Le Ministre wallon de l’énergie Paul Furlan l’assure fièrement dans la presse : la Wallonie va dépasser ses objectifs, fixés pour 2020 par l’Europe, en termes de production d’énergies renouvelables. Et comme il est "bon prince", le Ministre envisage même de vendre une part du pourcentage (%) de renouvelables - il ne s'agit ici pas d'électrons donc mais bien de statistiques de surplus d’énergie verte ! - à des pays voisins demandeurs, comme le Luxembourg et les Pays-Bas, qui ne parviennent pas, pour l’instant, à honorer leurs engagements en la matière.

Toujours pas d'accord chez nous

Je crois rêver… Comment tabler sur telle opération alors que l’objectif de production d’énergies renouvelables n’est toujours pas réparti ! Voilà en effet plus de 6 ans - on se répète de manière désespérante - que les trois Régions belges et le fédéral pataugent. Qu’ils ridiculisent la Belgique sur la scène climatique internationale. En cause : leur incapacité à trouver un accord pour la répartition des efforts à fournir en termes de production d’énergies renouvelables. Le but étant d'atteindre les 13% fixés par l'Europe d’ici 2020.

 Mon collègue Joeri Thijs l’écrivait déjà au mois de mai dernier : pendant que le reste du monde s’active en vue du prochain sommet climatique qui aura lieu en cette fin d’année à Paris, nos dirigeants, eux, continuent de se fourvoyer. Et une politique climatique coordonnée digne de ce nom fait toujours défaut en Belgique.

La charrue avant les bœufs

Comment le Ministre Furlan peut-il donc mettre à ce point la charrue avant les bœufs ? Comment peut-il tabler sur un "surplus wallon" alors qu’il a récemment freiné le développement des renouvelables dans sa Région ? Comment se projeter alors que les objectifs des Régions et du fédéral demeurent tristement inexistants ? Plutôt que de mettre toute son énergie à négocier sur base de vagues hypothèses avec des pays voisins qui ne parviennent pas encore à honorer leurs engagements climatiques, le Ministre wallon de l'énergie ferait mieux d’en garder sous la pédale pour (enfin) mettre fin à cette mascarade en trouvant un accord climatique intra-belge… crédible.

La Belgique est plus qu’à la traîne. Pendant que notre pays tâtonne pour définir ses objectifs climatiques nationaux pour l’année 2020, les autres pays du globe avancent, eux. Et s’attaquent déjà aux objectifs suivants, ceux à accomplir pour encore réduire les émissions de gaz à effet de serre - notamment en privilégiant les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique - après 2020.

Quelle crédibilité accorder aux propos de Paul Furlan quand on connait les faibles engagements wallons en matière d’énergies renouvelables ? Pour preuve, Edora (la fédération des énergies renouvelables) dénonçait encore, il y a quelques semaines, la difficulté d’obtenir un permis pour installer de nouvelles éoliennes en Wallonie. Les objectifs annuels fixés par le gouvernement lui-même sont pourtant de 110MW installés par an. Or, on atteint à peine les 121MW d’énergie éolienne installée depuis 2012 !

Furlan se trompe

Par ailleurs, si Paul Furlan est assez proactif dans le recours à ce mécanisme, il semble qu’il ne puisse y avoir recours en tant que Région. Seuls les Etats peuvent en effet y prétendre… si et seulement si le pays en question a atteint et même dépassé l’objectif fixé par l’Europe ! On en revient dès lors à la même conclusion : s’il veut vraiment avancer, pas le choix, Paul Furlan doit s’entendre et, surtout, s’accorder avec ses collègues des autres Régions et du fédéral.

Pour prendre un peu de hauteur, rappelons tout de même que les objectifs fixés par l’Union européenne sont relativement faibles et totalement en deçà de ce qui est nécessaire pour faire face à l’urgence climatique. Ces transferts de statistiques, en plus de faire perdre du temps sur l’objectif principal, risquent également d’affaiblir les objectifs des autres Etats Membres qui "se livreraient à un business des statistiques" plutôt qu’à un investissement dans les énergies renouvelables.

On pourrait presque cyniquement dire que l’appât potentiel du gain envisagé par  Paul Furlan sur le dos des énergies renouvelables pourrait avoir une issue heureuse. Peut-être induirait-il une prise de conscience dans son chef et dans celle du gouvernement wallon pour redonner un coup d’accélérateur aux investissements verts sur le territoire...

Mais est-ce réellement la façon avec laquelle Paul Furlan et ses collègues Marghem, Schauvliege et Frémault envisagent de se préparer pour le sommet climatique de Paris ?