En donnant son feu vert au plan d’Electrabel pour le rafistolage de Doel 1 et 2, l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire traite l’exploitant nucléaire en enfant gâté. Qu’Electrabel n’ait aucune envie de procéder à des interventions difficiles, mais nécessaires pour la sécurité, ou prétende avoir besoin de plus de temps, l’AFCN acquiesce sans rechigner. L’Agence fait fi de ses propres exigences et devient chaque jour davantage le garant de la pérennité de l’industrie nucléaire dans notre pays, plutôt que le gardien de sa sécurité.

L’AFCN a annoncé cette semaine avoir approuvé les plans d’investissement d’Electrabel pour les réacteurs vieillissants de Doel 1 et 2. C’est une étape supplémentaire qui nous rapproche un peu plus de la prolongation de la durée de vie de nos réacteurs les plus anciens. Mais l’Agence s’abstient de préciser que ces investissements sont nettement insuffisants pour assurer la sécurité des réacteurs et des riverains.

Ceci est non seulement l’avis de Greenpeace, mais ressort également d’une comparaison des plans actuels avec les propres exigences du Conseil scientifique de l’AFCN adoptées ces dernières années pour la prolongation des centrales. Chaque fois qu’une exigence de sécurité a semblé trop difficile, trop coûteuse ou trop chronophage pour Electrabel, elle a été réduite ou sa mise en œuvre reportée.

Un niveau de sécurité revu à la baisse

En 2009, par exemple, le Conseil scientifique a exigé qu’Electrabel porte la sécurité de Doel 1 et 2 au « plus haut niveau », à savoir celui des nouveaux réacteurs à eau pressurisée actuellement en construction en France et en Finlande. Leur conception inclut un « récupérateur de corium » en dessous de la cuve du réacteur, qui recueille le cœur chaud et extrêmement radioactif en cas de fusion et contribue donc à éviter la contamination de l’environnement.

L’AFCN a aussitôt réduit cette exigence. Ainsi, l’an dernier, il n’était plus question que des « réacteurs les plus sûrs en Belgique » : Doel 4 et Tihange 3, mis en service seulement 10 ans après Doel 1 et 2. Ils sont largement construits sur le même modèle, et il leur manque donc un certain nombre de mises à niveau importantes. Que ces mises à niveau soient difficiles à installer dans un vieux réacteur ne doit toutefois pas constituer une excuse pour compromettre la sécurité.

Trop peu, trop tard

Les coûts font également l’objet de réductions. Comme l’AFCN l’avait demandé en 2012, après la découverte de milliers de fissures dans les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2, les couvercles des cuves de Doel 1 et 2 devaient être remplacés pour fin 2015. Electrabel a demandé immédiatement deux ans de sursis, mais va encore plus loin dans les plans que l’AFCN a approuvés cette semaine. Seule une « action d’inspection » pour évaluer si ces couvercles ont réellement besoin d’être remplacés y est encore mentionnée. L’enfant gâté tape du pied, et l’AFCN cède à ses caprices.

En outre, une longue liste d’interventions urgentes est repoussée aux calendes grecques. Ce qui, en 2009, devait encore se faire avant la fin de la durée de vie de 40 ans (soit le 15 février 2015 pour Doel 1 et le 1er décembre pour Doel 2) était devenu « trois ans après l’approbation » en 2014, et est même devenu « dans un délai de cinq ans maximum » depuis lors.

Les deux prochaines années, il ne faut pas s’attendre à ce que beaucoup de travail soit accompli, car Electrabel et Tractebel Engineering, responsables du travail à effectuer, connaissent une pénurie de personnel en raison de la fermeture précédemment attendue des réacteurs. Et quand Electrabel admet enfin qu’un certain nombre d’interventions de l’inspection précédente de 2005 n’ont même pas eu lieu, nous pouvons nous demander si cette nouvelle liste sera terminée avant la fermeture prévue en 2025...

Illégal

En outre, l’extension de la durée de vie de Doel 1 et 2 est illégale tant qu’elle n’a pas été précédée par une étude d’incidence sur l’environnement et une consultation publique. Celles-ci sont en effet imposées par les traités internationaux applicables en Belgique. L’AFCN est elle-même arrivée à cette conclusion plus tôt dans l’année, mais elle semble désormais céder à nouveau aux exigences de l’industrie nucléaire.

Greenpeace prend clairement parti pour les riverains et contestera cette décision de l’AFCN devant le Conseil d’État qui s’est exprimé à plusieurs reprises en faveur d’une étude d’incidence et d’une consultation populaire préalables. Parce que personne n’y gagnera à continuer de traiter le secteur nucléaire en enfant gâté : ni l’environnement, ni les riverains, ni notre sécurité d’approvisionnement qui reste tributaire de réacteurs désuets et peu fiables.