MISE A JOUR: la déclaration du G7 à propos du climat est, dans un certain sens, historique. Les dirigeants du G7 (Etats-Unis, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Canada, Japon et Italie) ont confirmé l’objectif de maintenir le réchauffement planétaire sous les 2° C. En soi, cela n’a rien de nouveau et d’ailleurs, les scientifiques considèrent de plus en plus cet objectif comme étant insuffisant.

Mais pour la première fois, le G7 reconnait que cet objectif ne peut être réalisé que si l’on décide d’abandonner complètement les combustibles fossiles. Il dit aussi vouloir opter pour une transformation du secteur de l’énergie d’ici la moitié de ce siècle. Ces deux aspects ne sont toutefois pas encore totalement en lien puisque le G7 parle d’éliminer progressivement les combustibles fossiles « dans le courant de ce siècle. »  On peut donc se poser des questions.  

Mais il s’agit clairement d’un signal politique historique, qui a été largement débattu au sein même du G7. Reste à voir si ce signal permettra d’accélérer les négociations ici à Bonn. Ce n’est pas vraiment le cas pour l’instant. Stratego est un jeu où chaque coup est mûrement réfléchi.  

664 kilomètres. C’est la distance qui sépare Bonn, où ont lieu les négociations internationales sur le climat, et le château dans les Alpes allemandes qui accueillent les discussions entre les dirigeants du G7. Là aussi, on y a parlé climat et de l’important sommet de la fin de cette année à Paris.

Pourtant, l’esprit de cette réunion du G7 pèse sur les négociations à Bonn. Ces derniers jours ont ressemblé à une thérapie de l’occupation. On y travaille beaucoup, c’est certain. Mais il n’est pas question de négociations. Un négociateur allemand me l’a décrit ainsi : "Actuellement, nous négocions sur la façon dont nous allons négocier un texte de négociation." C’est cela, oui.



Angela Merkel

C’est clair, et normal dans un certain sens, que les gros nœuds soient dénoués à un plus haut niveau. C’est pourquoi un signal fort du G7 den direction de Bonn serait vraiment le bienvenu. Il est certainement attendu de la part de l’hôtesse, Angela Merkel,  qu’elle durcisse le ton de sa promesse afin de lancer tout son poids politique dans le combat pour un bon accord sur le climat à Paris. Mais le déroulement de ce sommet sur le climat en décembre reste un jeu de stratego politique. Aucun des grands pays ne veut se jeter à l’eau.

Alors, oui, vous pouvez vous interroger sur l’utilité d’une telle conférence intermédiaire sur le climat durant laquelle les diplomates sont pieds et poings liés à ce qui se passe au-dessus de leurs têtes. Lorsque j’en ai parlé avec un diplomate belge chevronné, il est apparu clairement que ce processus était le "seul spectacle en ville".

Il marque évidemment un point. Bien que ces négociations sur le climat soient néanmoins fortement orientées par la concertation politique au sein d’autres forums comme le G7 et que les résultats en soient souvent très décevants pour le monde extérieur, ce processus de l’ONU reste le seul moyen de parvenir à une action globale commune sur le climat. Je continue à me démener à ce propos et je pense que je ne suis pas le seul.

La Belgique décroche

Notre petit pays a de nouveau été pointé du doigt la semaine passée à Bonn. Lors d’une session consacrée à la politique climatique nationale, le pauvre négociateur belge a reçu étonnamment beaucoup de questions de la part de quelques grandes puissances. Il n’a pas échappé aux Etats-Unis, à la Chine et au Brésil que notre gouvernement n’était pas encore arrivé à un accord sur le climat après 6 ans. Un accord qui doit veiller à ce que nous respections nos engagements internationaux en 2020. Malheureusement, nous ne sommes pas sur la bonne voie pour atteindre ces objectifs (très modestes).

La débâcle climatique belge va beaucoup plus loin qu’une querelle communautaire. Nos politiciens, des deux côtés de la frontière linguistique, voient encore et toujours la politique climatique comme une "charge" qu’il faut répartir. Ils restent aveugles aux nombreuses opportunités qu’offrent des mesures climatiques ambitieuses. Elles pourront fournir des milliers de nouveaux emplois ancrés localement, faire sensiblement baisser notre facture d’importation de carburants fossiles et améliorer notre qualité de vie et notre santé.

Chine, Danemark, Inde…

Peut-être que nos quatre (!) ministres en charge du climat devraient un peu plus souvent oser regarder au-delà de nos frontières. Parce que le monde est en train de changer et vite. La conscience climatique semble croître de plus en plus. Et puis, le coût des énergies renouvelables a énormément diminué au cours des cinq dernières années (80 % pour l’énergie solaire et 60 % pour l’énergie éolienne terrestre). Cela se traduit dans les investissements. Je l’ai écrit précédemment : la Chine démantèle plus rapidement qu’attendu sa production de charbon et investit en masse dans les énergies renouvelables, ce qui a des répercussions mondiales vu que la Chine est le plus grand émetteur.
 
Et ce n’est pas tout. Un pays comme le Danemark veut que, dans 20 ans déjà, toute son énergie électrique provienne de (res)sources renouvelables. Copenhague veut être la première capitale climatiquement neutre du monde en 2025 ! Entretemps, l’Inde va investir des milliards dans un gigantesque programme d’énergie solaire de 100 GW au cours 10 prochaines années. De ce fait, la part en énergies renouvelables est aujourd’hui deux fois plus importante que l’énergie nucléaire. Les Etats-Unis ont installé l’année dernière plus d’énergie éolienne que de charbon et de gaz ensemble. En Allemagne, près d’un tiers de l’électricité provient de (res)sources renouvelables.

Il y a également lieu de noter qu’en fonction du produit national brut, les pays en voie de développement sont les plus gros investisseurs en énergies renouvelables : les Iles Maurice, l’Uruguay, le Costa Rica, le Nicaragua, l’Afrique du Sud et le Chili. Et on pourrait encore continuer pendant des heures, notamment à propos des innombrables initiatives des villes et communes afin de diminuer leur impact sur le climat.

Il est donc grand temps que nos ministres belges, les dirigeants mondiaux du G7 et les diplomates présents à Bonn prennent à bras le corps la révolution énergétique.