Une course au nucléaire, des montagnes de déchets radioactifs et deux catastrophes nucléaires tragiques à Tchernobyl et Fukushima : voilà le bilan de 60 ans d’énergie nucléaire. L’avenir n’est pas plus rose hélas, avec un parc de réacteurs vieillissant et des promesses bien creuses sur une ‘renaissance nucléaire’. Pour faire le point sur l’état du nucléaire aujourd’hui, l’autorité en la matière est le World Nuclear Industry Status Report, un rapport annuel publié par un groupe d’experts indépendants et dont la dernière édition a été présentée à Londres ce mois-ci.

Mieux vaut abréger les souffrances, ont dû se dire les auteurs du rapport, car le lourd verdict tombe déjà à la première page : malgré l’espoir obstiné que certains nourrissent encore d’une recrudescence du nucléaire, le secteur perd de plus en plus de terrain en raison notamment de l’avancée exceptionnelle des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique et leurs multiples atouts.

L’état de l’industrie nucléaire résumée en 4 graphiques

Pour aller plus dans les détails du rapport, plusieurs raisons économiques expliquent le déclin du nucléaire : les frais d’exploitation des réacteurs existants sont de plus en plus élevés et les coûts et délais de construction de nouveaux réacteurs dépassent tout entendement. La raison principale est toutefois la montée en flèche de l’énergie éolienne et solaire, pas seulement en Europe, mais dans le monde entier : 45 % de la population mondiale vit dans un pays où les énergies renouvelables (hors énergie hydroélectrique) produisent plus d’électricité que l’énergie nucléaire !

1. La mise en chantier de nouveaux réacteurs qui peine à démarrer

Chaque année, de nouveaux projets de construction d’envergure sont annoncés dans l’industrie nucléaire. Or, dans la pratique, ils restent souvent lettre morte. Des commandes sont annulées, la pose de la première pierre est reportée et lorsque le coup d’envoi est enfin donné, la plupart des projets subissent de lourds retards – des retards dans les chantiers de 30 ans ne sont plus une exception. Il s’ensuit que les coûts de construction de nouveaux réacteurs montent aussi en flèche : presque trois fois supérieurs au prix prévu initialement dans le cas des deux seuls réacteurs en cours de construction en Europe, Flamanville-3 (France) en Olkiluoto-3 (Finlande).

2. Un parc de réacteurs nucléaires toujours plus vieux et couteux

Près de la moitié des réacteurs actifs datent de 30 ans et plus. Ce vieillissement implique non seulement que nombre d’entre eux seront mis à la retraite dans les années à venir, mais qu’ils comportent également de sérieux risques de sécurité. Ainsi, au moment de la catastrophe nucléaire, les réacteurs de Fukushima avaient entre 37 et 40 ans et leur durée de vie venait d’être prolongée de 10 ans. La prolongation de la durée de vie de vieux réacteurs – tel que Tihange 1 et Doel 1 et 2 –  est souvent synonyme de relâchement des exigences de sécurité par rapport aux standards imposés aux nouveaux réacteurs. Les frais d’exploitation étant en outre plus élevés, l’éolien et le solaire sont (même sans subventions) des sources d’énergie moins couteuses que l’énergie nucléaire dans un nombre croissant de pays.

3. Une énergie nucléaire en déclin en Europe

Difficile d’y croire vu l’obstination avec laquelle nos politiciens s’accrochent à l’histoire nucléaire, mais le nucléaire est définitivement sur en déclin en Europe. La dernière augmentation de la capacité (en vert) date déjà de 1990, tandis que de plus en plus de réacteurs ont été mis hors service (en orange) au cours des dernières années – ainsi l’Allemagne mettra la clé sur la porte de toutes ses centrales d’ici 2022 et même la France diminuera sa part d’énergie nucléaire de 33 % pour 2025, ce qui signifie la fermeture de 25 réacteurs. Les entreprises énergétiques commencent aussi à se désengager de leurs activités nucléaires, comme E.ON (Allemagne) ou Engie (France), la société mère d’Electrabel.

4. Une montée en puissance inexorable des énergies renouvelables

L’énergie renouvelable est indubitablement la gagnante dans cette histoire. Depuis la signature du protocole de Kyoto en 1997, la production d’électricité en Europe à partir du soleil et du vent a augmenté de 340 TWh (cinq fois la totalité de la production belge en 2015), tandis que l’énergie nucléaire a connu une baisse de 47 TWh. L’année passée, les énergies renouvelables étaient la source de plus de 28 % de l’électricité générée en Europe, légèrement supérieure à l’énergie nucléaire. Et cette tendance se poursuivra dans les années à venir : la capacité nucléaire (et fossile) est réduite d’année en année, tandis que l’installation d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques ne cesse d’augmenter. Étant beaucoup plus flexibles, sans couter en combustibles, ces solutions détrônent de plus en plus souvent l’énergie nucléaire et fossile sur le marché. L’avenir s’annonce donc ‘ensoleillé’ !

Tous les graphiques sont issus du World Nuclear Industry Status Report 2015. Lisez l’intégralité du rapport ici.