Peut-être l’avez-vous déjà appris : après sept années aux commandes de Greenpeace, j’ai décidé, fin mai, de m’engager sur une nouvelle voie à la rentrée scolaire : Etopia. A l’heure de passer le flambeau à mon successeur, ou peut-être "successrice" !, il est évidemment tentant de regarder en arrière et de faire le bilan. Ces sept années, qui ont filé, ont, disons-le, suivi une trajectoire quelque peu décevante pour les matières qui sont au cœur de Greenpeace.  Même si elles ont, heureusement, aussi été ponctuées de quelques belles avancées.

De l’euphorie…

Mon premier souvenir à Greenpeace, c’est la chute de Fortis et de Dexia qui s’est passée en septembre 2008, quelques jours après mon entrée en fonction. C’était hier, sans lien apparent avec l’environnement mais pourtant, que de choses ont changé depuis pour nous ! Dans un premier temps, c’est l’euphorie. Très vite,  de nombreuses voix s’élèvent  pour appeler à changer le système qui avait si lamentablement failli – le même qui nous pousse à surconsommer – et à encourager le monde à choisir la voie d’une croissance verte.

Un an après, c’était Copenhague : les 10.000 personnes sur la plage pour danser pour le climat, puis les 15.000 personnes qui manifestent à Bruxelles au début de Copenhague ; les plus grands chefs d’Etat présents dans la capitale danoise, sous les yeux du monde entier !
Et puis… et puis, pas grand-chose !

À la désillusion

On pourrait quasi  dire que la crise a gagné ! Pour illustrer cela au mieux, repensons à l’expression d’un terrible cynisme de Nicolas Sarkozy qui avait pourtant lancé un grand pacte de l’environnement à ses débuts de Président et qui, à peine 14 mois plus tard, déclarait : "L’écologie, maintenant, c’est assez" !

Si tous les décideurs n’ont pas la franchise de Sarkozy, ils n’en pensent sans doute pas moins… Au niveau belge en tout cas, on ne peut pas dire que nos gouvernants se soient distingués par une ambition environnementale éclatante (à part les partis verts au pouvoir en Wallonie et à Bruxelles – malgré de sérieuses maladresses – et le plan Wathelet de fermeture de Doel 1 et 2). Deux exemples : qui a entendu parler de fiscalité verte – domaine où la Belgique accuse un sérieux retard par rapport aux autres pays OCDE – lors des amorces de discussion sur le fameux "tax shift" ? Qui a entendu parler d’une vision énergétique qui évoque aussi bien nos obligations en matière climatique qu’une solution aux déchets nucléaires, lors de cet interminable et lamentable débat sur la prolongation de Doel 1 et 2 ?
Honnêtement, les illusions que nous avons pu avoir au début de la crise économique et avant Copenhague, se sont bien écrasées…

Victoires non négligeables

Faut-il perdre espoir pour autant ? Non, bien sûr ! Parce que ces sept années ont aussi vu quelques victoires non négligeables.

Au point de vue régulatoire – qu’on sait être le plus difficile à faire évoluer – pensons à la "EU Timber Law" qui vise à interdire toute importation de bois illégal dans l’Union européenne ; à la "Politique Commune de la Pêche" ; à la décision des Nations unies de protéger la biodiversité en haute mer ou encore, au constat récent de la baisse des émissions de CO2  en Chine. Toutes ces victoires auxquelles Greenpeace a participé d’une manière ou d’une autre.

Du côté des entreprises, pensons à des géants comme Nestlé et Mattel qui ont décidé de faire adopter par leurs fournisseurs des politiques durables de gestion des forêts en Indonésie. De même pour Delhaize chez nous. Ajoutons ces grandes boîtes de l’informatique, dont les méga-serveurs sont des méga consommateurs d’énergie, qui ont décidé de se fournir en électricité verte. Ou encore les grandes marques de textile qui se sont engagées à débarrasser leur production de produits particulièrement toxiques.

Ça bouge !

Mais surtout, un élément réjouissant, c’est une tendance de fond, certes encore légère, de gens qui ont décidé de changer leur mode de consommation, du bio à la sobriété volontaire, de s’investir dans l’énergie, des "Transition towns" aux coopératives citoyennes d’énergie éolienne. Et des gens qui s’engagent à nos côtés, comme les 100.000 défenseurs de l’Arctique ou, mieux encore, les plus de 700 personnes actives sur Greenwire, une plate-forme d’action développée par Greenpeace.

Par ailleurs, Greenpeace a toujours cette même capacité, par ses actions, à générer des émotions incroyables. Ce fut d’ailleurs un honneur et un bonheur d’être le témoin privilégié des exploits de nos activistes : la fausse délégation au Sommet européen d’avant Copenhague ; le podium du Grand Prix de Francorchamps contre Shell ; les grimpeurs à plus de 100 mètres au-dessus de la rue de la Loi. Ou, sur cette même rue de la Loi, les 300 activistes qui, pour pousser des objectifs européens ambitieux pour le climat, bloquent, au nez et à la barbe des policiers présents, toutes les entrées du bâtiment Justus Lipsius où étaient réunis les ministres des Finances pour décider d’alimenter le fameux "Fonds Climat". Sans oublier bien sûr les "Arctic 30" qui ont sacrifié leur liberté pendant trois longs mois…

C’est ça le futur de Greenpeace : allier le courage et l’audace de nos activistes et les actions quotidiennes de nous tous, qu’il s’agisse de modifier nos comportements, de prendre de nouveaux engagements ou de soutenir les actions de Greenpeace.

Le combat continue pour sauver notre planète, à Greenpeace, et ailleurs !