La sécurité des centrales nucléaires belges soulève de nombreux problèmes. Il n’y a pas que Greenpeace qui le dit, l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire) elle-même le sait depuis bien longtemps. Dans deux récents courriers incendiaires, Jan Bens, le directeur de l’AFCN, condamne fermement la faible culture de la sécurité de l’exploitant de ces centrales, Engie/Electrabel. Et pourtant, une véritable politique de tolérance perdure, par laquelle Electrabel se voit systématiquement octroyer un délai supplémentaire pour prendre des mesures souvent réduites à leur plus simple expression. La coupe est-elle désormais pleine pour Jan Bens et l’AFCN va-t-elle finalement changer son fusil d’épaule ?

Le seul langage qu’Electrabel comprenne

Les réactions d’Engie/Electrabel face aux réprimandes récurrentes de l’AFCN en disent long : l’exploitant des centrales nucléaires ne se soucie pas de ce qu’il considère d’ores et déjà comme de nouvelles menaces en l’air. Et l’AFCN en a bien conscience. Dans ses courriers adressés aux PDG belge et français de l’entreprise énergétique, Jan Bens parle d’une « insolence sans égale » et de leur « incapacité à [...] renforcer la sécurité ».

À chaque nouvel incident, Electrabel insiste sur le fait que la sécurité est sa priorité absolue, mais dans la pratique, elle se joue de tous les avertissements. Face à cette « culture de la suffisance », la tolérance de l’AFCN et du gouvernement est nettement inadaptée. Il est temps que l’AFCN parle la seule langue comprise par Electrabel : qu’elle l’oblige à arrêter temporairement les réacteurs concernés. S’il apparaît qu’Electrabel est incapable de s’attaquer s��rieusement aux problèmes de sécurité ou qu’elle n’est pas disposée à le faire, l’AFCN doit en tirer les conclusions qui s’imposent et fermer définitivement les réacteurs à risque.

L’ASN montre l’exemple à Jan Bens

En cette matière, l’AFCN peut prendre exemple sur son homologue français, l’ASN, qui a récemment mis à l’arrêt 12 réacteurs après de nouveaux soupçons d’anomalies liées à l’acier utilisé. En effet, ces dernières années, de nouveaux générateurs de vapeur potentiellement confrontés au même problème ont été installés à Doel et à Tihange. Greenpeace a donc demandé le mois dernier à l’AFCN de clarifier la situation  (courrier en néerlandais) pour les centrales belges et, à l’instar de l’ASN, de mettre à l’arrêt les réacteurs susceptibles d’être touchés par les mêmes défauts.