Un rapport identifie une baisse significative de la sécurité des réacteurs nucléaires ‘occidentaux’

Communiqué de presse - 25 avril, 2005
à la veille du dix-neuvième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, Greenpeace publie un rapport détaillé sur le risque nucléaire à travers le monde (1). Ce rapport conclut qu’à cause de la combinaison du vieillissement des réacteurs, de la libéralisation du marché de l’électricité et de l’évolution de la situation internationale, les risques liés aux réacteurs ‘occidentaux’ (européens notamment) ont augmenté de manière significative ces dernières années. Le risque d’accident est plus élevé que jamais, et un accident majeur dans un réacteur de ce type pourrait avoir des conséquences bien plus dramatiques que celui de Tchernobyl.

Greenpeace mène action devant la centrale nucléaire de Tihange pour commémorer le dixième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl.

Au niveau mondial, la moyenne d'âge des réacteurs est de 21 ans. En Belgique, les réacteurs de Doel 1 et Doel 2, ainsi que celui deTihange 1, sont âgés de 30 ans et ont donc déjà atteint leur durée devie initialement prévue.  La loi belge de sortie du nucléairepermet néanmoins à tous les réacteurs de notre pays de fonctionnerdurant 40 ans, soit dix années supplémentaires  Ce vieillissementdes réacteurs provoque la dégradation de pièces critiques etl'augmentation du risque d'incidents graves, et pourrait provoquer unaccident majeur.  

De plus, la libéralisation du marché de l'électricité, comme c'est lecas en Europe, a poussé les opérateurs nucléaires à économiser sur lesinvestissements liés à la sécurité.   Les régulateurs ne sontpas capables de faire face à cette réalité (2).

Les réacteurs ne peuvent pas être suffisamment protégés contre lamenace terroriste.  En plus de la chute d'un avion de ligne sur lebâtiment du réacteur, plusieurs scénarios peuvent mener à un accidentgrave.

Les changements climatiques et leurs impacts - inondations, hausse duniveau de la mer et sécheresses - contribuent également àl'augmentation des risques nucléaires.

Un accident majeur dans un réacteur à eau légère (3) - comme ceux deDoel, de Tihange et de la majorité des réacteurs en opérationaujourd'hui - pourrait mener à des rejets radioactifs équivalents àplusieurs fois ceux de Tchernobyl, et environ 1.000 fois plusimportants que ceux d'une arme nucléaire.  Dans ce cas, des zonesallant jusqu'à 100.000 km² (près de trois fois la superficie de laBelgique) devraient être évacuées et le nombre de morts par cancerpourrait dépasser le million.

"En brandissant ses centrales comme une solution aux changementsclimatiques, l'industrie du nucléaire tente de cacher qu'elle est dansune crise profonde » souligne Jean-François Fauconnier, deGreenpeace Belgique.  « Le nombre de nouveaux réacteursconstruit reste limité, leur coût est prohibitif et les réacteursexistants approchent ou ont déjà dépassé l'âge de la retraite ».

Greenpeace demande la fermeture des centrales nucléaires belges avantle délai de 40 ans prévu par la loi belge de sortie du nucléaire. Cette fermeture représente la seule mesure réellement efficace afin deréduire les risques.  Greenpeace recommande également d'investird'urgence dans la protection des combustibles usés radioactifs afin deréduire les risques d'attaque terroriste, de prolifération etd'accident.  Pour Greenpeace, la seule solution durable auxchangements climatiques réside dans la combinaison de l'efficacitéénergétique et des sources d'énergie renouvelables.

Notes: (1) ‘Nuclear Reactor Hazards, Ongoing Dangers of Operating Nuclear Technology in the 21st Century’, préparé pour Greenpeace par les consultants Helmut Hirsch, Oda Becker, Mycle Schneider et Antony Froggatt, avril 2005. Rapport disponible sur : http://www.greenpeace.org/international/press/reports/nuclearreactorhazards.(2) Fin 2004, la presse belge faisait état d’un document de l’organisme chargé du contrôle des centrales belges, l'Association Vinçotte-Nucléaire (AVN), et mettant le doigt sur des lacunes et négligences structurelles dans l'organisation de la sécurité de centrales. Dans son rapport annuel 2003 (http://www.avn.be/fr/7_publications/9_1_rapports_annuels.asp), AVN dresse aussi un inventaire des problèmes techniques rencontrés dans les centrales.(3) Les réacteurs à eau légère incluent les réacteurs à eau bouillante et les réacteurs à eau pressurisée. Tous les réacteurs belges sont de ce dernier type.