Indubitablement, beaucoup de parlementaires, d’observateurs et de citoyens se demandent quelle mouche a piqué la ministre Marghem la semaine dernière. Pourquoi s’enferrer dans ses mensonges et négliger de manière quasiment ostentatoire les procédures imposées ainsi que la législation pour prolonger les réacteurs nucléaires de Doel 1 et 2 ?

Permettez-moi d’avancer une explication raisonnable : il semble que la ministre Marghem soit tout simplement enfermée dans une "chambre d’écho nucléaire". Une quoi ? C'est un concept anglais : "echo chamber". Une situation dans laquelle l’information et les idées sont amplifiées en se répétant et en se propageant dans un système fermé alors que les autres points de vue, contradictoires, sont censurés ou exclus.

Oui, la ministre Marghem s’est constituée sa propre "chambre d’écho". Après la décision du gouvernement Michel d’allonger de 10 ans la durée de vie des réacteurs nucléaires de Doel 1 et 2, la ministre en charge a tout mis en œuvre pour y arriver. Elle concentre dans son cabinet un certain nombre d’anciens travailleurs du secteur nucléaire qui s’échangent ensuite des informations utiles à leurs yeux. Soigneusement sélectionnées. Certaines informations provenant de l’extérieur, à l’instar d’un avis du Conseil d’Etat, sont, elles, ignorées. Marghem préfère plutôt suivre l’avis juridique qui provient de sa "chambre d’écho", où la mainmise d’Electrabel est indéniable.



Notre Ministre de l’Energie va même encore plus loin, n’hésitant pas à faire de la rétention d’informations devant le parlement et à manipuler ce qui pourrait s’échapper de sa "chambre d’écho". Manifestement, la fin justifie les moyens.

Le danger ? Prenons l’exemple japonais pour l’illustrer : là-bas, une commission d’enquête officielle du gouvernement désigne la proximité et la collusion entre le propriétaire de la centrale nucléaire TEPCO, les autorités et le superviseur comme la principale cause de la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011. Le régulateur, composé fréquemment d’anciens travailleurs des centrales nucléaires, a souvent laissé, par exemple, les contrôles en matière de sécurité entre les mains de TEPCO lui-même. Le secteur nucléaire a ainsi continué (et continue) à se convaincre, et tout le monde aux alentours, que les centrales nucléaires sont sûres. Les risques, eux, ont été minimisés. Jusqu’à Fukushima, une catastrophe nucléaire de l’ampeur de Tchernobyl.

Marghem et les membres de sa "chambre d’écho" n’ont visiblement pas appris les leçons de Fukushima. Ils continuent à se répéter inexorablement que les vieux réacteurs de Doel 1 et 2 sont sûrs et qu’un rapport environnemental et une consultation publique sont inutiles, ignorant ainsi leurs obligations légales et les traités internationaux en la matière.
 
Se fiche-t-elle vraiment du fait que la Belgique puisse faire faillite en cas de catastrophe nucléaire ? Est-elle vraiment prête à mettre en jeu une ville comme Anvers pour arriver à ses fins politiques ?

Le Premier ministre Charles Michel a son rôle à jouer : à lui de forcer le coffre de cette "chambre d’écho" le plus vite possible. Le monde est déjà en train de se convertir aux énergies renouvelables. La Belgique a, elle aussi, tout intérêt à assurer son approvisionnement énergétique de manière propre et sûre. Notre économie ne s’en portera que mieux.