Vous avez remarqué ? Probablement, car il est difficile de passer à côté. Ces derniers temps, on ne peut plus ouvrir un journal sans tomber sur une annonce pleine page du Forum nucléaire : une jeune femme debout dans un champ au coucher du soleil, emplie d'espoir pour l'avenir (vous savez, ce fameux regard dirigé à droite). Pas un petit nuage de CO2 dans le ciel, pas une éolienne qui dérange. La fée Electrabel résout ces deux problèmes d'un coup de baguette magique.

Le nucléaire recule

Pourtant, malgré son lobbying et toutes les subventions, cela fait déjà 25 ans que le secteur nucléaire recule, surtout en Europe. Sa capacité stagne quasi depuis 1990, tandis que des pays comme l'Allemagne, la Suède mais aussi la France réduisent considérablement leur parc nucléaire ou le ferment complètement. L'énergie nucléaire, "utilisable immédiatement et à grande échelle" ? Certainement pas en Europe. A Flamanville (France) et Olkiluoto (Finlande), on s’est obstiné à construire de nouveaux réacteurs, mais après des années de retard et des coûts supplémentaires s’élevant à des milliards d’euros, leur mise en service ne semble pas encore pour demain.

Il est clair que l’énergie nucléaire ne constituera jamais une solution au problème du changement climatique. Au mieux, si l’on construisait tous les 15 jours, au cours des 35 années à venir, un nouveau réacteur comme ceux de Doel 4 et Tihange 3, les émissions de CO2 issues de la production énergétique baisseraient de 4 % d’ici 2050. 4 % ! En contrepartie, nous aurions encore des milliers de tonnes de déchets radioactifs à longue durée de vie pour lesquels il n’existe toujours aucune solution, et quelques géants de l’énergie qui tiendraient fermement les rênes de notre approvisionnement énergétique. Quant à la fusion nucléaire, jusqu’à nouvel ordre, ce n’est qu’un mythe.

Les renouvelables sont partout

En revanche, il existe des sources d’énergie renouvelables telles que les énergies solaire, éolienne, géothermique et hydraulique ou encore la biomasse. Des technologies qui sont déjà disponibles partout et dont le prix ne cesse de baisser. Contrairement à l’énergie nucléaire, celles-ci ne font pas l’objet de négociations secrètes ou de subventions octroyées dans l’ombre, et les nouveaux panneaux solaires et les éoliennes peuvent être en grande partie recyclés.

Mais le principal avantage de l’énergie renouvelable, c’est sa flexibilité. Finie la production d’électricité constante indépendamment de la demande. Une efficacité énergétique d’autant plus intéressante, donc, que le moindre mégawatt économisé ne doit plus être produit. Et grâce à l’interconnexion avec les pays voisins (déjà 3.500 MW, et encore 3.000 MW d’ici 2019), il n’y a aucun risque de black-out, puisque même quand ici, il n’y a pas de vent et il fait gris, il y a bien du vent quelque part en Angleterre, ou le soleil brille en Espagne.

N’est-il donc pas complètement absurde de bientôt mettre à l’arrêt les éoliennes qui émettent moins de CO2 parce que notre pays s’obstine à maintenir en activité ses sept réacteurs nucléaires ? Et quel investisseur aura envie d’injecter son argent dans les énergies renouvelables dans ce contexte propice au nucléaire ? C’est ainsi que nos sinistres prédictions risquent de se réaliser et qu’en 2025, nous n’aurons de nouveau "pas le choix", il faudra encore prolonger la durée de vie de nos vieilles centrales nucléaires...

L’avenir sera à 100 % renouvelable

Alors, si demain ou ce week-end, vous voyez encore une publicité pour le nucléaire, arrachez cette page et tenez-la devant un miroir pour que la jeune femme regarde vers la gauche, car l’énergie nucléaire est une relique du passé, une petite histoire que nous raconterons à nos enfants : l’avenir sera à 100 % renouvelable.