Début février, un climatosceptique notoire, Myron Ebell, a été invité par des conservateurs européens à Bruxelles.. Je ne suis pas contre les débats, loin de là. Mais ce débat est clos. Le changement climatique est acté. Des millions de personnes le subissent déjà. Il est temps de développer les pratiques pour le limiter.

Ceci n’est pas un débat. N’essayez pas de trouver le ton surréaliste de cette petite phrase. C’est bien ce que je veux dire : ce n’est plus un ‘débat’. Je parle du passage à Bruxelles de Myron Ebell, un climatosceptique notoire et (ancien) conseiller de Donald Trump. Le respect avec lequel il fut accueilli à un colloque de conservateurs européens était surréaliste. J’ai manifesté avec une centaine d’autres personnes contre l’arrivée d’Ebell. Je l’ai fait en me levant pendant son discours, doté d’un message simple : Resist. Six lettres qui, aujourd’hui, sont plus importantes que jamais.

Efforts sabotés

L’ai-je fait parce que je suis allergique aux opinions des autres ? Pas du tout. Un débat ouvert renforce notre démocratie et nous aide à accélérer le progrès. Cependant, il ne s’agit pas ici d’une différence d’opinions. Avec son discours abominable et sans pitié, Ebell envoie bouler un impressionnant consensus scientifique. Il est en outre grassement sponsorisé par les lobbies du charbon et du pétrole aux États-Unis. Il injecte ainsi un insidieux poison dans le but d’anéantir les intenses efforts déployés pour relever le plus grand défi de notre génération et des générations futures – la lutte contre le changement climatique.

Discours criminel

Le changement climatique a aujourd’hui déjà entraîné de nombreuses victimes : des personnes décédées ou qui perdent leur logement en raison de phénomènes météorologiques extrêmes, des fermiers qui voient leurs récoltes détruites par les sécheresses ou les inondations, des familles en fuite à cause de conflits alimentés par le réchauffement de notre planète. Certaines îles du Pacifique élaborent des plans concrets afin d’évacuer des populations entières en raison de la hausse croissante du niveau de la mer. L’Europe non plus n’est pas épargnée par les conséquences tant économiques qu’écologiques du réchauffement climatique.

Est-ce donc totalement saugrenu de trouver criminel un discours tel que celui d’Ebell ? Je suis persuadé que, dans un avenir proche, les climatosceptiques tels que lui seront étiquetés comme le sont d’autres négationnistes à l’heure actuelle.

Offensive désespérée des lobbies

Si j’ai hésité à simplement ignorer la venue de ce monsieur ? Bien sûr. Nous rejetons généralement les débats avec les climatosceptiques parce qu’ils ne font que détourner l’attention du cœur du problème. Et Myron Ebell est un pseudo-scientifique dont les absurdités n’intéressent plus que les fous tels que Donald Trump. Hélas, aujourd’hui président des États-Unis.

Mais ce que nous pouvions encore nier hier, nous devons aujourd’hui nous y opposer fermement. Le fait qu’Ebell puisse, la même semaine, prendre un café avec le Premier ministre du Royaume-Uni, Theresa May, et être accueilli à bras ouverts par les conservateurs européens ne présage rien de bon. Pourquoi le climatologue européen Jos Delbeke n’a-t-il pas appelé un chat un chat dans l’émission Terzake sur Canvas ? Myron Ebell est la marionnette du lobby des énergies fossiles. Un lobby qui se battra jusqu’au bout pour garantir ses gains, aux dépens de notre planète et des générations futures. Le public croissant que les personnes comme lui attirent aussi en Europe est la preuve que ce lobby s’est engagé dans une offensive (désespérée) à la tête de laquelle se trouve un grand brailleur : le nouveau président américain.

Resist !

Oui, j’ai donc trouvé justifié, nécessaire même de combattre ce discours au cœur de l’Europe. Resist, oppose-toi, résistez ! J’espère de tout mon cœur que ce mot deviendra la devise de tous ceux qui sont en désaccord avec la situation actuelle. Résistez à ceux qui injectent leur poison tel qu’Ebell, à ceux qui exécutent le sale boulot des lobbies de charbon et de pétrole. Résistez aux entreprises pour qui les bénéfices sont plus importants que l’intérêt commun. Résistez à ceux qui se moquent de l’avenir. Résistez aux politiciens qui se laissent dominer et qui fuient leurs responsabilités. Résistez. Parce que l’urgence du changement climatique ne comporte pas de « faits alternatifs ».

Ceci est la traduction d’une carte blanche écrite par Joeri Thijs, porte-parole et expert Climat chez Greenpeace Belgique.