Au terme de plus d’un an de préparation, la conférence internationale sur le climat s’est enfin ouverte aujourd’hui à Paris. Plus de 160 chefs d’État et de gouvernement se sont bousculés pour souligner la nécessité d’une action climatique urgente et ambitieuse. Parmi eux, bien sûr, le Premier ministre Charles Michel dont la crédibilité est fortement ébranlée, faute d’accord belge sur le climat.

L’impasse dans le dossier climatique belge n’est pas passée inaperçue à Paris non plus : la Belgique s’est immédiatement vu décerner le "prix Fossile" du jour, comme étant "le parfait exemple de ce qu’un pays riche et industrialisé ne doit pas faire à un sommet sur le climat". Par exemple, grâce à l’incompétence de nos ministres, la Belgique persiste dans ses engagements insuffisants en matière de financement climatique des pays vulnérables du sud. Cinquante millions d’euros est une somme dérisoire par rapport au milliard (et davantage) promis par l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne. L’année dernière à Lima, notre pays avait déjà reçu cette « distinction ».

Bonnes et mauvaises nouvelles

Mais ce sommet sur le climat ne tourne pas uniquement autour de nos irresponsables ministres belges. Pendant deux semaines, les yeux du monde sont braqués sur Paris. Hier, 785.000 personnes sont descendues dans les rues de 175 pays pour exiger un accord fort sur le climat. En Belgique, où aucune autorisation n’avait été accordée pour une manifestation climatique de masse, des milliers de personnes ont inondé les réseaux sociaux avec le mot-clé #WeAreMarching. Durant les dernières semaines, le climat était omniprésent dans l’actualité.

Et pour commencer par une bonne nouvelle, cette année a vu des victoires climatiques « impossibles » se concrétiser. La demande mondiale de charbon a baissé, en particulier en Chine. Shell et Statoil ont abandonné leurs plans de forage dans l’Arctique, et le président Obama a mis un point final au controversé pipeline Keystone XL. Pendant ce temps, de plus en plus de villes et d’entreprises optent pour un avenir basé sur 100 % d’énergie renouvelable.

Mais de mauvaises nouvelles s’accumulent aussi sur le front climatique. 2015 est l’année la plus chaude jamais enregistrée et les incendies de forêt en Indonésie produisent au quotidien plus de gaz à effet de serre que les émissions totales aux États-Unis. Des militants locaux de Greenpeace travaillent main dans la main avec la population pour réhydrater les tourbières afin qu’elles ne relâchent pas davantage de CO2 dans l’atmosphère. Et même si la révolution énergétique ne peut plus être stoppée, elle doit aller encore plus vite si nous voulons éviter des conséquences climatiques catastrophiques.

3 questions pour un bon accord sur le climat

Le sommet sur le climat de Paris doit donner le coup d’envoi d’une action climatique plus rapide et plus efficace. Greenpeace a établi trois principaux critères pour que l’issue de ce sommet soit acceptable :

1. Paris marque-t-il le début de la fin des combustibles fossiles ?

Le mix énergétique mondial est en train de changer rapidement et comprend une part de plus en plus importante d’énergie renouvelable. Pour ancrer cette tendance, l’accord de Paris doit acter clairement la fin des combustibles fossiles, au plus tard en 2050. Nous avons besoin d’une transition équitable vers 100 % d’énergie renouvelable pour tout le monde, qui bénéficiera tant aux travailleurs qu’à notre santé et à nos enfants. Ce signal doit être clair et inconditionnel.

2. Paris conduit-il à un renforcement rapide et continu des plans climat nationaux ?

Nous savons déjà que les promesses que les gouvernements apportent à Paris ne sont pas suffisantes pour que le réchauffement reste en dessous de 1,5 à 2 °C. Au mieux, nous nous dirigeons vers une élévation de la température de 2,7 °C, ce qui fait une énorme différence. C’est comparable à un enfant qui a de la fièvre : avec 1 °C de fièvre (situation que nous connaissons aujourd’hui) il ne se sent pas bien ; avec 2 °C de fièvre, il est vraiment malade, et en plus il est temps de le conduire à l’hôpital. Nous ne pouvons plus nous permettre de rester à nouveau bloqués pendant 10 à 15 ans avec les mêmes objectifs insuffisants. Les objectifs doivent être revus et renforcés avant l’entrée en vigueur de l’accord de Paris en 2020, et tous les cinq ans par la suite.

3. Paris prévoit-il une solidarité mondiale et oblige-t-il les pollueurs à payer pour les dommages qu’ils causent ?

Aujourd’hui, ou dans un avenir proche, plus de 40 pays sont déjà, ou seront, concernés par les effets du changement climatique, et disposent de ressources insuffisantes pour y faire face par eux-mêmes. Par conséquent, il est essentiel qu’ils puissent compter sur un soutien financier adéquat. Les pays les plus riches et les grandes entreprises d’énergie fossile ont la responsabilité morale d’aider ces pays vulnérables à s’adapter au changement climatique.

Si l’accord sur le climat conclu à la fin de ce sommet satisfait à ces trois critères, nous aurons franchi une étape importante vers un monde fonctionnant avec une énergie propre et bon marché disponible pour tous. Si nos ministres veulent éviter de se voir décerner d’autres prix Fossiles, ils doivent de toute urgence faire leur part du boulot.