Une gaffe historique. Une décision totalement contreproductive. Bien sûr, nous attendons un aperçu complet des conditions préalables liées à cette décision mais en attendant, nous ne pouvons pas comprendre le choix des négociateurs de prolonger de 10 ans la durée de vie des réacteurs nucléaires Doel 1 et Doel 2. Accorder un nouveau sursis à nos vieilles centrales n’assurera en aucun cas notre sécurité d’approvisionnement énergétique lors des deux prochains hivers.

Ne l'oublions pas : ce sont nos centrales nucléaires qui sont à l’origine des problèmes d’approvisionnement énergétique qui frappent la Belgique ! En les prolongeant, les négociateurs exposent encore plus notre pays au risque d’une pénurie d’électricité. Une pure folie.

Et en continuant de miser sur le nucléaire, les négociateurs empêchent tout investissement dans des solutions structurelles, propres et durables (telles que les économies d’énergie et l’efficacité énergétique), tout en laissant la Belgique à la traîne sur le plan des énergies renouvelables, se privant ainsi de retombées économiques importantes.


© Pierre Kroll  (Mise au Point, RTBF, 14/9/14)

Par cette décision, les négociateurs ignorent également un autre élément essentiel : la sécurité de la population. Doel 1 et Doel 2 ont été construits au début des années 1970, suivant une technologie actuellement dépassée. Conçus pour durer 30 ans, ces réacteurs seraient donc maintenus en activité jusqu’à leur 50 ans. Il est pourtant impossible de les amener au niveau de sécurité exigé aujourd’hui. De coûteux travaux pour tenter de remédier à cette situation n’y changeraient rien.

La poursuite des activités de ces deux réacteurs vieillissants ne peut que constituer une menace fondamentale pour la sécurité des citoyens. D'ailleurs, si quelqu’un souhaitait aujourd’hui construire un nouveau réacteur, du même type que Doel 1 et Doel 2, il n’obtiendrait jamais les autorisations nécessaires. Si l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire valide cette décision politique, elle perdra alors la dernière once de crédibilité qui lui reste.

Nous attendons désormais que l'AFCN remplisse pleinement sa mission d’organisme indépendant au service de l’intérêt public. Car elle a trop souvent, par le passé, fait preuve de laxisme, à l’image de cette relance des réacteurs fissurés Tihange 2 et Doel 3 alors que toute la lumière n’avait pas été faite sur l’origine et la possible étendue des microfissures. L’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire doit plus que jamais s’assurer que la sûreté nucléaire ne soit pas bafouée par des compromis politiques.