Dans un rayon de 15 kilomètres autour des sites nucléaires de Mol et de Dessel, on rencontre deux à trois fois plus de cas de leucémie chez les enfants que la moyenne. Voilà ce qui ressort d’une étude belge que vient de publier l’European Journal of Cancer Prevention. Autrement dit, la contamination radioactive n’est pas dangereuse qu’en cas de véritable catastrophe nucléaire, mais aussi lorsque de (très) faibles doses s’échappent de sites soi-disant sûrs.

Mol et Dessel, des nids de radioactivité

Les communes campinoises de Mol et de Dessel comptent de nombreuses installations nucléaires depuis le milieu du siècle dernier : le Centre d’étude de l’énergie nucléaire, l’usine de plutonium Belgonucleaire, l’usine de retraitement Eurochemic, l’usine de combustible nucléaire FBFC et l’usine de traitement des déchets nucléaires Belgoprocess. Depuis des décennies, cette dernière rejette dans la Molse Nete des substances radioactives provenant du traitement et du conditionnement des déchets nucléaires. En ce moment même, on construit à Dessel un bunker destiné au stockage définitif de déchets nucléaires de faible et moyenne activité.

Il est donc logique de mener dans cette région des recherches spécialisées sur les conséquences de la radioactivité. Ce qui est moins logique, c’est que les recherches menées – par des chercheurs de l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire), la Fondation Registre du Cancer et l’ISP (Institut scientifique fédéral de santé publique) – pour l’étude qui vient d’être publiée datent de la période 2002-2008. Pourquoi donc a-t-il fallu attendre 2016 pour la publication de ces résultats dans un magazine scientifique ?

Respecter le principe de précaution

Sans oublier que l’AFCN s’empresse déjà de relativiser les conclusions de l’étude, plutôt que de se concentrer sur sa mission et de prendre les mesures qui s’imposent pour protéger la population et l’environnement contre les rayonnements radioactifs. S'il s'agit d'une tempête dans un verre d'eau, pourquoi les auteurs se sont-ils donnés la peine de publier les résultats dans un magazine scientifique alors qu'ils les avaient déjà diffusés de manière plus restreinte en 2012 ? 

L'étude révèle une augmentation plus que significative du nombre de cas de leucémies chez les enfants de la région de Mol-Dessel. Plus ils vivent à proximité des installations nucléaires et dans les vents dominants, plus l'augmentation est claire. Il s'agit d'indications suffisantes pour dire qu'il faut respecter le principe de précaution. Au lieu d'exiger une certitude à 100% quant au lien entre la présence d'installations nucléaires et le nombre de cancers chez les enfants, la charge de la preuve doit être inversée.

La radioactivité est dangereuse, même à faibles doses

La radioactivité tue, même en petites quantités. C’est maintenant une certitude. Ce qui veut dire que même de très faibles doses font courir le risque de souffrir d’affections liées aux radiations. La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) le reconnaît et recommande de ce fait de limiter autant que possible l’exposition à la radioactivité causée par les activités humaines. Le rayonnement radioactif n’augmente pas seulement les risques de cancers mais aussi, entre autres, d’affections cardiovasculaires et de détérioration de notre matériel génétique. Les conséquences de cette exposition peuvent donc encore se faire sentir pendant plusieurs générations.

En outre, la radioactivité se montre particulièrement patiente. Il faut à certains radio-isotopes rejetés des centaines ou des milliers d’années pour perdre toute leur radioactivité. Pendant tout ce temps, ils constituent une source potentielle de contamination qui hypothèque la santé de tous les êtres vivants, génération après génération. Tôt ou tard, ces substances radioactives se retrouvent dans notre nourriture et notre eau potable, et donc dans notre corps. Des particules minuscules peuvent aussi être inhalées, par exemple lorsque ces substances se retrouvent en suspension dans l’air.

Sortie du nucléaire : le plus tôt sera le mieux pour notre santé

En conclusion, l’énergie nucléaire et toutes les activités nucléaires auxiliaires, des mines d’uranium au traitement et au stockage des déchets nucléaires en passant par la production de combustible nucléaire, ont un impact néfaste sur notre santé. Elles rejettent des substances radioactives nocives dans l’environnement non seulement lors des accidents et catastrophes nucléaires, mais aussi lorsque tout fonctionne normalement. Et tant que les centrales nucléaires restent en service, ces substances continuent de s’accumuler. Notre sortie du nucléaire ne pourra donc être que trop tardive.