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Le Silver Ray est devenu le Naxos I

Communiqué de presse - 23 janvier, 2003
Anvers, le 23 janvier 2003 : Greenpeace a poursuivi ce matin ses patrouilles toxiques dans le port d'Anvers. Cette opération vise à sensibiliser le milieu maritime à la problématique du démantèlement des bateaux en Asie et à dénoncer les circonstances infra-humaines dans lesquelles les navires arrivés en fin de vie sont démolis au détriment de l'environnement. La patrouille de ce matin a pu constater plusieurs infractions. Une délégation s'est, en effet, rendue au Verrebroekdok où se trouve le Naxos I. Ce bateau n'est autre que le Silver Ray, un car-ferry incendié à Anvers en mai 2002. En octobre dernier, Greenpeace avait attiré l'attention des pouvoirs publics sur la probabilité de voir ce bateau avarié se diriger vers l'Asie pour y être démantelé. La Belgique avait alors joué un rôle moteur dans le dossier - qui figurait à l'époque à l'agenda de l'Organisation maritime internationale (OMI) - en annonçant sa volonté de faire appliquer les lois existantes. Lois qui stipulent qu'un navire chargé de substances toxiques ne peut être envoyé à la casse sans décontamination préalable. Greenpeace avait apporté la preuve que le Silver Ray/Naxos I est e.a. chargé d'amiante.

Trois mois plus tard, Greenpeace a pu observer la suite que le monde maritime réserve aux décisions politiques prises en faveur de l'environnement. Le Silver Ray a changé de nom (oct. 2002) et de propriétaire. Une fois de plus, on observe un jeu de sociétés écran. Qui sont les véritables actionnaires du bateau ? La question reste ouverte. Les voitures qu'il contient sont déchargées à la demande de l'agent de son nouveau propriétaire par une firme de démolition des Pays-Bas. Greenpeace a pu constater que la réglementation en vigueur pour le recyclage des voitures (obligation légale de débarrasser les véhicules de leurs substances toxiques : batteries, air bags, huiles et autres lubrifiants...) n'est pas respectée. Les voitures sont écrasées sur le quai sans dépollution préalable. En décembre dernier, Greenpeace avait déjà observé pareille infraction. Elle avait alors alerté les services concernés et porté plainte. Le propriétaire refuse toujours de faire un inventaire détaillé des substances toxiques à bord. Ce qui indiquerait qu'il serait prêt à décontaminer son bateau.

Ce que l'on observe en miniature avec ces voitures, c'est ce qui se passe en grand au niveau des bateaux voués à la casse. Leurs propriétaires préfèrent contourner la législation existante plutôt que de voir les bénéfices escomptés par la vente de l'épave (valeur moyenne estimée : 2 millions d'€) fondre... Ces intérêts économiques sont en contradiction flagrante avec l'intérêt écologique le plus élémentaire. En Asie, les bateaux chargés de substances toxiques (e.a. amiante) sont démantelés sur des plages sans aucun confinement. Ces pratiques lucratives mettent également en danger la santé de nombreux travailleurs exploités (1) dans les pays pratiquant le démantèlement des bateaux : Inde, Bangladesh, Pakistan, Chine et Turquie.

Greenpeace estime que le manège actuellement observé à Anvers illustre parfaitement le fonctionnement problématique de la marine marchande (dilution des responsabilités entre différentes sociétés, pavillons de complaisance...) toléré par l'Organisation maritime internationale (OMI) qui n'est toujours pas décidée à reprendre à son compte les dispositions d'autres organisations internationales (entre autres celles de la Convention de Bâle pour qui un déchet toxique ne peut être exporté vers un pays non-OCDE).

L'exemple du Silver Ray/Naxos I démontre par ailleurs à quel point le monde maritime se complaît dans une attitude strictement mercantile. Que se passera-t-il quand les activités économiques comme la pêche devront être arrêtées à proximité des chantiers asiatiques de démantèlement pour raison de pollution ? s'interroge Martin Besieux, responsable de la campagne pour Greenpeace. Quelques propriétaires se seront enrichis mais des communautés entières auront perdu leurs moyens de subsistance.

Greenpeace espère que Vera Dua tiendra sa parole et mettra tout en oeuvre pour que l'actuel propriétaire du Silver Ray/Naxos I soit tenu de dépolluer voitures et bateau avant leur démolition. La Belgique a jusqu'ici joué un rôle clé dans le dossier, elle doit poursuivre son action pionnière.

Pendant ses patrouilles toxiques menées ces derniers jours dans le port d'Anvers, Greenpeace a demandé aux capitaines des navires visités d'intervenir auprès des propriétaires pour procéder à l'inventaire des substances toxiques présentes à bord. Pour l'organisation de défense de l'environnement, le monde maritime doit accepter de respecter l'environnement et le droit des travailleurs comme d'autres secteurs industriels l'on fait auparavant. Greenpeace préconise dès lors que les propriétaires de bateau profitent des cales sèches pour décontaminer progressivement leurs navires.

(1) La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) présente sur son site un rapport évoquant cette problématique du démantèlement des navires et ses conséquences sur l'homme.

(23/01/2003)