L'enjeu caché des OGM

Une guerre contre la biosécurité et le Sud

Communiqué de presse - 24 juin, 2003
Sacramento, le 24 juin 2003 - Aujourd'hui, l'organisation écologiste internationale Greenpeace a publié un rapport accusant le gouvernement des Etats-Unis de se servir de l'OMC comme arme pour forcer les pays en développement à accepter les cultures et aliments transgéniques. Selon Greenpeace, les Etats-Unis mènent "une guerre mondiale contre la biosécurité et le Sud" pour servir les intérêts d'une industrie des biotechnologie de plus en plus mal en point.

Manifestation de Greenpeace dans le cadre des négociations internationales sur le Protocole de Biosécurité.

Les attaques incessantes des Etats-Unis contre la réglementation des OGM s'inscrivent dans le cadre d'une offensive pour imposer normes laxistes au reste du monde. Leur objectif ultime est de permettre aux multinationales de prendre le contrôle de la chaîne alimentaire mondiale, du champ jusqu'à nos assiettes, ce qui constitue une menace pour l'environnement, la biodiversité et la sécurité alimentaire, a déclaré Wendel Trio de Greenpeace Belgique.

Son rapport indique que le gouvernement des Etats-Unis a porté plainte le 13 mai dernier contre le moratoire de fait de l'Union européenne sur toute nouvelle autorisation d'organisme génétiquement modifié (OGM), sa véritable intention était d'empêcher et d'amoindrir les restrictions touchant les OGM dans l'UE comme dans le reste du monde. Ceci est renforcé par le fait que le gouvernement des Etats-Unis a réussi à forcer des pays en développement comme le Sri Lanka, la Bolivie, la Corée du Sud ou la Thaïlande à alléger ou abandonner leurs restrictions sur les OGM simplement en les menaçant de possibles démarches auprès de l'OMC.

L'OMC ne devrait pas se mêler de la régulation des OGM. Avec l'entrée en vigueur du Protocole de Carthagène sur la biosécurité en septembre, les pays Parties à ce traité des Nations unies vont enfin avoir un outil pour se défendre contre les attaques des Etats-Unis contre l'environnement, les agriculteurs et les consommateurs, a déclaré Dan Hingsaul de Greenpeace International.

Même s'ils ne sont pas Partie à la Convention sur la diversité biologique sous les auspices de laquelle le Protocole de biosécurité a été adopté, les Etats-Unis ont réussi à bloquer ses négociations pendant huit ans. Le moment choisi par les Etats-Unis pour porter plainte à l'OMC contre le moratoire européen l'a de toute évidence été pour devancer la ratification finale du Protocole, qui a eu lieu quand Palau a été le 50ème pays à le ratifier le 13 juin dernier.

Les Etats-Unis sont un Etat voyou quand il s'agit de biosécurité. Ils cherchent activement à briser le consensus mondial sur l'usage du principe de précaution pour réglementer les OGM. Les deux tiers des pays qui ont ratifié le Protocole de biosécurité sont des pays en développement. Ils voient de mieux en mieux ce qui se cache derrière les promesses mensongères des Etats-Unis et de l'industrie des biotechnologies selon lesquelles les OGM vont sauver le monde de la famine. Le fait est que nulle part dans le monde les cultures transgéniques n'aident les paysans pauvres du Sud à éviter la famine. Seule l'industrie des biotechnologies tirerait bénéfice de la levée ou de la réduction des restrictions sur les OGM, a déclaré Dan Hingsaul de Greenpeace International..

Avec la cinquième conférence ministérielle de l'OMC au Mexique, ainsi que l'entrée en vigueur du Protocole de biosécurité, c'est le moment parfait pour que les gouvernements du Sud expriment clairement leur refus de la menace des cultures transgéniques. La contamination de maïs mexicain par du maïs transgénique états-unien a été le premier cas de contamination dans un centre de diversité. Il s'agit là précisément des effets défavorables des OGM sur la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique que le Protocole doit permettre d'éviter. Le cas de la contamination par du maïs transgénique au Mexique doit être considéré comme la preuve éclatante que la biosécurité doit prendre le pas sur les règles du libre échange. Il pourrait s'agir là de la bataille décisive dans la résistance à la guerre des Etats-Unis contre les agriculteurs, les consommateurs et l'environnement.

Document :

* The US war on biosafety : Renewed agression by a rogue state. On May 13, 2003 the US government filed a formal complaint in the World Trade Organization (WTO) against the European Union's de facto moratorium on genetically modified organisms (GMOs). The WTO challenge was launched despite the fact that the moratorium was due to be lifted within months, indicating that US aggressiveness over GMOs is aimed at the comprehensive labeling and traceability legislation that is expected to replace the moratorium. Even more significant is the US attempt to link the EU's GMO restrictions to growing resistance among developing countries to genetically engineered (GE) crop.

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