La semaine dernière, les négociateurs des 195 pays qui devront conclure un accord à Paris se sont réunis à Bonn pour se pencher une dernière fois sur le texte des négociations. Ce n’était pas une tâche simple : si c’est la première fois qu’autant de pays se disent prêts à affronter le problème climatique, il est rapidement apparu que le fossé reste important entre les différents blocs. Pour ma part, c’est la première fois que j’ai assisté à de telles négociations climatiques internationales…

Ça a commencé un lundi matin, le 19 octobre. Le G77, groupe représentant 134 pays, dont la Chine, refuse de commencer les discussions sur base de la proposition de texte faite par la co-présidence de l’UNFCCC (l’agence de l’ONU sur le réchauffement climatique). A leur avis, et le nôtre aussi en fait, ce texte  ne représente ni les discussions qu’ils ont eues lors de la session précédente ni, plus important, les risques qu’ils encourent en cas de hausse de la température globale à plus de 2°C. Le texte de la session précédente faisait 90 pages, il a été réduit à 20. Mais 20 pages jugées totalement insatisfaisantes. Tractations, discussions, accord, remise en cause de l’accord, nouvelle méthode de travail... Lundi soir, le texte a été rallongé et remet différentes options sur la table. C’était une première période de turbulences.

Pas admis

Mardi. Deuxième rebondissement. Sur base du texte de 34 pages, les Etats décident de travailler en groupes de travail. La règle veut que les observateurs y participent, sauf si un Etat s’y oppose. Un Etat s’y oppose : le Japon. Il dira : « Tous les ambassadeurs savent qu’on ne peut pas négocier sérieusement  en présence d’observateurs ». Dont acte. Le Japon a fait le sale boulot, probablement pour toute une série de pays qui ne voulaient plus nous voir. Nous sommes des centaines de la société civile à ne plus pouvoir assister aux réunions. Notre travail se fera dans les couloirs.

Semaine chahutée. Ça traîne. Les Etats ne font que rajouter des nouveaux éléments, ils ne négocient pas. Ils ne tranchent pas. La France tape du poing sur la table. « Il n’y a pas de plan B, le seul plan valable est d’exécuter le Plan A ».

Dans le monde extérieur, il y a le typhon qui cause la mort de plusieurs personnes aux Philippines. Il y a l’ouragan aux larges des côtes mexicaines qui fera dire à l’ambassadeur mexicain combien la responsabilité des délégations est importante dans ces négociations. Il y a aussi des annonces telles que celle d’Enel, grande compagnie pétrolière et énergétique, qui annonce qu’elle ne construira plus de centrales au charbon et qu’elle sera «neutre en carbone» à l’horizon 2050. Cela nous aide, société civile, à convaincre les délégués de réintroduire des notions importantes dans le texte telles que « la nécessité de définir des objectifs de long terme », « la décarbonisation de l’économie » qui donnent quand même des signaux clairs pour les investissements de l’avenir.

Texte final

Dans le texte final, on retrouve aussi des options importantes, que les ministres devront trancher à Paris, sur la nécessité de disposer d’un mécanisme de contrôle, tous les 5 ans, des contributions des Etats à la lutte contre le réchauffement climatique. Les fameux INDC’s (contribution des Etats) devront être évalués tous les 5 ans afin de permettre d’adapter les efforts réalisés par chacun dans le cas où les Etats trainent à atteindre les objectifs fixés à long terme.

Plus surprenant, on retrouve la proposition d’instaurer un Tribunal International de Justice Climatique. On suppose que l’idée ne fera pas long feu car elle n’est que peu détaillée. Mais cela reflète la grande diversité des points des vue des près de 200 Etats qui doivent s’accorder sur une vision commune et juridiquement contraignante.

Où sont les 100 milliards de dollars ?

Enfin, plus inquiétant, et c’est là où réside le nerf de la guerre ; la question des « pertes et dommages » est loin d’être clarifiée. Il est urgent de poser des actes concrets et de donner des moyens aux pays les plus visés par les conséquences du réchauffement climatique. 100 milliards de dollars par an ont été promis mais très peu ont encore été versés. A Paris, des engagements fermes devront être pris aussi sur cet aspect financier.

C’est la responsabilité des pays les plus responsables du réchauffement climatique de tout faire pour limiter ce réchauffement, pour diminuer les émissions de gaz à effets de serre mais aussi,  pour aider les pays les plus vulnérables à contrer les effets néfastes qui se font déjà ressentir aujourd’hui.

Vendredi. Les pays accouchent d’un texte de 33 pages qui réintroduit des options importantes mais qui reste souvent flou, difficile à lire, et surtout qui n’est pas la base d’un texte juridiquement contraignant. Il reste du travail. Une « pré-cop » aura finalement encore lieu du 8 au 10 novembre. Et puis, ce sera Paris.

Paris J-32 ! Les décideurs politiques seront-ils à la hauteur de nos attentes ? Seront-ils à l’écoute de ce qui se passe sur le terrain ? Les citoyens, les collectivités ont compris qu’ils sont le moteur du changement vers une société moins énergivore et plus verte.