Les centrales nucléaires seraient tournées vers l'avenir, fiables et nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques ? Voici six mythes qui montrent que les centrales nucléaires doivent de toute urgence céder la place aux énergies renouvelables.

Mythe 1 : "L'énergie nucléaire est une technologie moderne et tournée vers l'avenir"

L'énergie nucléaire est à l'origine du développement de la bombe atomique. La première génération de réacteurs nucléaires a d’ailleurs été développée au début des années 1950 pour alimenter des sous-marins militaires. On ne peut véritablement parler de technologie moderne...

Après Tchernobyl, en 1986, une nouvelle génération de réacteurs nucléaires “plus sûrs” avait été promise. Plus de 30 ans plus tard, à peine deux de ces réacteurs de troisième génération sont en construction, en France et en Finlande. Avec des retards importants et des coûts exorbitants (environ 10 milliards de dollars par réacteur). Et par ailleurs, au cours de ces derniers mois, trois nouveaux projets de construction ont été annulés au Royaume-Uni, représentant 8 grands réacteurs, en raison de coûts trop élevés.

L'énergie nucléaire a eu plus de 60 ans pour devenir une technologie mature, mais elle a échoué. Aujourd'hui, seuls 31 pays ont recours au nucléaire pour produire une partie de leur énergie. Neuf d’entre eux produisent plus de courant d’origine renouvelable que nucléaire.

Mythe 2 : “Le GIEC plaide pour l’énergie nucléaire pour atteindre les objectifs climatiques”

Le GIEC ne prétend pas que l’énergie nucléaire est indispensable pour atteindre les objectifs climatiques. Le GIEC est neutre sur le plan technologique et pose même quelques questions sur l’énergie nucléaire. Son dernier rapport comporte 90 scénarios, avec et sans énergie nucléaire. Par exemple, plusieurs scénarios montrent qu'un approvisionnement en énergie 100% renouvelable est possible à l’horizon 2050. Le GIEC ne suggère donc pas que l'énergie nucléaire soit une ligne directrice pour la transition énergétique.

Mythe 3 : “L’énergie nucléaire est la façon la moins coûteuse de réduire nos émissions de CO2”

Depuis le début de l'énergie nucléaire (il y a 60 ans), les émissions mondiales de gaz à effet de serre liées à l'énergie ont augmenté (de 6 milliards de tonnes en 1955 à 35 milliards de tonnes en 2015). Les émissions évitées au cours de cette même période sont estimées à 1,5 milliard de tonnes, et environ 4% des émissions proviennent du secteur de l’énergie. Les centrales nucléaires ont par le passé joué un rôle marginal dans la limitation des émissions de CO2. Étant donné le coût élevé de la construction de centrales nucléaires, il est difficile d’imaginer que cela changera rapidement à l’avenir. Même Engie-Electrabel et EDF-Luminus affirment qu’ils ne participeront pas à cette aventure. Un nouveau réacteur coûte environ 10 milliards d'euros et sa construction nécessite au moins 10 ans.

Prolonger la durée de vie des vieux réacteurs nucléaires alors ?
Prolonger la durée de vie nécessite des mises à jour en matière de sécurité. Pour Tihange 1 par exemple, cette opération a coûté 700 millions d’euros. Plutôt cher, pour un vieux réacteur qui, depuis, a été autant de temps à l’arrêt qu’en fonctionnement et qui de toute façon devra fermer ses portes en 2025… Pour certainement 5 des 7 réacteurs nucléaires, prolonger la durée de vie n'est pas une option. Soit leur durée de vie a déjà été prolongée et leur récente mise à l’arrêt rend une nouvelle prolongation impensable, soit ils présentent des milliers de petites fissures dans la cuve du réacteur ce qui fait qu’on ne peut tout simplement pas justifier une nouvelle prolongation.

Mythe 4 : “Les énergies renouvelables sont hors de prix et non fiables”

Les énergies renouvelables deviennent de moins en moins chères, contrairement aux centrales nucléaires. L'énergie éolienne en mer est déjà faisable sans subvention. En termes de fiabilité aussi, les énergies renouvelables font toujours mieux, sur base annuelle et au jour le jour.

Mythe 5 : “La transition énergétique est un flop en Allemagne”

Le tableau ci-dessous montre le mix des sources d’énergie en Allemagne depuis 2010, selon le magazine de renom “Power in Europe”. Le secteur allemand de l’énergie maintient le cap visant à réduire les émissions de CO2 de 40% d’ici 2020. 

En 2018, les émissions de CO2 dans le secteur énergétique allemand ont encore diminué de 3,4% par rapport à 2017. Entre-temps, il a été décidé de fermer toutes les centrales au charbon en plus de toutes les centrales nucléaires. La transition énergétique allemande, impliquant la sortie du nucléaire ET du charbon, n’est donc pas une catastrophe pour le climat.

Encore mieux : la sortie du nucléaire et la fermeture immédiate de 7 réacteurs en 2011 ont été l’occasion pour l’Allemagne d’accélérer ses investissements dans les sources d’énergies renouvelables. Sans cette opportunité, le pays se serait retrouvé aujourd’hui avec un mix composé pour l’essentiel d’énergies fossiles et nucléaire.

Grâce à leurs investissements précoces et durables, des pays comme l'Allemagne ont également permis de réduire considérablement les coûts de ces technologies renouvelables. Et maintenant, nous pouvons tous en tirer profit, ce qui fait que la transition énergétique en Belgique peut être opérée de façon beaucoup moins onéreuse.

Mythe 6 : "Les nouvelles technologies permettront de fabriquer des centrales nucléaires sûres, sans déchets nucléaires"

Depuis l’introduction de l’énergie nucléaire dans les années 1950, des recherches sont menées sur de nouveaux concepts de réacteurs, qui ne comporteraient plus certains risques tels que les déchets nucléaires. Mais aucune percée n’a vu le jour au cours de ces 60 dernières années. Certains de ces projets “innovants” ne sont d’ailleurs pas du tout nouveaux. C’est par exemple le cas des réacteurs au thorium, dont le concept existe depuis des décennies, mais qui n’a jamais vu le jour. Et la fusion nucléaire alors ? Le développement industriel de la fusion nucléaire contrôlée pour la production d'énergie n'est attendu qu'après 2070.

Conclusion : pourquoi se cramponner à une énergie non flexible, peu compatible avec les énergies renouvelables, onéreuse et comportant des risques élevés pour la société alors que les renouvelables sont aujourd’hui à maturité, moins onéreuses et fiables?

Et vous ? N’hésitez plus et optez pour l’électricité verte !