La Belgique enfin prête à développer un objectif de réduction de CO2 à long terme?

Greenpeace invite Verhofstadt à se prononcer

Communiqué de presse - 22 octobre, 2004
Bruxelles, le 22 octobre 2004 : suite au vote positif de la chambre basse du Parlement russe, ce jour, le protocole de Kyoto entrera prochainement en vigueur. Force est de constater que la Belgique continue à manquer d'ambition en ce qui concerne la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Un attentisme qui ne peut que se révéler contre-productif et qui viendra alourdir la facture climatique. Pour inciter le gouvernement à ne pas louper le prochain train de mesures de Kyoto (après 2012), Greenpeace invite le Premier ministre Verhofstadt à accélérer le mouvement, comme la Douma vient de le faire, et à développer d'urgence une vision à long terme en matière de réduction des GES dans notre pays.

Suite au vote de la Russie, le protocole de Kyoto est enfin sur les rails.

La lutte contre les changements climatiques prend clairement forme à l'échelon international. La chambre basse du parlement russe vient d'approuver la ratification de Kyoto, ouvrant la voie à l'entrée en vigueur du protocole (1). Aux échelons européen et international, les négociations sur le deuxième train de mesures à prendre (au-delà de 2012) sont sur le point de débuter. L'Union européenne prône une réduction 'à long terme' des émissions de gaz à effet de serre d'environ 70%. Nos voisins (Royaume-Uni, Allemagne et Pays-Bas en tête) ont déjà fait preuve de leadership en mettant leur pays sur la voie de réductions d'émissions comprises entre 40% d'ici 2020 et 60% d'ici 2050. Il est donc urgent que notre pays se dote lui aussi d'une vision à long terme en matière de réduction des GES.

Jusqu'à présent, rien ne filtre quant aux intentions de la Belgique pour la suite des mesures à prendre… En mars dernier, lors du 'super Conseil des ministres' d'Ostende, Guy Verhofstadt s'était engagé à développer - avant l'été 2004 - cette vision à long terme. Plus de six mois plus tard, la Belgique ne voit toujours rien venir…

«Les engagements actuellement pris par la Belgique sont pour le moins 'light', souligne Jean-François Fauconnier, de Greenpeace. D'autant plus que, pour éviter de donner raison aux scientifiques qui prévoient une série de modifications de notre quotidien, des réductions d'émissions de gaz à effet de serre de l'ordre de 30 à 40% d'ici 2020 et de 80% d'ici la moitié du siècle sont nécessaires dans les pays industrialisés. La Belgique est aujourd'hui toujours aussi loin du compte…» (2)

L'immobilisme se payera cash


D'autres gouvernements semblent avoir compris qu'attendre ne servira qu'à alourdir la facture. Ainsi, dans son Livre blanc sur l'Energie, le Royaume-Uni se réfère aux travaux du GIEC et stipule clairement que « si nous ne commençons pas à prendre des mesures dès maintenant, des changements plus importants, plus perturbateurs et plus coûteux seront nécessaires par la suite." (3)

Le rapport Impacts des changements climatiques en Belgique donne aux dirigeants belges quelques indications de ce que pourraient être ces surcoûts : investissements lourds pour renforcer les digues et lutter contre les inondations, crises sanitaires à répétition… (4) Le gouvernement belge a donc tout à gagner en adoptant des objectifs ambitieux pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

Lors du dernier Conseil européen, les ministres de l'Environnement ont en outre souligné la nécessité pour les entreprises de pouvoir compter, en matière de climat, sur une politique globale à long terme afin de déterminer quels investissements doivent être réalisés et quelles technologies développées, et ce d'une manière qui soit la plus efficace possible en termes de coût (5).

« Investir chichement dans la mise en œuvre de Kyoto ne peut donc qu'être financièrement contre-productif », conclut Jean-François Fauconnier.

Notes aux rédactions :


(1) Une fois que la chambre basse du Parlement russe a approuvé la ratification, celle-ci doit encore être formellement approuvée par la chambre haute du Parlement, le Conseil de la Fédération de Russie. Nonante jours après la notification de la ratification par la Russie auprès des Nations unies, le protocole de Kyoto entrera en vigueur.

(2) Les travaux du GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat, placé sous l'égide des Nations unies) montrent que, pour circonscrire les risques climatiques à certains écosystèmes et limiter l'accroissement du risque lié aux événements extrêmes, il est nécessaire de maintenir la hausse de température sous les 2ºC par rapport à l'ère préindustrielle. Il faut pour cela diviser par un facteur 3 à 4 les émissions mondiales de gaz à effet de serre d'ici la fin du siècle, et plus encore au-delà. Pour les pays industrialisés, cela implique une réduction de 80% à l'horizon 2050.

(3) 'Our energy future - creating a low carbon economy', résumé en français sur : http://www.dti.gov.uk/energy/whitepaper/wp_summ_french.pdf.

(4) Impacts des changements climatiques en Belgique, Philippe Marbaix et Jean-Pascal van Ypersele, Université catholique de Louvain, à la demande de Greenpeace, juillet 2004. Ce rapport et sa synthèse sont disponibles sur le site http://www.greenpeace.be.

(5) "The Council of the European Union […] recognises that long term decision-making by the business community requires a long-term global policy perspective to inform investment and drive technology development and diffusion, including with regard to cost-effective measures", Conclusions provisoires du Conseil des ministres européens de l'Environnement du 14 octobre 2004.