L’action menée par Greenpeace au port de Portland contre Shell a suscité l’intérêt de nombreux médias du monde entier. Nos activistes voulaient empêcher à tout prix le géant pétrolier d’aller forer dans la fragile région arctique. Une action qui aura duré 40 heures. Et Shell ? Son bilan en Arctique est désastreux : le géant pétrolier y a en effet déjà dépensé 7 milliards de dollars au total. Sans le moindre résultat.

Imaginez la scène à Portland: au beau milieu de la nuit, vous enjambez la balustrade d’un pont d’une hauteur de 62 mètres et vous glissez le long d’une corde des dizaines de mètres plus bas. Dans votre sac, vous disposez de suffisamment de vivres pour tenir plusieurs jours dans cette position. Et vous n’êtes pas seul(e) dans l’aventure puisqu’à vos côtés se trouvent 12 grimpeurs, ainsi que 13 autres collègues au-dessus du pont, afin d’assurer la sécurité. Au petit matin, le moment est venu : vous déployez une grande bannière avec le message #ShellNo…

Chaque seconde compte

Une scène bel et bien réelle. Ces deux derniers jours, 26 activistes de Greenpeace ont barré la route à un brise-glace de Shell. Le MSV Fennica faisait alors escale à Portland, au nord des Etats-Unis, pour subir des réparations après que sa coque ait subi des dommages au large des îles Aléoutiennes. Lorsque celui-ci était prêt à remettre le cap sur l’Arctique pour contribuer à des forages pétroliers, il a fait face à une véritable barrière humaine.

Shell a ainsi de nouveau pris du retard sur son planning en Arctique. Car sans le Fennica, qui contient une partie cruciale de l’équipement de sécurité, le géant pétrolier ne pourra pas concrétiser ses ambitions arctiques. Chaque seconde compte pour Shell, qui sait que les conditions météorologiques rendront la zone inaccessible à la fin de l’été. Et donc qu’il se retrouverait à nouveau les mains vides.

7 milliards envolés, 6500 licenciements

En 2012, Shell avait déjà tenté le diable en Alaska mais était rentré bredouille après une série d’échecs. Et si l’histoire repassait les plats cette année ? La chance serait alors grande de voir le programme arctique de Shell abandonné pour de bon. Logique : comment pourrait-on encore défendre un investissement de 7 milliards de dollars sans aucune retombée alors que, d’un autre côté, 6.500 licenciements sont prévus en raison de la chute des cours du pétrole ?

Shell semble tenter le tout pour tout. Et qu’importe si la protestation citoyenne prend de l’ampleur à travers le monde entier. En mai et juin, des centaines de kayakistes avaient déjà bloqué une plateforme pétrolière dans le port de Seattle. S’en était suivie une vague de protestations contre les forages pétroliers de Shell en Arctique début juillet. Avant, il y a deux jours, cette nouvelle action de Greenpeace pour bloquer, deux jours durant, le brise-glace Fennica.

Depuis, nos grimpeurs ont été ramenés au sol et le navire de Shell a quitté le port de Portland. Mais, bien sûr, la lutte se poursuit ! Et continuera jusqu’à ce que les compagnies pétrolières quittent définitivement l’Arctique. Plus de 7 millions de personnes ont déjà mis la pression sur les grands décideurs pour faire du pôle Nord une zone protégée. Au président Obama d’entendre la voix citoyenne en retirant les permis accordés à Shell et en évitant une catastrophe pétrolière.

Car pour le président des Etats-Unis aussi, chaque seconde compte : s’il veut se montrer digne de son titre de "président du climat", il doit au plus vite mettre fin aux projets insensés de Shell mais aussi à tout autre projet irresponsable tel que celui de l’oléoduc Keystone XL.