Pas de fausse solution à un vrai problème !

Bruxelles cautionne des irrégularités au Congo

Communiqué de presse - 10 juin, 2004
La Région de Bruxelles-Capitale va satisfaire les objectifs de Kyoto en achetant de terrains à reboiser en République démocratique du Congo. Pour respecter ses engagements 'Kyoto', Bruxelles devrait plutôt s'atteler au problème de la mobilité et initier une politique énergétique volontariste faisant la part belle aux économies d'énergie et à l'efficacité énergétique. Une telle politique aurait également l'avantage de créer de nombreux emplois. IEB, le BRAL et Greenpeace espèrent que le projet 'puits de carbone' proposé par Didier Gosuin, ministre bruxellois de l'Environnement, ne survivra pas au 13 juin

L'exploitation forestière en Afrique a besoin d'être réformée.

Après des années de tergiversations, la Belgique a fini par répartir le premier effort à accomplir dans le cadre du Protocole de Kyoto entre les différentes régions du pays. Pour rappel, cette répartition ne concerne qu'un premier train d'objectifs à court terme, que l'on sait insuffisants pour faire efficacement face aux changements climatiques (1). Compte tenu de sa situation spécifique, Bruxelles a obtenu une aide du gouvernement fédéral et s'est vue octroyer l'autorisation d'accroître ses émissions de gaz à effet de serre de 3,475% par rapport à l'année de référence (1990). Malgré ce traitement pour le moins favorable, Bruxelles semble réticente à l'idée d'initier sur son territoire les réformes qui lui permettront pourtant de créer de nombreux emplois et d'assurer à ses citoyens un avenir durable, et préfère s'engager sur la piste des 'puits de carbone' via l'achat de terrains à reboiser au Congo (2).

Bien que l'option 'puits de carbone' figure dans le paquet Kyoto, elle est contre-productive sur le long terme. Tant que les efforts sont portés à l'étranger, aucune mesure structurelle n'est prise en interne. « Bruxelles a tout à gagner en cherchant aujourd'hui des solutions qu'elle devra de toute façon trouver et qui assureront à ses citoyens un meilleur confort de vie, commente Anne-France Rihoux d'Inter-Environnement Bruxelles. Tout reste à faire en terme de mobilité. La création de sites propres et une meilleure gestion du stationnement, notamment, peuvent déboucher sur une diminution des gaz à effet de serre émis par Bruxelles. »

« Ménages et entreprises doivent être encouragés à économiser l'énergie. Si Bruxelles ne le fait pas pour Kyoto, elle devra de toute façon le faire pour satisfaire aux exigences européennes, regrette Peter Mortier du Bral, notamment lorsqu'un certificat de performance énergétique sera requis pour chaque bâtiment. »

« Investir dans les puits de carbone, c'est investir à fonds perdus. Tout indique en effet qu'à terme, le CO2 ne restera pas indéfiniment captif dans ces forêts construites artificiellement, conclut Jean-François Fauconnier de Greenpeace. D'un point de vue climatique, on n'aura rien gagné et, pour Bruxelles, plus on attend et plus lourde sera la facture à payer.»

L'option 'puits de carbone' envisagée par le ministre Gosuin sous la forme de l'achat de terrains à reboiser au Congo pose d'autres problèmes. Beaucoup d'experts s'accordent pour condamner ce type de recours parce qu'ils débouchent, à moyen ou long terme, sur un appauvrissement de la biodiversité dans les pays non industrialisés, L'option envisagée par Bruxelles est d'autant plus sujette à caution que l'opérateur pressenti ne recule pas devant quelques irrégularités…

Le secteur du bois en République démocratique du Congo est actuellement en pleine restructuration. En mai 2002, un moratoire sur toute nouvelle concession a été décidé par le gouvernement en place, afin de lui permettre d'assainir le secteur et de remettre en vigueur un système de taxation. Or, la Sodefor, partenaire pressenti par la Région bruxelloise pour la gestion technique de ses puits de carbone, a négocié avec ce gouvernement un contrat de gré à gré qui lui permet de continuer à échapper à cette taxation et ouvre la porte à des jeux de concurrence déloyale. Il est en effet à craindre que de nombreuses sociétés forestières passent un contrat avec la Sodefor plutôt qu'un contrat légal (soumis à taxation) avec les autorités du Congo. « En s'associant avec cette compagnie forestière implantée de longue date au Congo, la Région bruxelloise donnerait un signal déplorable à l'ensemble du secteur : rien n'a changé, nous en sommes toujours à l'heure des privilèges, et pas à celle d'une réforme nécessaire des pratiques forestières ! conclut Filip Verbelen de la campagne forêts de Greenpeace»

Tant Greenpeace qu'Inter-Environnement Bruxelles et le Bral demandent au prochain gouvernement bruxellois issu des élections du 13 juin de renoncer au projet 'puits de carbone' au Congo et de développer une réelle politique énergétique et de mobilité en Région de Bruxelles-Capitale.

Notes aux rédactions :

(1) - 7,5% à l'horizon 2008-2012 par rapport à 1990 pour la Belgique. Une réduction de 80% dans les pays industrialisés à l'horizon 2050 est nécessaire pour empêcher des changements climatiques dangereux.

(2) Nioki, province du Bandundu, superficie : 100.000 hectares, terrains situés à proximité de la concession de l'entreprise portugaise Sodefor, qui dispose aujourd'hui - malgré le moratoire sur les concessions forestières - d'une concession de 6 millions d'hectares.

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