Le droit de manifester pacifiquement est une composante fondamentale d’une société saine. Le droit inhérent à tout être humain de se lever et de demander des comptes, de défier des lois injustes et, parfois, lorsque le système a échoué, de faire obstacle à toute destruction au moyen de son corps et de donner une voix aux « sans voix ».

Un peu plus d’un an s’est déjà écoulé depuis notre action pacifique menée en Arctique russe. Une action qui visait à protester contre les dangereux forages pétroliers du géant russe Gazprom. Voilà donc plus d’un an que nous avons injustement été accusés de piraterie et envoyés derrière les barreaux pour plus de deux mois. Mais nous sommes aujourd’hui libres, ce qui n’est pas le cas de milliers d’autres activistes dans le monde. Des activistes qui continuent à être persécutés ou emprisonnés pour avoir défendu ce en quoi ils croient.

Nos collègues activistes en Inde, en Espagne, aux Etats-Unis et bien entendu en Russie restent à la merci de gouvernements et d’industries qui se sentent menacés par la société civile et qui sont déterminés à faire taire toute forme opposition, quelle que soit la manière utilisée. Malheureusement, cela prend la forme d’une criminalisation des manifestations pacifiques et d’un espace démocratique plus réduit à quatre coins de la planète.

En Russie, l’activiste Yevgeny Vitishko (40 ans) — membre de l’ONG « Environmental Watch for North Caucasus » — manifestait contre l’empreinte écologique des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi lorsqu’il a été arrêté. Son soi-disant crime ? Avoir peint une palissade avec les mots "la forêt est à tout le monde". Initialement, il avait été condamné à une peine avec sursis, mais le juge a cassé cette décision et, en février de cette année, il a été condamné à passer 3 ans dans une colonie pénitentiaire.



En Espagne, le gouvernement est sur le point de faire passer une loi qui sanctionnera arbitrairement toute manifestation pacifique en imposant des amendes excessive. Et ce en réaction directe aux manifestations citoyennes pacifiques de mécontentement à l’égard des réformes du gouvernement, comme les réductions massives des dépenses en matière de santé et d’éducation.

En Inde, les habitants de Mahan sont confrontés à une pression drastique et des activistes environnementaux sont harcelés et diffamés, car ils s’opposent avec force à l’ouverture d’une nouvelle mine de charbon par Essar et Hindalco. Deux entreprises désireuses de mettre la main sur les réserves de charbon disponibles dans les forêts de Mahan. Quelque 55 personnes et familles dépendent de ce paysage forestier. Leur culture, communauté et de nombreuses vies sont étroitement liées aux forêts que ces entreprises menacent de détruire.  Or, si ces industries obtiennent gain de cause, ces communautés locales seront intégralement déplacées.

Mais celles-ci ne se laissent pas faire, à juste titre. Les habitants de Mahan se sont déjà rassemblés pour obtenir le soutien général et susciter un intérêt accru pour leurs droits dans la région. Pas de quoi, cependant, empêcher les autorités d’écraser les manifestants sur tous les fronts. Le 29 juillet, la police a notamment saisi un amplificateur de téléphonie mobile et des panneaux solaires que Greenpeace Inde avait installé dans le village d’Amelia. Et le même jour, au milieu de la nuit, deux activistes de Greenpeace Inde ont été arrêtés sans mandat.

Aux Etats-Unis, les droits fondamentaux sont « détricotés » si rapidement qu’il est difficile de réagir. Outre les effrayantes violations des droits humains perpétrés à Ferguson, plusieurs activistes de la cause environnementale encourent actuellement des peines de prison considérables. Huit personnes, qui ont participé, toujours de manière pacifique, à l’installation d’une bannière pour dénoncer le rôle de Procter & Gamble dans la déforestation, sont sur le point d’être jugés en octobre. Ils font l’objet d’accusations disproportionnées et très graves, soit de cambriolage et vandalisme, ce qui est passible d’une peine totale de neuf ans et demie de prison et de 20.000 $ d’amende pour chaque activiste ! S’ils sont condamnés, Greenpeace Etats-Unis vivrait là une triste première dans sa longue histoire d’actions pacifiques.
 
Il est impossible de se pencher sur ces cas concrets — et il y en a encore bien d’autres — et de les exclure du débat plus large qui touche au droit de manifestation, à la liberté de parole, à la liberté de rassemblement et, dans certains cas comme en Russie et à Ferguson, à la liberté de la presse.  Une tendance croissante favorise de nos jours le pouvoir des entreprises et des gouvernements oppresseurs, au détriment des droits des individus. Il s’agit d’une tendance alarmante et dangereuse qui, sans changement, pourrait mener au "détricotage" intégral des droits pour lesquels nous nous sommes si ardemment battus.

Que dirait Martin Luther King s’il voyait ce qui se passe aujourd’hui à Ferguson ? Comment se sentirait Gandhi en voyant que son combat est balayé d’un revers de la main ? Qu’arriverait-il à Rosa Parks si elle s’opposait aujourd’hui à des lois injustes en Amérique ?

Nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers ou penser un instant que ces combats sont pour d’autres, loin de nous. Confrontés à ce genre de répression, la seule solution possible est de riposter et de se battre avec encore plus de vigueur, en s’appuyant sur le pouvoir des citoyens, en développant calmement nos arguments et, par-dessus tout, en gardant l’espoir que nous allons l’emporter.

Encore une fois, merci de nous suivre et de nous soutenir, en solidarité avec ceux qui sont persécutés et emprisonnés partout dans le monde.

Les Arctic 30
Peter, Miguel, Camila, Colin, Ana Paula, Phil, Kieron, Alexandra, Frank, Anthony, Iain, Alexandre, Paul, Faiza, Mannes, Anne Mie, Sini, Francesco, Cristian, Jonathan, David J, Tomasz, Roman, Denis, Dima, Marco, Gizem, Ruslan, Andrey et Ekaterina.