Remous à l'IRE (Fleurus) : failles dans la sécurité nucléaire en Belgique

Des mesures s'imposent contre les risques de prolifération nucléaire

Communiqué de presse - 20 mars, 2008
Greenpeace a pris connaissance des informations relatives aux problèmes de sécurité observés à l'Institut des radioéléments (IRE) de Fleurus, récemment divulguées dans la presse (édition de cette semaine du Paris Match, article signé Michel Bouffioux) et souhaite apporter quelques informations complémentaires. Il ne fait aucun doute qu'il incombera au nouveau ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael d'intervenir rapidement dans le dossier, pour éviter de voir la Belgique jouer, un rôle involontaire dans la prolifération nucléaire.

Il convient tout d'abord de remarquer que les pratiques problématiques observées à l'IRE et évoquées ces jours-ci dans la presse ne sont pas neuves: risques d'accident lié à une réaction nucléaire, risque d'incendie et risque de vols de matériau nucléaire pouvant entrer dans la fabrication d'armes. Le dossier de Fleurus doit ainsi être lié à celui de l'Agence fédérale pour le contrôle nucléaire (AFCN) dont le fonctionnement semble loin d'être optimal. Ce constat a déjà été établi entre autres par le groupe parlementaire sur la sécurité nucléaire mis en place sous la législature précédente. Le directeur de la AFCN a été remplacé par un ancien directeur de la centrale nucléaire de Doel mais rien n'indique que ce changement a donné lieu aux réformes nécessaires. Quant à la prise de responsabilité dans ce dossier par Patrick Dewael, elle n'est pas clairement établie.

Le risque de prolifération est inhérent au matériau utilisé à Fleurus (1). Le manque de précautions dénoncé dans la presse est donc totalement inacceptable. "Est-il raisonnable de stocker avec autant de légerté des dizaines de kilos d'uranium 235", interroge Jan Vande Putte, de la campagne nucléaire de Greenpeace. "La nonchalance belge ne peut qu'être interprétée comme un signal négatif par les pays qui, comme l'Iran, se voient imposer des mesures restrictives importantes par la communauté internationale." D'autres questions se posent en effet quant à la quantité d'uranium présente dans la production d'isotopes à l'IRE et quant aux mesures prises pour éviter tout vol.

Reprise des travaux du groupe parlementaire sur la sécurité nucléaire

Greenpeace espère que le nouveau ministre de l'Intérieur s'attellera sans tarder au problème. "Il en va véritablement de sa responsabilité politique car il est impératif de réorganiser tout le système du contrôle nucléaire dans notre pays." La reprise des travaux du groupe parlementaire sur la sécurité nucléaire s'impose donc plus que jamais.

Quant à la quantité d'uranium 235 présente sur le territoire belge, elle devrait être inférieure à la quantité nécessaire à la fabrication d'une arme nucléaire, à savoir environ 15 kilos. A l'avenir, ce matériau ne doit plus être géré par l'IRE et son stockage doit être sensiblement amélioré et mieux contrôlé.

Décentralisation de la production d'isotopes

Des mesures doivent également porter sur la production d'isotopes. La production d'isotopes doit être strictement limitée à la couverture des besoins médicaux à l'échelle mondiale (2). Si cette condition est remplie, l'arrêt temporaire de la production à Fleurus pourrait être envisagé, le tant de redresser le fonctionnement de l'institut.

La recherche nucléaire est un autre secteur où il faut intervenir. L'utilisation de cyclotrons pour la production d'isotopes à usage médical doit être rendu prioritaire. La recherche en la matière pourrait cadrer avec la disposition sur la recherche nucléaire actuellement inscrite dans l'accord gouvernemental Leterme I. Ceci permettrait entre autres d'organiser la production de manière décentralisée au niveau de quelques grands hôpitaux.

Surfez sur le blog de Michel Bouffioux qui contient plus d'informations sur les problèmes rencontrés à l'IRE: http://michelbouffioux.skynetblogs.be

Notes: 1) Avec un enrichissement de plus de 90 %, environ 15 kg d'uranimum-235 sont nécessaires pour produire une arme nucléaire de la seconde génération (arme de type boosted)2) Le gros de la production d'isotopes est concentré autour du Mo-99 qui, à l'IRE, ne suppose pas de risque de prolifération. L'arrêt de la production de cet isotope n'est donc pas à l'ordre du jour.