Sortie du nucléaire niée : coup de grâce pour les énergies renouvelables !

Communiqué de presse - 30 septembre, 2009
La manière dont le gouvernement fédéral s'apprête à marchander la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires est symptomatique d'une vision à court terme de notre avenir énergétique. La remise en question de la loi de sortie du nucléaire compromet l'essor des énergies propres et renouvelables en cantonnant la Belgique dans un modèle de production énergétique centralisé exclusivement favorable à Electrabel/Suez.

Envisager la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires pour colmater les brèches du budget fédéral ne ferait que renforcer le quasi monopole de fait dont bénéficie Electrabel malgré la libéralisation du marché de l'électricité. Le renforcement implicite de ce quasi monopole porterait préjudice à la concurrence entre les producteurs d'électricité. Ce qui devrait être le cas dans un marché libéralisé. Toute perspective de réajustement des prix vole ainsi en éclat.

Discriminer les producteurs, nier un incroyable potentiel propre et renouvelable

« Quant aux producteurs d'électricité renouvelables, ils continueront à être discriminés. Ils n'ont jamais bénéficié des avantages octroyés à Electrabel lors de la construction de ses centrales nucléaires. Comment peut-on dans ces conditions proposer aux consommateurs belges une électricité dont la production n'engendre pas des tonnes de déchets hautement radioactifs ? commente Marc-Oliver Herman, directeur des campagnes de Greenpeace.»

La discrimination qui frappe les producteurs d'énergies renouvelables n'est pas le seul élément qui plaide pour ne pas sacrifier la loi de sortie du nucléaire sur l'autel budgétaire. « C'est aujourd'hui qu'il faut prendre pleinement la mesure de l'incompatibilité du nucléaire avec des modèles énergétiques plus cohérents avec un marché libéralisé et l'urgence climatique.  L'éolien offshore a un tel potentiel en Europe, poursuit Jan Vande Putte, que si l'on ne ferme pas les centrales nucléaires comme prévu, ce sera la congestion sur le réseau ! »

La Belgique bénéficie d'une position particulièrement favorable à l'essor de l'éolien offshore. L'interconnexion à un réseau d'électricité en mer du Nord - ce qui entre parfaitement dans les plans européens - nous assurera un potentiel gigantesque et particulièrement fiable pour les entreprises. Si les décideurs politiques prennent les bonnes options, l''éolien pourra poursuive sur la lancée de ces 10 dernières années. Cette énergie pourra, en 2030, pourra largement compenser la fermeture des réacteurs nucléaires. Si ces derniers ne sont pas fermés bien avant cette échéance, leur production fera barrage.

Mettre l'approvisionnement en danger alors que la capacité de remplacement est déjà sur les rails

En cautionnant la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires, Herman Van Rompuy et son gouvernement acceptent de remettre aux calendes grecques la préparation effective de la sortie du nucléaire. Faire tourner pendant 50 ans des centrales initialement prévues pour fonctionner 30 ans augmente de manière inacceptable le risque inhérent au nucléaire et fragilise inutilement la régularité de notre approvisionnement.

« Si, pour des raisons techniques, conclut Jan Vande Putte, il fallait fermer un réacteur comme Tihange 1 (légalement hors service en 2015), la Belgique serait soudainement privée de près de 10% de son approvisionnement et contrainte de rechercher des solutions de secours. Ce risque vaut également pour Doel 1 et Doel 2.»

Or, de  nombreux documents - dont une liste publiée par le gestionnaire du réseau (ELIA) - attestent de la capacité de remplacement actuellement sur les rails en Belgique et qui dépasse la capacité des trois réacteurs qui arriveront en bout de course en 2015. Pourquoi dès lors encore en repousser la fermeture de Tihange 1, Doel 1 et Doel 2 ?

La volonté du gouvernement de récupérer auprès d'Electrabel, les sommes colossales dues suite à l'amortissement anticipé de ses centrales garde sa pertinence mais ne doit pas tourner au marchandage.

« Tout indique qu'Electrabel, aujourd'hui dans le giron de Suez ne verra dans le paiement d'une rente nucléaire qu'un moyen confortable de continuer à produire de l'électricité dans des centrales amorties de longue date. Alors que cette rente découle d'une situation historique liée à l'amortissement anticipé des centrales, commente Jan Vande Putte, de la campagne Climat/Energie de Greenpeace.... »

Greenpeace s'est récemment penchée  - avec un bureau d'avocat spécialisé -  sur l'étude de pistes concrètes pour récupérer les bénéfices illégitimes d'Electrabel et les affecter à l'essor des renouvelables tout en respectant la loi de sortie du nucléaire.

L'existence de cette proposition a été rappelée au gouvernement fédéral dans un argumentaire adressé entre autres au Premier ministre et au ministre fédéral de l'Energie.