Notre avenir sera non-toxique ou ne sera pas !

Publication des résultats de la campagne « J'aspire à un intérieur non toxique »

Communiqué de presse - 24 mars, 2004
En octobre 2003, Greenpeace a récolté des échantillons de poussières dans une cinquantaine de foyers belges ainsi que dans les bureaux ou habitations d'une dizaine d'hommes et de femmes politiques. Des échantillons ont également été collectés dans l'enceinte bruxelloise du parlement européen. Le résultat des analyses (1) est implacable : notre pays est confronté à une pollution chimique dont les origines pourraient se trouver dans des biens de consommation courante comme les textiles, les produits cosmétiques, les appareils électrique ou électronique…

J'aspire à un intérieur non toxique!

Ministres et citoyens belges égaux face

à une pollution toxique insoupçonnée

Les résultats belges sont comparables aux résultats obtenus précédemment dans différents pays européens. Tous renvoient à une prolifération dans notre environnement immédiat de substances potentiellement préjudiciables à notre santé (2). Greenpeace attend des décideurs politiques - tant Belges qu'Européens - qu'ils mettent tout en œuvre pour éviter que l'on ne perde un peu plus encore le contrôle sur les substances chimiques. REACH (3), la réforme législative initiée par la Commission européenne, leur offre l'occasion d'enrayer ce problème qui pourrait finir par grever les budgets de santé publique (4).

Les études initiées par Greenpeace répondent au manque de données en matière de pollution domestique. Elles confirment par ailleurs l'hypothèse que nous avons perdu le contrôle des substances chimiques abondamment produites dans nos sociétés industrielles. En 1930, la production mondiale annuelle de substances chimiques était estimée à un million de tonnes. Aujourd'hui, cette production atteint les 400 millions de tonnes. L'Union européenne est le plus grand producteur de substances chimiques au monde (31% du marché mondial). 100.000 substances sont enregistrées sur ce marché. Les propriétés de bon nombre d'entre elles sont encore largement inconnues.

Les analyses ont porté sur une trentaine de substances chimiques potentiellement toxiques pour la santé humaine et qui présentent la particularité préoccupante d'être peu biodégradables et de s'accumuler dans les organismes humains (NDLR : tous les détails figurent dans le Résumé exécutif du rapport Hazardous Chemicals in Belgian House Dust). « Nous pensons, commente Fawaz Al Bitar, responsable de la campagne 'Substances toxiques', qu'il est essentiel de profiter de la réforme législative en cours au niveau européen pour imposer à l'industrie chimique le principe de substitution. Des alternatives moins nocives doivent être développées. Les résultats avancés aujourd'hui sont suffisamment éloquents pour nous donner une idée de ce qui nous attend si REACH - qui a déjà été édulcoré - ne prévoit pas de faire l'impossible pour nous éviter à l'avenir le recours à ce type de substances.»

Les moyennes des concentrations mesurées en Belgique sont globalement cohérentes avec les résultats émanant des études réalisées dans d'autres pays (5). Il est également à noter que la plupart des substances recherchées ont été détectées dans l'ensemble des échantillons collectés et qu'aucune province belge ne semble systématiquement plus contaminée que les autres. Les poussières récoltées hors d'un grand centre urbain ne présentent pas des taux de contamination inférieurs. La pollution observée est donc généralisée et son origine se trouverait à l'intérieur même des habitations. Quant au parlement européen, des résultats supérieurs à la moyenne belge y ont été observés.

Les analyses effectuées pour Greenpeace ne suffisent bien évidemment pas à apporter toutes les réponses aux questions que cette pollution de nos intérieurs suppose ni à en identifier l'origine exacte. Elles rendent toutefois la réalité de cette pollution irréfutable et placent élus (des taux records ont été découverts au parlement européen et dans les cabinets ministériels) et citoyens face à un même problème. «Vu la teneur de leurs résultats, certains politiciens ont pu constater qu'ils ne sont pas à l'abri de cette pollution, poursuit Fawaz Al Bitar. Le système REACH pourrait offrir une solution globale à ce problème. Comment sera-t-il soutenu ? Les mois qui suivent nous permettront de comprendre si nous allons dans la direction que chaque citoyen est en droit d'attendre : celle du développement d'alternatives non toxiques.»

Le rapport complet "Hazardous Chemicals in Belgian House Dust" (en anglais) est disponible sur Hazardous Chemicals in Belgian House Dust.

Notes aux rédactions :

1) Les échantillons ont été analysés par le laboratoire indépendant TNO aux Pays-Bas.

2) Les effets préjudiciables pour la santé sont de divers ordres selon les substances envisagées : problèmes des systèmes hormonal, immunitaire et reproducteur, allergies, cancers,…

3) En février 2001, la Commission européenne a publié un Livre blanc sur les substances chimiques, qui mettait en avant des idées pour améliorer la législation sur les substances chimiques. Les concepts du système REACH (Registration-Evaluation-Authorisation of Chemicals) ont fait l'objet de discussions et ont reçu le soutien du Conseil européen et du Parlement européen. Ces deux institutions européennes ont demandé des règles encore plus strictes que celles proposées par la Commission. La Commission a rendu une proposition en octobre 2003 qui est actuellement discutée par le Parlement européen et le Conseil européen. La fin du processus législatif est prévue, au plus tôt, pour 2006.

4) Différentes sources chiffrent à plusieurs milliards d'euros l'impact de la dispersion de ces substances chimiques dans notre environnement immédiat : « Assessment of the Impact of the new Chemical Policy » (mars 2003) réalisée pour la Commission européenne et « The Social Cost of Chemicals » (mai 2003) réalisée par le Pr. David W Pearce et le Dr. Phoebe Koundouri.

5) Caractéristiques belges : la concentration moyenne en esters de phthalates (946 mg/kg) et en organoétains (2.47 mg/kg) est semblable aux concentrations mesurées dans les poussières domestiques collectées ailleurs en Europe. La concentration moyenne en alkylphénols (5.5 mg/kg) est, quant à elle, nettement supérieure aux concentrations mesurées dans d'autres pays d'Europe continentale mais inférieur aux concentrations britanniques. Les concentrations en retardateurs de flamme bromés sont globalement inférieures en Belgique, cependant certains résultats se révèlent nettement supérieurs aux moyennes européennes et constituent parfois des records européens. Les concentrations belges en paraffines chlorées à chaîne courte sont inférieures à la moyenne européenne.

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