Suivez nos chargés de mission Climat, Juliette Boulet et Joeri Thijs, au Sommet de Paris. Ils seront présents tout au long des négociations et écrivent régulièrement des blogs pour vous informer des évolutions sur place.

(blog écrit par Joeri Thijs)



Cela peut peut-être vous surprendre, mais je suis optimiste (bien que très prudent !) quant à l’issue ici à Paris. La différence avec le Sommet de Copenhague de 2009 est important car au même stade des négociations, un texte inapplicable de quelque 300 pages se trouvait alors sur la table. Texte que les chefs d'État ont balayé d'un revers de main, préférant accoucher en dernière minute d'une vague déclaration, plutôt que d'un accord international fort sur le climat.

Cette fois, tous les pays se sont accordés sur un projet de 21 pages que les ministres examineront cette semaine. Pour la première fois, un accord climatique mondial rassemblant les pays développés et les pays en développement est tout proche. Le projet d’accord qui est sur la table offre encore la perspective d’aboutir à un résultat acceptable. Toutefois, dans ce sprint final, les pays producteurs de pétrole et l’industrie des combustibles fossiles fourbissent certainement leurs armes pour empêcher un résultat trop ambitieux. Une grande responsabilité repose donc sur les épaules des ministres qui sont arrivés à Paris ce week-end.

Ils doivent démêler quelques sérieuses difficultés pour parvenir à sortir ces négociations de l’impasse. Qui fait quoi et quel est l’équilibre entre les pays développés et en développement ? L’accord de Paris envoie-t-il un signal fort sur la fin des combustibles fossiles ? Comment allons-nous renforcer les plans nationaux insuffisants actuels durant les années à venir ? Quelles sont les garanties pour la solidarité climatique et le soutien financier aux pays vulnérables ?

Quel rôle pour l’Inde ?

Comme à l’accoutumée, si un accord solide n’est pas conclu à la fin du sommet sur le climat, la faute sera rejetée sur l’autre. Certains médias dépeignent l’Inde comme un acteur récalcitrant menaçant de bloquer un accord ambitieux. Mais cette analyse est un peu courte. Dans une lettre ouverte au Premier ministre indien, Kumi Naidoo, directeur de Greenpeace International, a montré sa solidarité avec l’impact du changement climatique que le pays affronte déjà, comme aujourd’hui encore avec les inondations de Chennai.

Il reconnaît également le droit de l’Inde à exiger que les pays industrialisés jouent le rôle de pionniers dans la lutte contre le changement climatique. La dette historique de l’Inde dans la question climatique n’est qu’une fraction de la nôtre, même si le pays fait partie des principaux émetteurs dans le monde. L’ambition et la bonne volonté des grands pollueurs classiques comme les États-Unis et l’Europe restent pour le moment insuffisantes pour rassurer des pays comme l’Inde sur le fait qu’ils assument pleinement leurs responsabilités.

Mais Kumi Naidoo insiste sur le rôle clé que le Premier ministre Modi peut jouer à Paris, en tant que représentant d’un grand pays en développement, en optant pour un "pas de géant" : réaliser la croissance économique et sociale au cours des prochaines décennies, principalement à l’aide d’énergie renouvelable et disponible pour tous. L’Inde, les pays africains et pas moins de 1000 maires du monde entier se sont engagés la semaine dernière à des investissements très importants en matière d’énergie verte. Si un pays comme l’Inde aspire désormais à un rôle de premier plan dans les négociations climatiques, il met véritablement les pollueurs classiques comme l’Europe et les États-Unis sous pression pour qu’ils fassent preuve de plus d’ambition.

La Belgique mérite son prix Fossile

Et pendant ce temps à Bruxelles ? Notre pays s’est ridiculisé dès le premier jour du sommet de Paris en recevant l’infâme prix Fossile du jour de la part de la société civile internationale. Mais ce qui m’a encore plus choqué, c’est que, dans les jours qui ont suivi, nos gouvernements ont tout fait pour prouver qu’ils méritaient bien ce prix.

Il y a eu l’accord écœurant avec Electrabel, l’entêtement aveugle du gouvernement flamand dans le dossier Uplace et la conclusion d’un accord belge faiblard sur le climat au terme de six années de chamailleries. Malgré tout, nos ministres sont arrivés à Paris comme si de rien n’était alors que, ces dernières années, la crédibilité internationale de notre pays en matière de climat s’est effondrée.

Heureusement, des dirigeants politiques d’un autre calibre sont également présents à Paris, avec une vision et une volonté de se tourner vers l’avenir. Cette semaine, nous travaillerons encore dur avec l’équipe internationale de Greenpeace pour les forcer à un accord climatique fédérateur et ambitieux. Mais la dynamique est bien là, 14.000 personnes étaient présentes à Ostende ce dimanche, il ne reste à nos dirigeants politiques qu'à saisir l’occasion.

Blog du 4 décembre