Voici les épisodes 3 et 4 du voyage de Françoise Wallemacq, journaliste à la RTBF, en Arctique. N'hésitez pas à suivre ses péripéties.  

Vous pourrez voir le reportage de la journaliste ce samedi 1er octobre sur Transversales.

Episode 3

Aujourd'hui, la mer est mauvaise, le bateau roule et tangue, tout le monde a l'air saoul à bord. Nick a le mot juste : "maintenant je sais ce que ressentent mes chaussettes dans la machine à laver !"

Mike, le capitaine, nous donne un conseil précieux : "il faut toujours garder une main pour le bateau" c'est-à-dire garder une main libre pour s'agripper. Dangereux de convoyer à la fois un mug de thé bouillant ET un ordinateur par exemple.

Hier en fin de journée, le soleil brillait, et nous avons pu frôler un glacier, un vrai, un iceberg bleu, grand comme une cathédrale. Quand le moteur de la chaloupe qui nous rapprochait du monstre de glace s'est tu, on a pu entendre les crépitements des petits glaçons agités par de micros bulles d'air. C'est un son inconnu, frais et touchant.

Un essaim de mouettes suit le sillage de l'Arctic Sunrise, en jacassant. Visiblement, elles le confondent avec un bateau de pêche, susceptible de leur servir leur plat du jour. Pas de chance, le bateau de Greenpeace ne jette pas de ce pain-là.

Les chalutiers, c'est l'objectif de l'Arctic Sunrise. Nous devrions en croiser dans quelques heures. Des norvégiens, des russes ou des britanniques. Leur technique de pêche est dévastatrice. Ils utilisent d'énormes filets, qui avalent tout sur leur passage.
Les cabillauds et les aiglefins convoités, mais aussi des dauphins, des oiseaux de mer, ou des poissons trop jeunes pour la consommation. Parfois, c'est la moitié du contenu du filet qui est inutilisable ! Ces filets qui raclent les fonds marins détruisent aussi des coraux d'eau froide qui ont mis des centaines d'années à se développer.

Greenpeace a réussi à convaincre les plus gros industriels de la pêche à ne plus s'approvisionner dans de nouvelles zones de pêche, au nord de la Mer de Barents, libérée par la fonte des glaces. Elle veut vérifier que cet accord historique est bien respecté. L'équipe va aussi documenter, grâce à une caméra sous-marine, l'état des fonds marins dans cet écosystème fragile et jusqu'ici presque inviolé.

Épisode 4

Mike, le capitaine de l'Arctic Sunrise

Nous sommes le 7 juillet. Nous avons navigué toute la nuit sur une mer agitée. Nous avons passé la pointe sud de l'archipel Svalbard et remontons vers le nord, en mer de Barents.

C'est l'une des plus poissonneuses du monde. Ici, il y a moins de trente ans, une épaisse couche de glace recouvrait l'océan. Un manteau blanc, qui protégeait la biodiversité marine, et permettait aux ours polaires de parcourir de grandes distances pour trouver leur nourriture l'été.

Aujourd’hui, ce manteau de glace a fondu, l'été dure 20 semaines de plus que dans les années 80. La mer s'est entrouverte, et les hommes se sont engouffrés dans la brèche, attirés par les richesses recelées par ce mystérieux cercle polaire.

Mais pour les ours, ce changement est catastrophique. Phil, le cuistot de l'Arctic Sunrise, me raconte qu'il y a une semaine, ils ont aperçu un ours blanc solitaire, paressant au soleil sur la pente de la montagne Spitzberg. C'était un mâle. Sa fourrure jaunâtre tranchait avec le flanc noir de la colline. Pendant l'été, les mâles chassent seuls, en prévision de l'hiver. Auparavant, en cette saison, les ours croisaient naturellement des colonies de phoques sur la banquise, et faisaient des provisions. Mais à présent, comme la banquise a fondu, les ours sont obligés de nager, des centaines de kilomètres, (parfois près de 2000km !) pour trouver leur pitance.

C'est pour cela que l'on voit des individus amaigris, efflanqués et épuisés. Certains meurent même de faim avant d'avoir atteint leur destination... Les mamans ours, qui mettent bas deux oursons en moyenne, sont souvent obligées d'en sacrifier un, afin d'avoir de quoi allaiter l’autre.

Sur le radar de l'Arctic Sunrise, on détecte une quinzaine de chalutiers de pêche. Norvégiens, russes, et même un français : « La grande hermine » !

Mike, le capitaine du bateau de Greenpeace, appelle par radio un des bateaux norvégiens. Le radio opérateur répond avec une relative courtoisie aux questions de Mike.

Le breaker norvégien pêche depuis trois jours dans la zone. Les pêcheurs ont pris une trentaine de tonnes de cabillaud. Leur méthode de pêche ? Les filets de traîne, comme tous les autres chalutiers du genre.

Ces filets sont une catastrophe pour l'environnement marin. Ils sont lestés par une énorme plaque d'acier qui traîne sur le fond de la mer et racle tout sur son passage : faune, flore, coraux. C'est comme un bulldozer, après son passage, il ne reste rien, que du sable.

Les grosses compagnies de pêche norvégiennes et russes se sont engagées à ne pas pécher plus au nord, et à rester dans leur zone traditionnelle de pêche, grande comme toute la France.

Mike tente une dernière question : « Est-ce que vous prenez autre chose que du cabillaud dans vos filets ? » Son interlocuteur coupe court : « je suis radio opérateur, pas pêcheur ! » et il stoppe la communication.

Sur le flanc gauche de l'Arctic Sunrise, 3 dauphins surgissent joyeusement d'entre les vagues. Puis disparaissent...

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Episode 1 et 2

Avant le départ