L'entreprise belge de dragage DEME est, malgré les vives protestations de Greenpeace et du WWF, occupée à mener des opérations de dragage depuis déjà plusieurs semaines dans la région russe du pôle Nord.

Et DEME a récemment publié une vidéo maladroite à travers laquelle elle cherche à nous convaincre de son approche durable dans le cadre du chantier de construction d'un port majeur à Sabetta. Nous avons eu du mal à garder notre sérieux… La vidéo accumule tellement d'excuses faiblardes et de greenwashing qu'elle en devient drôle.

Pour commencer, il est risible qu'une entreprise telle que DEME prétende respecter les normes environnementales les plus rigoureuses tout en travaillant pour le compte de la Russie, qui ne poursuit qu'un seul objectif : exploiter à tout prix le gaz et le pétrole enfouis sous les glaces polaires. On peut d'ores et déjà constater tous les jours que l'environnement doit continuellement subir les conséquences de la soif de combustibles fossiles sur la terre ferme, où les compagnies pétrolières russes sont régulièrement responsables de gigantesques déversements de pétrole.

DEME se voile aussi la face lorsqu'elle affirme que ce port servira uniquement au transport de GNL (gaz naturel liquéfié). Le président russe Vladimir Poutine, l'entreprise publique responsable du port et la loi russe indiquent très clairement que le port de Sabetta doit devenir à terme la plaque tournante du transport de gaz et de pétrole issus de la région du pôle Nord. Le dragueur se comporte donc ici en parfaite autruche.

DEME soutient également qu'elle prend les mesures nécessaires afin de limiter par exemple les collisions avec les baleines dans cette zone. Il est apparu, lors d'une rencontre avec Greenpeace avant leur départ, qu'ils feront à cet effet surtout appel à un observateur doté de jumelles et installé sur le bateau, ce que l'on appelle une « Big Eye Surveillance ». Une commission d'évaluation scientifique indépendante a estimé il y a dix ans, à la demande de l'UICN (l'Union internationale pour la conservation de la nature), qu'une telle approche est largement insuffisante. Ce qui semble logique, vu que les baleines nagent principalement sous l'eau, non ?


De plus, DEME reste évasive sur les conséquences nuisibles du bruit généré par les opérations de dragage pour les baleines et les autres espèces présentes dans cette zone, ainsi que sur l'impact des métaux lourds libérés. Greenpeace et le WWF ont aussi attiré l'attention de DEME sur les problèmes spécifiques liés au bilan hydrologique en eau douce - eau de mer dans le golfe de l'Ob où DEME est active. Les travaux de dragage pourraient y provoquer des dégâts irréversibles. Des ONG et experts russes ont fait savoir que des études complémentaires étaient nécessaires dans ce cadre. Il manque aussi encore une étude d'incidences sur l'environnement internationale reconnue. DEME a toutefois décidé de ne pas attendre et de commencer immédiatement les opérations de dragage. Ce que l'entreprise entend donc précisément par principe de précaution reste pour nous une véritable énigme.

L'entreprise de dragage fait en outre appel, via l'assureur-crédit public belge le Ducroire, à un expert indépendant du bureau de consultance Ecorem. Cela ne nous rassure pas du tout, car une analyse strictement confidentielle de l'ancienne étude d'incidences sur l'environnement pour le port de Sabetta, effectuée par Ecorem et que Greenpeace a obtenue l'année dernière, démontrait déjà que ce bureau ne possédait aucune expérience de tels projets. L'analyse foisonnait en effet de contradictions, d'imprécisions et de lacunes.

Le greenwashing de DEME est tellement évident qu'il en devient drôle. Mais les baleines et autres espèces vulnérables qui vivent dans cette région fragile auront-elles aussi envie de rire ?

Il y a en tout cas une chose qui ne fait aucun doute à propos de DEME : l'entreprise accorde une grande importance à son « image verte ». Toutefois, si le dragueur souhaite vraiment appliquer les normes les plus durables et le principe de précaution, il ne lui reste plus qu'à s'éloigner purement et simplement du pôle Nord.

Plus d'informations sur l'aménagement de ce port ainsi que sur l'implication des dragueurs belges et de l'assureur-crédit national le Ducroire ICI.