La canicule de cet été laisse froid : vive l'air chaud!

Communiqué de presse - 10 septembre, 2003
Fientje Moerman, notre Ministre fédérale de l'énergie, vient de déclarer que pour atteindre l'objectif de Kyoto, elle comptait recourir sans limites à l'achat d' «air propre» (schone lucht) à l'étranger. Les ONG environnementales ne peuvent accepter que la Belgique fuie ainsi ses responsabilités historiques de pollueur. L'effort à accomplir est-il donc si démesuré?

Par ses mots, la Ministre affiche clairement son intention de recourir sans conditions et sans limites aux mécanismes flexibles institués par le protocole de Kyoto. Cela veut dire qu'au lieu de réduire les émissions de gaz à effet de serre ici en Belgique, le gouvernement préfère acheter des crédits d'émission (très justement appelés «permis de polluer») à l'étranger, à la Russie (*) par exemple, ou encore en investissant dans des projets d'efficience énergétique dans des pays moins industrialisés.

La Belgique peut-elle se permettre de faire accomplir ses efforts par les autres?

L'article 17 du protocole prévoit que l'usage des mécanismes flexibles « vient en complément des mesures au niveau national ». La récente déclaration gouvernementale violette confirmait cette hiérarchie des priorités. Mais depuis, les lobbies industriels ont fait entendre leur opinion, le site d'Anvers en tête. Et après la canicule de l'été, fini le doute. Vive l'air chaud! La Ministre envisagerait d'agir en aval, par «la mise en oeuvre de l'assurance inondation». Vivent les inondations?

Le Premier ministre Verhofstadt avait déjà tenu pareilles intentions de «recourir de manière maximale au système de droits d'émissions négociables». A l'époque, cet «écolonialisme» avait été dénoncé par le milieu environnemental. La Ministre fédérale de l'environnement Freya Vandenbossche acceptera-t-elle une telle dérive environnementale? Le consommateur qui contribue à raison de 3eurocent/kWh au fonds Kyoto sera-t-il content d'apprendre que son argent sert à l'achat de permis de polluer?

Par ailleurs, 6 ans après la signature de Kyoto, la Belgique n'a toujours pas réussi à se partager les efforts entre secteurs et/ou régions. Un tel accord entre autorités fédérales et les régions doit, dixit la déclaration gouvernementale, aboutir avant la fin de l'année 2003. Karel De Gucht ne veut pas en entendre parler avant les élections régionales de 2004. Tant pis pour les générations futures et le climat… C'est si sympa les étés chauds! Au niveau mondial, 1998 a été l'année la plus chaude. 2001 suit ce record de près. Quant à l'été 2003…

Entre ne rien faire et l'objectif de Kyoto, le défi est-il vraiment trop relevé?

Kyoto n'est qu'un premier pas, très minimaliste, tout le monde en convient. Il faudra faire bien plus pour contrer un tant soi peu les changements climatiques. Pour la Belgique, atteindre l'objectif revient à réduire les émissions de quelque 27MtCO2 par rapport à un scénario où l'on ne ferait rien (Business as usual).

En vrac, relevons que :

«L'application d'une taxe CO2 qui augmenterait graduellement jusqu'à atteindre 26,2 euros/tCO2, permettrait de réduire les émissions 12,5Mt (et la création de 22.000 emplois)» (Evaluation de l'impact des mesures fiscales et non fiscales sur les émissions de CO2, Bureau du plan, Working paper 9-01, décembre 2001).

Rien que pour les projets éoliens off-shore, d'après les estimations de ODE-Vlaanderen, le potentiel serait de 10,5TWh. Soit une économie de CO2 de plus de 5MtCO2.

Il faudra bien un jour contrecarrer l'augmentation incessante du trafic routier (200 véhicules en plus chaque jour sur nos routes, 365 jours par an), les pics d'ozone nous l'ont bien rappelé. La combustion d'un litre de diesel, c'est 2,68kg de CO2. Combien de Mégatonnes à épargner?

Quant à l'isolation des bâtiments, rappelons que plus de 80% de nos nouvelles habitations ne correspondent pas aux normes pourtant minimalistes, alors que le chauffage représente 78% de notre consommation énergétique de la maison.

Enfin, toutes les études montrent que le plus grand potentiel d'économies d'énergie se situe encore et toujours dans le secteur industriel…

La Belgique doit avant tout balayer devant sa porte!

Pour Denis Van Eeckhout, secrétaire général d'Inter- Environnement Wallonie, «Nous n'avons pas le choix. Nous devrons passer à une économie à faible émission de carbone. C'est aussi une question économique et de création d'emplois».

Les fédérations environnementales tiennent à répéter qu'elles ne sont pas par principe contre le recours aux mécanismes flexibles. Mais en supplément à nos actions domestiques, avec des plafonds quantitatifs et des critères qualitatifs adaptés à la situation belge. Le mémorandum adressé aux négociateurs pour la formation du gouvernement explicite ces critères. Il est accessible -ainsi qu'un avis d'Inter-Environnement Wallonie sur les mécanismes flexibles datant de 2001- sur le site Inter-Environnement-Wallonie

(*) La Russie est un des grands bénéficiaires de Kyoto (à condition qu'elle ratifie le protocole). Elle doit seulement stabiliser ses émissions, alors qu'après l'effondrement du régime soviétique (et surtout de son économie !), elle dispose d'une marge appréciable sur son quota. Les émissions russes de gaz à effet de serre ont chuté de 38% en 1999 par rapport à 1990 et devraient encore être inférieures en 2010 de 18% à 24% à leur niveau de 1990, selon des chiffres communiqués par la délégation russe lors de négociations climatiques en juin 2001. Elle devrait pouvoir verser plusieurs milliards de tonnes de CO2 sur les futurs marchés des droits d'émissions.

(**)La Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, adoptée en 1992 à Rio et ratifiée par la Belgique en 1996, a pour objectif de limiter les émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GES). Le Protocole lié à cette Convention, adopté en 1997 à Kyoto, prévoit certains mécanismes « flexibles » (Mise en oeuvre conjointe, mécanisme pour un développement propre, marché de droits d'émissions) pour atteindre l'objectif de réduction.

L'idée commune à ces trois mécanismes est de pouvoir limiter au minimum les coûts induits par les réductions imposées en utilisant des mécanismes orientés vers le marché. La tonne de CO2 a donc un prix, variable selon l'offre et la demande. Les réductions, elles, sont imposées pour chaque acteur de l'annexe I (pays industrialisés)11 A noter que, dans un premier temps, seuls les pays industrialisés (annexe I) sont tenus de respecter un quota d'émissions. Par les mécanismes flexibles, le jeu consiste à faire faire des réductions par d'autres, ailleurs, à meilleur compte. Ainsi si Polutreau est tenu de réduire ses émissions de CO2, il aura la possibilité de réduire ses propres émissions ou de financer Meautivez pour que celui-ci réduise ses émissions d'autant plus.

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