Vous êtes probablement devenu aussi immunisé que la plupart d'entre nous face aux mauvaises nouvelles sur le climat et sur l'avenir tel qu'il sera pour les générations futures. Mais rétablissons la vérité sur ce qu'espèrent celles et ceux qui profitent de notre mode de vie actuel non-durable.

La calotte glaciaire du pôle Nord vient d'atteindre sa superficie la plus faible de l'année. La glace de l'océan Arctique augmente pendant l'hiver et fond – toujours plus vite – pendant l'été. Les 8 records de son niveau le plus bas ont été battus au cours de ces... 8 dernières années. La communication annuelle à ce sujet est devenue une perspective pessimiste, parmi beaucoup d'autres, que les gens considèrent désormais comme traditionnelle.

Toutefois, l'impact potentiel de la fonte des glaces du pôle Nord est important. Cette surface blanche au sommet de notre planète joue en effet un rôle crucial dans la régulation climatique, la glace reflétant la lumière du soleil tandis que les eaux sombres de l'océan absorbent la chaleur. L'érosion de ce réflecteur blanc au pôle Nord a entraîné ces dernières décennies, selon le glaciologue britannique Peter Wadhams, un réchauffement supplémentaire équivalent à ce que l'homme expulse pendant 20 ans comme CO2 dans l'atmosphère. Si des étés sans la moindre glace au pôle Nord – peut-être déjà une réalité d'ici 5 à 10 ans, selon les prévisions les plus pessimistes – peuvent paraître tentants pour les compagnies pétrolières et les flottes de pêche industrielles, en pratique cela représenterait ni plus ni moins le début de la fin.



On a entre-temps fait le tour des métaphores destinées à illustrer l'urgence du problème climatique auprès de nos mandataires politiques. « La maison brûle, la marmite déborde, il est moins une », etc. Soyons honnêtes : l'heure H est d'ores et déjà passée depuis longtemps, le climat s'emballe et les dégâts sont en grande partie irréversibles. Les scientifiques sont quant à eux découragés par le manque d'action de la sphère politique. Depuis des années, tout le monde s'accorde à dire que le réchauffement climatique doit être limité à 2 degrés Celsius. Pourtant, avec la politique et les conventions actuelles, nous nous dirigeons tout droit vers un réchauffement de 4 voire de 6°. Un scénario purement et simplement catastrophique.

Il est d'autant plus humain de détourner la tête face à une telle accumulation de mauvaises nouvelles. Mais ce seront les générations futures qui devront en payer le prix. Car le manque d'engagement permet aujourd'hui à nos représentants politiques de faire traîner les choses. Les géants du pétrole et du charbon ont la voie libre afin de poursuivre leurs pratiques pendant plusieurs décennies encore. « Après nous, le déluge »…

Ce mardi, le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon rencontre les chefs d'État à New York à l'occasion d'un sommet spécial sur le climat, pour tenter de faire peu à peu converger les regards avant un énième sommet crucial sur le climat, fin 2015 à Paris. Il a demandé aux dirigeants du monde de venir avec des promesses fortes de mesures climatiques ambitieuses. Notre Premier Ministre en affaires courantes, Elio Di Rupo, a lui aussi pris le chemin de New York pour y prononcer un discours.

Mais que pourra bien aller raconter Di Rupo à tout ce beau monde ? La politique climatique dans notre pays se trouve, depuis plusieurs années, au point mort. Et les négociateurs du prochain gouvernement fédéral misent une fois encore entièrement sur l'énergie nucléaire, menaçant ainsi de donner un nouveau coup de frein à la transition nécessaire vers une énergie 100 % renouvelable pour notre pays. Alors que le monde crie au changement. C’est clair : nous devrions vraiment être en colère, bien plus fâchés que nous ne pouvons déjà l’être.

Peut-être devrions-nous essayer d'appliquer la dernière tendance d'Internet, le « Ice Bucket Challenge » à nos politiciens belges et leur verser un seau  de glace (polaire) sur la tête pour les inciter à prendre enfin le problème climatique au sérieux ?