisant. C'est dès aujourd'hui qu'il faut entreprendre leur révision. Attendre la dissolution du Parlement, serait faire preuve d'hypocrisie politique. Entre-temps, les nouveaux transports restent en contradiction avec la Charte des Nations unies et même avec le Traité de l'OTAN. Il n'est donc pas possible de les autoriser.

Jan Vande Putte, Greenpeace

Hans Lammerant, Forum voor Vredesactie

 

Document:

* Accord Belgique - USA de 1971 (en néerlandais & anglais) : Toelichting bij het bilateraal akkoord tussen de VS en België over militaire transporten door ons land. In bijlage de volledige tekst van het akkoord van 1971.