Dès la semaine prochaine à Bonn, les négociateurs climatiques internationaux entameront la dernière ligne droite avant le sommet sur le climat de Paris. L’urgence commence à se faire sentir, car il ne reste que 10 jours de négociations. Tout comme le sommet de Copenhague en 2009, au moment où les attentes étaient au plus haut, celui de Paris est présenté comme le nouvel instant fatidique dans la lutte contre le réchauffement climatique. En réalité, Copenhague fut un flop. Les perspectives actuelles sont-elles vraiment meilleures ?

Je frémis déjà à l’idée de la question qui sera sur les lèvres de tous les journalistes à la fin de la conférence : Paris est-il un nouvel échec, ou cet accord est-il une réussite ? Question qui appelle de préférence une réponse claire et nette, formulée en moins de 20 secondes. Mais ce n’est évidemment pas comme ça que ça se passe dans la réalité. Puis-je donc me permettre de nuancer un tant soit peu la réponse à cette inévitable question ?

L’accord de Paris nous donne-t-il la garantie que nous pourrons limiter la hausse de la température mondiale à moins de 2 °C, et si possible à moins de 1,5 °C ? Cela paraît exclu. Les propositions mises sur la table ces derniers mois par l’Union européenne, les États-Unis, la Chine et le Japon sont encore trop faibles pour y parvenir. Actuellement, nous nous dirigeons vers un réchauffement d’environ 3 °C. L’écart peut sembler mince, mais un degré signifie un monde de différence sur le terrain.

Les clés du succès

Il y a peu de chances que les événements s’emballent soudainement à Paris. Nous suivons ce processus depuis trop longtemps pour être encore naïf à son sujet. Et pourtant, l’UE pourrait surprendre en relevant son propre objectif de « réduction de 40 % au moins des émissions de CO2 d’ici à 2030 ». Elle y est en fait même contrainte. Qui peut alors prédire les conséquences d’une telle décision ?

Et même si elle ne franchit pas ce pas, cela fait-il de Paris un nouveau flop climatique ? Pas nécessairement. Les clés de la réussite de Paris – et surtout de l’après-Paris – se cacheront dans les détails de l’accord. Quels éléments de l’accord seront juridiquement contraignants et lesquels ne le seront pas ? Sera-t-il clairement annoncé que les combustibles fossiles et l’énergie nucléaire appartiennent au passé, et cette intention sera-t-elle traduite dans la pratique ? Un mécanisme crédible de révision et de renforcement quinquennal des objectifs de l’accord sera-t-il prévu ?

Une évolution inexorable

Ces derniers mois, nous avons vu des plans climatiques nationaux surprenants de la part de pays allant de la Chine et des États-Unis (plan encore insuffisant, mais néanmoins historique) au Maroc et à l’Éthiopie. Un bon résultat à Paris peut renforcer cette dynamique. Mais contrairement à Copenhague, un mauvais résultat peut causer beaucoup moins de dégâts. Parce que les cartes sont radicalement différentes cette fois.

Aujourd’hui, le pape et les leaders musulmans s’invitent dans le débat. Les grandes banques et les fonds retirent des milliards d’investissements du secteur des combustibles fossiles. Et le secteur de l’énergie est chamboulé par la chute des prix de l’énergie renouvelable : au cours des cinq dernières années, le coût de l’énergie éolienne a baissé de 60 %, et celui de l’énergie solaire a diminué de 80 %. Il n’est donc pas étonnant qu’à l’échelle mondiale, la capacité en énergie renouvelable augmente bien plus que celle en énergie fossile ou nucléaire.

La révolution énergétique a commencé, et va prendre de l’ampleur durant les prochaines années. Même un accord peu satisfaisant à Paris ne pourra pas stopper ce mouvement. À nos politiciens de décider s’ils veulent surfer sur la vague ou s’y noyer.