Le président Obama a récemment autorisé Shell à effectuer des forages pétroliers non loin du pôle Nord. Et ce, malgré les millions de personnes à travers le monde qui se sont opposées à ce plan irresponsable, et en dépit du soutien politique croissant des Américains à l'Arctique.

De Seattle à Portland, de la Suisse à la Turquie, le monde entier se mobilise contre Shell et pour la préservation de l’Arctique. Le mouvement en faveur d’une réserve naturelle dans l’Arctique continue de croître. Il compte plus de 7 millions de partisans, parmi lesquels figurent des célébrités, des politiciens et même des banques et des compagnies d’assurances. Aux Pays-Bas, des milliers de conducteurs se sont engagés à ne pas se ravitailler chez Shell pendant 40 jours.

Un petit jeu risqué

À l’échelon mondial, la Royal Dutch Shell fait des millions de victimes. Là où l’entreprise fore à la recherche de pétrole ou de gaz, elle laisse derrière elle un paysage ravagé. Shell a maintenant jeté son dévolu sur le pôle Nord. Mais le forage dans une zone vulnérable et inhospitalière de l’Arctique présente des risques énormes. En outre, il y est pratiquement impossible de nettoyer les fuites de pétrole, en raison des conditions difficiles. Et nous n’avons vraiment pas besoin de ce pétrole du pôle Nord : nous pompons déjà beaucoup plus de pétrole et de gaz que le climat ne peut en supporter.

Non sans accrocs

Le forage pétrolier dans l’Arctique est une machine à désastres. En 2012, Shell avait déjà dû faire marche arrière après une série de problèmes techniques et de sécurité. Cette année encore, ses navires ont été recalés par quatre inspections de la garde côtière, et le brise-glace Fennica a même dû rentrer à Portland avec une brèche d’un mètre dans sa coque. Bien entendu, les activistes de Greenpeace les y attendaient de pied ferme.

La nature peut aussi lui mettre un sacré bâton dans les roues. Le forage d’un puits pilote peut facilement prendre deux semaines – et le temps est compté. Le 28 septembre, le forage devra être arrêté afin de fermer le puits avant le gel généralisé. Ce ne serait pas la première fois que Shell serait arrêté par la glace. En 2012, le forage avait dû être interrompu après deux jours seulement, car un énorme iceberg se dirigeait droit vers la plate-forme. La zone où Shell fore actuellement est exempte de glace, mais de gros icebergs susceptibles de se rapprocher rapidement à la suite d’une modification des courants ou du vent dérivent à seulement 50 km de là...

Le temps est également compté pour Obama

Néanmoins, le gouvernement américain a délivré le permis définitif dont Shell peut se servir pour forer plus profondément dans les couches où gît le pétrole. Cette décision va à l’encontre de la lutte du président Obama contre le réchauffement climatique. La candidate démocrate Hillary Clinton est un peu plus cohérente. Elle avait déjà promis une croissance massive des énergies renouvelables, et elle s’est prononcée cette semaine personnellement en faveur de la protection de l’Arctique :

À un peu plus d’un an de la fin de son mandat, le temps est également compté pour le président Obama. Souhaite-t-il entrer dans l’Histoire comme le président qui aura autorisé les forages pétroliers dangereux dans l’Arctique ? Ou préfère-t-il écouter les millions de personnes qui appellent dans le monde entier à la protection de cette belle mais fragile région ?