L'Europe met de l'ordre dans la législation sur la chimie. Les responsables politiques belges doivent profiter de cette réforme pour obtenir des avancées

Récolte de poussières contenant des substances potentiellement toxiques

Communiqué de presse - 21 octobre, 2003
Greenpeace passera dans les prochaines semaines l'aspirateur chez de nombreuses personnalités politiques belges et européennes. Cette action s'inscrit dans le cadre de la réforme de la législation chimique entreprise par l'Union européenne et vise à recueillir des données relatives aux substances toxiques présentes dans les poussières accumulées dans les intérieurs européens. L'état actuel des connaissances est tel que toute information sur l'omniprésence de substances préoccupantes dans notre environnement peut s'avérer utile pour prendre la mesure d'un problème lourd de conséquences pour la santé et les deniers publics. Une récolte de poussières contenant des substances potentiellement toxiques se fera également dans 50 foyers belges. Les données collectées dans différents pays européens, dont la France et l'Espagne, seront prochainement disponibles.

Greenpeace passe l'aspirateur chez Didier Gosuin, ministre de l'Environnement de la région Bruxelles capitale.

Pour Greenpeace, les politiques amenés à se prononcer sur ce projet de loi ont le pouvoir de nous éviter bien des déboires notamment en matière de santé publique. «Si l'on peut se féliciter de la décision prise par l'Union européenne de réformer la législation, de nombreux signaux nous invitent à la vigilance quant à la portée effective de cette nouvelle législation, commente Fawaz Al Bitar, responsable de la campagne 'Substances toxiques' de Greenpeace. Il est crucial que ceux qui auront à se pencher sur le projet de loi réalisent l'ampleur de la crise à laquelle nous faisons face.»

Le projet REACH (Registration, Evaluation, and Authorisation of Chemicals)(1) menace en effet d'être édulcoré dans les mois qui suivent lors du périple législatif qu'il doit encore parcourir. « L'industrie chimique doit prendre ses responsabilités et accepter entre autres la contrainte d'informer le public sur les propriétés des molécules utilisées et celle de produire des substances alternatives moins toxiques, poursuit Fawaz Al Bitar. Pour les politiques, il ne serait pas acceptable de continuer à faire passer les intérêts d'un secteur industriel face à ceux de toute la collectivité. Or, à l'heure actuelle, c'est un scénario que nous ne pouvons pas exclure.»

L'action entreprise ce mardi 21 octobre - et poursuivie jusqu'au 7 novembre prochain - vise dès lors à sensibiliser les politiques à l'importance du processus législatif en cours. «Comment mieux sensibiliser un homme politique à la nécessité d'agir qu'en lui apportant la preuve matérielle de l'urgence d'une réforme législative? interroge Fawaz Al Bitar. Des analyses, réalisées par Greenpeace en Grande-Bretagne, nous permettent déjà d'affirmer que des substances bioaccumulables et peu biodégradables (2) se trouvent dans notre environnement immédiat. L'industrie doit se ranger à cette évidence et voir dans le changement législatif qui se prépare l'occasion d'intensifier ses recherches sur des substances alternatives plus respectueuses de l'environnement et de la santé humaine. »

Différentes sources (3) chiffrent à plusieurs milliards d'euros l'impact de la dispersion de ces substances chimiques dans notre environnement immédiat. « Si on compare ces chiffres au coût estimé du système REACH pour l'industrie, on ne peut qu'espérer la mise en place rapide d'une législation forte, conclut Fawaz Al Bitar. »

Les poussières récoltées tant dans les bureaux utilisés par les politiques (belges et parlementaires européens) que dans des foyers belges seront analysées par un laboratoire indépendant (TNO/Pays-Bas). Les résultats des analyses 'belges' complèteront les résultats obtenus dans d'autres pays de l'Union européenne. Les analyses porteront sur les alkylphénols, les retardateurs de flamme bromés, les composés organoétains, les esters de phtalates et les paraffines chlorées à chaîne courte. Ces substances potentiellement toxiques proviennent de biens de consommation courants (textiles, détergents, électroménagers…) et peuvent avoir une action négative sur notre santé (allergies, perturbations hormonales, cancers…)

Effectivement, deux études réalisées pour Greenpeace et publiées hier (20 octobre 2003) tirent la sonnette d'alarme (4 et 5). Il apparaît, d'une part, que les substances pré-citées se retrouvent dans une large gamme de biens de consommation incluant les pyjamas pour enfants, des jouets en plastic, des biberons ainsi que des parfums et des peintures. D'autre part, il semble que les enfants soient particulièrement affectés par la nocivité de ces substances, l'absorption, le métabolisme et l'excrétion des substances étant différents chez les jeunes enfants.

Informations pratiques

La campagne «J'aspire à un intérieur non toxique » démarre ce mardi 21 octobre 2003 chez M. Ludo Sannen, ministre de l'Environnement pour la Flandre.

Le rendez-vous est fixé à 13 heures, bvd E. Jacqmain 20 (7ème étage). Elle se poursuivra entre autres mercredi 22 octobre à 11h15 chez M. Didier Gosuin, ministre de l'Environnement pour la Région bruxelloise et à 14 heures chez M. Serge Kubla, ministre wallon de l'Economie.

Le planning des séances d'aspiration (21 octobre-7 novembre) pour la Belgique et le Parlement européen est disponible auprès du service de presse.

Notes: 1) Il s'agit d'un système législatif prévoyant l'enregistrement des substances chimiques ainsi que l'évaluation des risques liés à leur utilisation avant autorisation. Après une large consultation, la Commission européenne présentera probablement fin octobre une nouvelle mouture de sa proposition de loi. Cette proposition doit être examinée par le Parlement européen et le Conseil européen. La fin du parcours législatif n'est pas attendue avant 2005.2) Ces substances ont la propriété de ne pas se dégrader spontanément et de s'accumuler dans l'environnement et les tissus notamment adipeux.Une étude récente menée par le WWF et intitulée « The Social Cost of Chemicals - the Costs and Benefits of Future Chemicals Policy in Europe » évalue à 283 millards d'euros l'économie que l'Europe pourrait réaliser via le système REACH en limitant l'impact de la chimie sur la santé publique. D'autres études avancent des chiffres moindres mais tout de même considérables. Une étude d'impact menée par l'UE permet d'estimer à 0,05% du chiffre d'affaires annuel de l'industrie chimique le coût industriel de REACH. Selon cette étude, l'impact serait amorti en 11 ans.3) "Hazardous Chemicals in Consumer products" (R.J.B. Peters): rapport réalisé pour Greenpeace par un laboratoire indépendant et publié le 20 octobre 2003. Disponible électroniquement via le site: http://www.greenpeace.org/international_en/press/4) "Chemical Legacy, contamination of the child" (C.N. Dorey), publié le 20 octobre 2003. Disponible électroniquement via le site: http://www.greenpeace.org.uk/childrensreport.htm

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